photo Clémentine Autain

Bogue !!!

Bonjour,

Voilà près d’une semaine que Clémentine n’a plus la maitrise de ce blog. Elle n’arrive plus à s’y connecter. Et moi non plus d’ailleurs - je suis l’administrateur ! Probablement un bogue -ou bug, c’est selon. C’est pénible et je m’interroge d’ailleurs sur le pourquoi de ce défaut technique… curieux même ! Mais passons, aujourd’hui ça marche… alors j’en profite pour vous annoncer que nous essayons au plus vite de résoudre ce problème. Promis ! De même, j’ai fait parvenir à Clémentine vos commentaires que je ne parviens toujours pas à “poster” !

J’avais aussi pour mission de mettre en ligne les deux dernières chroniques de Clémentine -celles de France Culture, en vain ! Je vous présente donc toutes mes excuses et vous invite à les podcaster sur le site en cliquant ici. J’espère que nous y arriverons pour les prochaines, donc dès jeudi.

En attendant, merci pour votre patience. Vous pouvez continuer à envoyer vos commentaires. Seulement ils seront diffusés avec un “léger différé”…

A bientôt.

NON Irlandais : bravo !!!

Ils l’ont fait pour le reste de l’Europe… aucun des pays de l’Union Européenne n’avait ratifié le mini-traité par voie référendaire et l’on comprend bien pourquoi ! Enfin presque… 26 des 27 pays que compte l’UE ont préféré la voie parlementaire. L’Irlande se serait bien passée d’une nouvelle consultation populaire mais voilà que sa Constitution l’y obligeait. Les Irlandais se sont donc majoritairement prononcés contre le traité de Lisbonne et tant mieux ! Après les non français et néerlandais, voilà une troisième voix qui s’élève contre le processus de construction européenne. Non l’Europe n’est pas dans une impasse, ainsi que le prétend la quasi majorité des commentateurs politiques. L’Europe connait une crise politique majeure certes mais ne date pas non plus de l’épisode 2005 !

Il est plus que jamais nécessaire de construire une Europe démocratique et sociale : voilà le message porté à l’élite bruxelloise une fois de plus ! La construction du projet européen ne pourra se faire sans la participation et la consultation de ses habitants. Donc bravo aux irlandais et merci.

Voilà une nouvelle -et bonne- occasion pour remobiliser les troupes. Il faut organiser de nouveaux débats sur l’Europe. Pour les montreuillois-es [et les autres s’ils le souhaitent] une initiative est prévue demain samedi 14 juin : rendez-vous donc pour un apéritif citoyen qui se tiendra au café « La Folle Blanche », rue du capitaine Dreyfus !

Ci-dessous un texte co-signé par le Collectif Unitaire Montreuillois pour une alternative de Gauche, PRS, des militants communistes…

Le peuple doit donner son avis sur l’Europe que nous voulons !

Bravo ! Les Irlandais viennent de rejeter par référendum le traité européen.

Le 29 mai 2005, le peuple français, imité ensuite par les habitants des Pays Bas avait déjà dit NON au Traité Constitutionnel, en exigeant une Europe démocratique et sociale.

Deux ans aprés, un nouveau traité identique au précédent avait été avancé par la commission européenne. Avec un objectif, éviter le débat sur les politiques libérales et non démocratiques actuellement menées et qui s’imposent à tous. Lire la suite »

“El pueblo unido…

…jamas sera vencido !”

A lire absolument le magnifique texte d’Evo Morales paru ce matin dans Libé. Voilà une bien belle leçon donnée aux politiques occidentales. L’Europe s’apprête à valider “la directive retour” qui a pour objectif d’harmoniser les législations nationales en matière d’immigration et ainsi faciliter les reconduites à la frontière des ressortissants non communautaires. Une honte !

”Promouvoir d’un côté la liberté de circulation des marchandises et des flux financiers, alors qu’en face nous voyons des emprisonnements sans jugement pour nos frères et soeurs qui ont essayé de circuler librement…”

Retrouvez l’intégralité du texte ci-dessous.

Clémentine

“Je fais appel à la conscience des députés européens…”

Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe était un continent d’émigrants. Des dizaines de millions d’Européens partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes. Lire la suite »

Région capitale, enjeux capitaux

Je n’ai plus Internet depuis quelques jours. Je suis donc très en retard pour vous communiquer les chroniques des Matins de France Culture. En attendant, voici la chronique de la semaine dernière. Et pour celle de ce matin, je vous invite à vous rendre sur le site de France Culture où vous pouvez ré-écouter la chronique en poadcast. C’est par

En pleine actualité, la chronique de la semaine dernière portait sur les enjeux de Paris Métropole. La voici, version écrite, ci-dessous.

A très vite, promis !

Clémentine

Région capitale, enjeux capitaux !

Hier matin, dix équipes d’architectes et d’urbanistes ont été sélectionnées pour dessiner le visage de la future métropole parisienne. Au départ, c’est un concours lancé par le Ministère de la Culture pour répondre à l’intérêt - ou plutôt l’appétit - de Nicolas Sarkozy pour ce qu’il nomme le « Grand Paris ». Les équipes retenues sont invitées à turbiner pendant sept mois. Trois séminaires et une exposition à la Cité de l’architecture à Paris rendront compte de ces différentes pistes pour penser la métropole de « l’après Kyoto ». Un exercice assez iconoclaste pour répondre à un défi majeur : le devenir de l’une des plus importantes agglomérations du monde. Des grands noms de l’architecture sont au travail, comme Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, David Mangin, Djamel Klouche ou le britannique Richard Rogers. On y trouve aussi Roland Castro, le candidat malheureux à la présidentielle qui avait proposé de délocaliser l’Elysée à Saint-Denis. Sans éviter totalement ici ou là le côté « bling-bling », voilà des compétences confirmées : on ne s’improvise pas pour penser à une telle échelle ! La liste retenue n’en est pas moins attendue et risque de laisser peu de place à des propositions réellement neuves, à même de concevoir une « altermétropolisation », selon l’expression du géographe Guy Burgel. Parenthèse : seuls des architectes masculins ont été sélectionnés sur les 43 candidatures… Mais le coup politique est là, Sarkozy en roi de la mise en scène et du bla-bla a de nouveau frappé là où la gauche aurait du, pu avoir durablement la main. Ce qu’il en fera est une autre affaire mais la mise à contribution d’architectes, associés à des sociologues, philosophes, ingénieurs, etc., peut contribuer à populariser et à politiser un débat pour l’instant mal engagé.

Ali Baddou : En quoi ce débat est-il mal engagé ?

La masse de documentation produite est là, les enjeux sont sur la table, des collectivités et personnalités font de réels efforts mais les lectures politiques globales, innovantes, clairvoyantes, permettant de cerner les clivages fondamentaux restent plutôt introuvables. Le langage est globalement assez techno : on parle « SDRIF », « TP », « interco », au milieu d’un propos souvent vague, abstrait, lointain, déshumanisé. Imaginer l’agglomération de 2040 quand on est sur une liste d’attente de logement social ou s’entendre dire qu’il va falloir 30 ans pour réaliser le métrophérique quand on met, ici et maintenant, deux heures pour aller bosser… à première vue, ça peut sembler peu motivant. Y aurait besoin de souffle ! Par ailleurs, la dimension institutionnelle domine : « quelle gouvernance » se substitue trop souvent à « quelle région capitale » ? Le caractère très politicien des échanges finit sans doute de décourager l’engouement citoyen. En effet, l’ancrage géographique des élus l’emporte parfois sur l’appartenance politique et les dissensions se retrouvent au cœur même des familles politiques. Comme si chacun avait peur de voir sa parcelle de pouvoir grignotée par le voisin. C’est Jean-Paul Huchon qui s’en prend à Bertrand Delanoë qui s’attaque à Nicolas Sarkozy, lui-même attaqué par le président communiste de Plaine commune Patrick Braouezec qui s’oppose à l’adjoint communiste de Delanoë, Pierre Mansat. Et en embuscade, Karoutchi versus Pécresse versus Devedjian et le secrétaire d’Etat Christian Blanc qui consulte, pour l’instant sans mot dire, et agace donc largement. De quoi donner le tournis alors que le débat politique sous-tendu est aussi passionnant que décisif. Car l’urbain touche à tout. La lutte contre les inégalités et pour l’écologie doit se penser aujourd’hui à l’échelle des territoires. En jeu : le logement, la circulation, l’emploi, l’accès à la culture. Pour reprendre la comparaison de l’architecte Paul Chemetov, la ville est l’usine du XXIe siècle : un espace productif dans lequel se nouent des liens sociaux, se frottent les cultures, se mettent en scène les rapports de domination. C’est dire l’importance qu’il y a à maîtriser le développement de l’agglomération, en évitant de reproduire les méthodes anciennes. Comme il y a quarante ans, faut-il refaire La Défense, des lignes de RER en étoile, des villes nouvelles en passant par-dessus la première couronne, des autoroutes dans tous les sens ? Ou comment la région capitale peut-elle rompre avec la logique ségrégative, favoriser la mobilité, faire vivre un modèle de développement humain et durable ? Si de nouvelles règles démocratiques s’imposent, les réponses institutionnelles doivent découler de la conception politique de ce territoire, et non l’inverse. La gauche doit assumer l’affrontement politique, le rapport de force indispensable à la transformation. Sinon, comment imaginer une péréquation des ressources, une autre répartition des richesses sans laquelle nous n’irons pas loin ? Songeons au lobbying actuellement effectué par Jean Sarkozy contre la « discrimination » dont ferait l’objet… Neuilly. Le jeune élu est parti en croisade pour que la RN13 soit recouverte. Coût de l’opération : 1 milliard d’euros, l’équivalent d’au moins trois lignes de tramway dont les relations banlieue à banlieue auraient bien besoin. Prenons ces débats en main car c’est notre quotidien, notre avenir qui se jouent là.

Gauche radicale, chiche !

Aujourd’hui dans Le Monde a été publiée la réponse de la LCR à la tribune que j’ai co-signée sur le NPA la semaine dernière. La voici ! J’attends avec impatience vos commentaires sur ce texte…A très vite donc !

Clémentine

***

Gauche radicale, chiche !

C‘est bien volontiers par cette réponse à votre “adresse” publique (Le Monde du 30 mai) que nous engageons le débat sur notre initiative visant à lancer un “nouveau parti anticapitaliste”. Le Parti socialiste dérive vers un parti démocrate à l’américaine, tandis que le Parti communiste se détermine en dernier ressort par l’alliance électorale avec celui-ci. Si le PS semble bien en peine de s’opposer avec efficacité aux politiques brutales imposées par Nicolas Sarkozy, c’est parce que, accélérant sa mutation néolibérale, il partage désormais avec la droite une vision analogue de la société.

L’anticapitalisme est alors pour nous la valeur cardinale autour de laquelle doit se réorganiser une vraie gauche. Nous entendons par anticapitalisme les luttes du monde du travail contre l’exploitation, une nécessaire rupture écologiste avec un capitalisme destructeur des ressources naturelles, les aspirations individuelles à la reconnaissance et à la créativité bafouées, comme le combat contre toutes les formes de domination et d’oppression. L’anticapitalisme n’est pas une posture défensive, mais la proposition d’une rupture avec ce système, appelant la construction d’une autre société.

Avons-nous toutes les réponses et un projet clés en main pour répondre à ce défi ? A l’évidence, non ! Et c’est d’ailleurs un des objectifs de ce parti d’élaborer le programme et la stratégie de l’émancipation de demain. Nous voulons ainsi allier contestation et propositions. Une démarche que nous ne pourrons d’ailleurs pas mener dans un cadre strictement hexagonal, tant la globalisation marchande appelle une internationalisation des luttes et des alternatives.

Nous ne considérons pas que les institutions actuelles constituent un cadre démocratique suffisant pour rendre possible une véritable rupture avec le système grâce à la seule victoire électorale. Car il n’y a pas deux sphères étanches, celle de l’économie capitaliste d’un côté et celle de l’Etat de l’autre, mais les intérêts sociaux dominants contribuent à structurer les logiques étatiques. Par ailleurs, c’est un constat historiquement assez banal que ceux qui ont conquis le pouvoir gouvernemental pour changer la société ont souvent été pris par lui, oubliant la transformation sociale. On ne peut donc plus faire aujourd’hui l’économie d’une critique libertaire dans le rapport au pouvoir d’Etat.

Toutefois, il ne s’agit pas pour nous d’évacuer la question du pouvoir. La LCR a d’ailleurs déjà dit depuis plusieurs années qu’elle était prête à soutenir une expérience gouvernementale qui inverserait le cours néolibéral des politiques dans la perspective d’une sortie du capitalisme. Nous mettons simplement en garde contre les illusions électoralistes, qui feraient l’impasse sur les affrontements face à la résistance prévisible des classes dominantes comme sur l’inertie bureaucratique des institutions existantes. Ce qui appelle des mobilisations sociales d’ampleur comme l’invention à la base de formes d’auto-organisation qui cassent la logique hiérarchique des relations entre gouvernants et gouvernés, dans le développement des libertés individuelles.

Sur ce plan, l’indépendance vis-à-vis du PS constitue une condition de base. Cela n’exclut pas des combats communs contre la droite. Mais le “nouveau parti anticapitaliste” n’a pas vocation à être une force supplétive et finalement subordonnée au PS : nous voulons bâtir une hégémonie émancipatrice parmi les opprimés. Sans raccourci. Par contre, la discussion que vous souhaitez sur “les conditions et les formes” de l’indépendance à l’égard du PS est nécessaire.

Vous nous interrogez également sur la sincérité de notre démarche. C’est pleinement légitime, tant il est rare qu’une organisation prenne l’initiative de son autodissolution dans une force plus large. La LCR seule ne serait-elle pas tentée par un ravalement de façade plutôt que par la création d’un véritable nouveau parti pluraliste ? Si un ou plusieurs partenaires nationaux font aujourd’hui défaut pour donner plus de dynamique au processus, c’est sans doute davantage par absence d’accord politique, ou par conservatisme, que par manque de volonté de notre part. Nous avons discuté et interpellé la plupart des forces à gauche du PS. Nous ne cesserons pas d’ailleurs ce processus de discussion.

Le nouveau parti a vocation à regrouper les anticapitalistes, les révolutionnaires, les écologistes radicaux, les féministes, ceux qui refusent les discriminations systématiques qui affectent les populations issues de l’immigration, les antilibéraux, les altermondialistes, des militants communistes et socialistes, des anarchistes, des syndicalistes, des animateurs d’expériences alternatives locales, mais aussi les “héros du quotidien”, celles et ceux qui ne sont plus représentés. Bien loin de la seule “matrice trotskiste”…

En fait, nous n’avons pas posé une opération de recomposition politique entre divers courants organisés comme préalable à la reconstruction d’une force anticapitaliste. Nous sommes avertis des échecs passés : les premières tentatives de ce type dans la renaissance d’une gauche de gauche datent déjà d’une quinzaine d’années. Vous soulignez comme nous les limites des constructions par le haut, ce qui ne veut pas dire que des décantations politiques ne pourront pas surgir à tel ou tel moment du processus.

L’urgence, c’est toutefois d’agir et de proposer une alternative. Discutons de tous ces problèmes ensemble, comme le font des milliers de femmes et d’hommes dans les collectifs d’initiative en ce moment même. Nous y sommes prêts dès maintenant. Sur ces bases, le processus est en construction, non bouclé à l’avance, et nous espérons que vous pourrez y participer.

Philippe Corcuff est sociologue et militant de la LCR ;

Pierre-François Grond est membre du bureau politique de la LCR ;

Anne Leclerc est membre du bureau politique de la LCR.

Adresse aux initiateurs du NPA

J’ai co-signé un texte d’interpellation constructive des initiateurs de Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) proposé par Olivier Besancenot et la LCR. Il est paru dans Le Monde daté de demain. J’attends avec impatience vos commentaires et de lire le débat qui pourrait s’initier sur ce blog…

Suite à un gros problème technique les premiers commentaires ont été effacés. Les derniers commentaires postés se trouvent en toute fin de ce post-ci. Je m’en excuse !!! Les nouveaux apparaîtront normalement…

A très vite,

Clementine

- Adresse aux initiateurs du NPA -

Cher(e)s camarades,

Forts de la popularité d’Olivier Besancenot, vous proposez de lancer une nouvelle organisation politique, surnommée le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Consternés par l’état de la gauche, nous sommes ravis que vous fassiez une proposition. On ne peut malheureusement pas en dire autant des autres organisations de la gauche critique : PCF, Verts, gauche du PS n’ont à ce jour rien soumis de tel. Nous avons manqué une occasion historique de bâtir une force nouvelle avec l’échec de la candidature unitaire antilibérale en 2007. Si vous avez votre part de responsabilités, nous sommes prêts à passer outre aujourd’hui, tant les torts sont partagés.

Pourtant, plusieurs éléments nous incitent à la prudence. Si nous sommes d’accord avec la nécessité de créer une nouvelle force, la question est de savoir quelle organisation constituer et comment. Le dépassement de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) par le nouveau parti sera-t-il réel ou de pure forme ? Il est troublant de constater la posture de fermeture de la LCR à l’égard des différents acteurs et courants de la gauche naguère appelée “antilibérale”, au moment même où l’organisation est censée s’ouvrir et muter. Les rencontres initiées par la LCR auprès de ses partenaires potentiels restent quasi introuvables.

La volonté de s’adresser aux seuls “héros du quotidien”, au détriment des forces constituées de la gauche de gauche, n’est-elle pas une manière de construire à partir de la seule matrice trotskiste ? Si nous sommes convaincus des limites d’une construction “par le haut” de la force nouvelle - ces tentatives ont, il est vrai, à plusieurs reprises échoué ces dernières années -, nous pensons que l’on ne peut faire l’impasse sur la recherche active d’un spectre suffisamment large de sensibilités, de cultures et de traditions de la gauche d’alternative pour pouvoir engager un mouvement populaire et durable. Si la LCR s’est ouverte aux catégories populaires, elle est encore très loin d’être le “grand parti de la classe ouvrière” ! Avez-vous, au fond, renoncé réellement à rester purs entre vous, dans l’attente du Grand Soir ?

Pensez-vous que la LCR possède, à elle seule, les ressources pour fabriquer le parti politique dont la gauche a besoin, capable de rivaliser avec le PS ? L’enjeu est de résister à cette droite arrogante qui démantèle les acquis sociaux, joue sur les peurs et promeut à tous les niveaux la concurrence entre les individus. Il est urgent de répartir les richesses autrement, de changer de modèle de développement, de repenser les conditions de nos libertés et la définition de nos droits.

Une posture uniquement défensive ne fera pas le compte. Or, le concept phare du NPA, l’”anticapitalisme”, ne contient-il pas cette limite dans son intitulé même ? Se définir “pour” et non “contre”, porter un projet et non un cahier de revendications, nous semblent des conditions incontournables pour convaincre et faire avancer nos objectifs. Car nous avons à concourir sérieusement dans le cadre démocratique, ne serait-ce que pour le transformer.

On nous rétorquera que la rue, la grève, la contestation sont les moteurs des ruptures. C’est vrai. On en a aussi vu les limites, en 1968 ou en 1995. Faire l’impasse sur la traduction des contestations dans le champ politique attise les conservatismes. L’enjeu est de construire un autre rapport de force interne à la gauche et de combattre la division du travail : “au PS la gestion et à nous la contestation”. Enfin, vous prônez l’indépendance vis-à-vis du PS : cela nous convient, à la condition de ne pas fermer le débat sur les conditions et les formes de cette indépendance.

En dépit de ces préoccupations qui rendent de très nombreux militants actuels ou potentiels frileux à votre égard, qu’est-ce qui nous séduit ? Une proposition nouvelle (enfin), nous l’avons dit. Un enthousiasme partagé, notamment dans les catégories populaires, pour les prises de parole d’Olivier Besancenot qui donnent un coup d’air frais à des débats politiques poussiéreux et ronronnants. Une clarté de positionnement : à gauche, pas un peu, pas en tortillant ni en s’excusant, mais franchement.
Un propos à la fois idéologique, permettant de garder le cap à gauche, et concret pour parler du quotidien à des millions de gens, des conséquences palpables des politiques réactionnaires comme de la logique capitaliste. Une solidarité avec les luttes quand d’autres traînent les pieds pour apporter leur soutien. Une participation active à la reconquête de l’hégémonie culturelle, en popularisant la nécessité d’une autre répartition des richesses, le soutien aux sans-papiers comme aux paysans du Sud, victimes du productivisme, la défense intransigeante des services publics…

Une gauche fière de son ancrage, en phase avec les mobilisations, qui met en cause tous les rapports de domination, assume le renouvellement générationnel pour parler au monde d’aujourd’hui et propose de dépasser les clivages anciens - Olivier Besancenot a d’ailleurs coutume de dire qu’il n’est pas trotskiste. Ce dernier apparaît comme un jeune homme de son temps, un acteur politique qui donne envie de se battre, de s’engager. Comment la gauche peut-elle profiter, dans la durée, de ses atouts ? Comment traduire en force politique ce que tant de gens attendent de lui, sans pour autant se laisser prendre à la magie des baromètres de popularité, qui lui sont aujourd’hui favorables ?
Dans ce que vous donnez à voir, il existe des contradictions, des ambiguïtés. Une clarification entre une option visant à cultiver le petit pré carré de l’extrême gauche et une autre à même de jouer grand angle permettrait d’emmener le plus d’énergies possible. Tel est le sens de ce message. C’est un débat politique constructif que nous voulons ouvrir publiquement avec vous.

Clémentine Autain, féministe ;
Luc Boltanski, sociologue ;
Elisabeth Claverie, ethnologue ;
Frédéric Lebaron ;sociologue;
Michel Onfray, philosophe ;
Arnaud Viviant, écrivain et journaliste.

Article paru dans Le Monde du 30.05.08 Lire la suite »

Chronique hebdo de France Culture !

Sans affrontement public de taille, une petite bombe est en passe d’être déposée : la gestation pour autrui, principe des mères porteuses, formellement interdite en France depuis 1994, pourrait bientôt trouver droit de cité dans notre législation. Jusqu’ici, nous affirmions « l’indisponibilité du corps humain » et avions pris parti contre la marchandisation des organes et des bébés. L’arrêt de la Cour d’appel de Paris du 25 octobre 2007, exigeant la transcription dans les actes d’Etat civil de la filiation d’enfants nés de mères porteuses, a imposé cette remise à plat. L’arrêt donnait gain de cause à un couple ayant recouru à la gestation pour autrui en Californie et qui cherchaient à faire reconnaître leur parentalité en France pour leurs filles jumelles. A l’occasion de la révision des lois de bioéthiques l’année prochaine, des Parlementaires cherchent à encadrer la mise à disposition de l’utérus. La socialiste Michèle Andrée, qui préside un groupe de travail au Sénat sur le sujet, propose de réguler cette pratique, en la réservant aux couples qui ne peuvent vraiment pas avoir d’enfants et en proscrivant la commercialisation. Elle déclarait dans la Croix le 18 mai – je cite : « Nous avons encore quelques réunions de travail devant nous mais le groupe s’oriente vers l’idée qu’il faut légiférer pour autoriser les mères porteuses et encadrer cette pratique. Ce n’est pas un point de vue unanime mais majoritaire, qui rassemble des élus de droite et de gauche » - fin de citation. Nous y voilà, le doigt dans l’engrenage… « Un enfant, si je veux, quand je veux », disaient les féministes dans les années 1970 pour réclamer le droit à l’avortement. Avaient-elles anticipé un tel retour de bâton ? Elles qui voulaient libérer notre utérus de l’obligation de procréer… Revoilà notre organe assigné à de nouvelles formes de productivité… En fait, la dissociation entre sexualité et procréation n’a pas fini ses effets. La conception de la parentalité en est bouleversée. Avancées féministes et progrès scientifiques changent la donne. Jusqu’où ? Là est la question. Différentes légitimités s’opposent mais il ne faudrait pas que le désir d’enfant, que la société se doit d’accompagner, se transforme en droit à l’enfant.

Ali Baddou : On peut quand même comprendre la détresse dans laquelle se trouvent les femmes sans utérus ou qui ne peuvent pas, pour des raisons médicales, avoir des enfants ?

Bien sûr qu’il faut entendre cette détresse ! Mais d’autres femmes doivent-elles pour autant louer ou prêter leur utérus ? Les partisans des mères-porteuses puisent leur rhétorique soit dans un libéralisme sans limites, soit dans une construction intellectuelle ex nihilo, purement théorique, déconnectée du monde réel et détachée des émotions. Car la gestation pour autrui se développe aujourd’hui à la faveur d’une rencontre entre un désir d’enfant, d’une part, et un besoin d’argent, d’autre part. Les témoignages ne manquent pas de femmes qui proposent leur utérus pour gagner des sous. On trouve bien sûr d’autres récits, qui disent en substance : « je voudrais offrir à un couple le bonheur d’être parent ». Belle générosité que de se coltiner neuf mois de grossesse pour faire plaisir à un couple, pas toujours connu qui plus est. Un altruisme étonnant, sur lequel il est permis de s’interroger. Par ailleurs, qui peut ignorer tous les problèmes possibles, inhérents à la grossesse, pouvant compliquer l’affaire ? Malformations de l’enfant, risques pour la femme enceinte, notamment au moment de l’accouchement, etc. Les situations potentiellement tragiques ne sauraient être évacuées, pas plus que le lien susceptible de se développer entre la mère porteuse et l’enfant. En Belgique, en 2005, le sort de la petite Donna a donné à réfléchir. La mère-porteuse n’avait finalement pas voulu céder l’enfant. La justice lui a donné la garde. Plus tard, elle a mis aux enchères la fillette sur Internet, vendue pour 15.000 euros à des néerlandais. Certains plaideront pour l’encadrement légal comme moyen de lutter contre le marché clandestin, qui se développe notamment via le « tourisme procréatif » dans les pays où c’est légal. Légiférer pour combattre la marchandisation est un pari risqué. Dans le cas de la prostitution, c’est plutôt le phénomène inverse qui se produit : la légalisation accroît en réalité le trafic. Par ailleurs, pourquoi ne pas s’attaquer d’abord aux entraves plus facilement modifiables à l’épanouissement parental ? Je pense par exemple au droit à l’adoption pour les couples de même sexe, au statut des beaux-pères et belles-mères ou encore à l’incitation au don d’ovocytes. Oui, la remise en cause du modèle familial traditionnel suppose des mises en cohérence de notre législation. Mais la fin justifie-t-elle les moyens ? Comme l’écrit « Dracula et cie » dans un forum Internet : « les riches veulent tout, même le ventre des pauvres ».

Vous pouvez retrouver la chronique des Matins de France Culture en format audio en cliquant ici. A bientôt,

Clémentine

Que raconte -ou ne raconte pas- le cinéma français ?

Le Festival de Cannes est l’occasion de se demander : quoi de neuf dans le cinéma français ? Mon approche, ce matin, sera intuitive et politique : je ne suis pas une critique de cinéma ! Que puiser dans l’art cinématographique français contemporain pour comprendre notre époque ? Que raconte - ou ne raconte pas - le cinéma français ? Pour aboutir au dossier de « Une » de ce mois-ci du mensuel Regards que je co-dirige avec Roger Martelli, nous avons eu un débat animé en comité de rédaction. « Pourquoi le cinéma français est-il chiant ? », se demandaient sans détour certains de mes camarades autour de la table. J’avoue, je ne me l’étais jamais formulé ainsi… Me voilà alors défendant, dans un élan cocorico, le cinéma de mon pays. Certes, Le bonheur est dans le pré et autres fables normatives me mettent régulièrement en colère. Et après ? Si la qualité artistique est extrêmement difficile à juger, on peut néanmoins s’interroger sur l’enfermement dans des sujets intimes, décrivant des tragédies familiales, quasi exclusivement bourgeoises, sur la répétition de scénarios assez pauvres, sans fantaisie ni subversion, sur l’absence de regard sur le monde et la passion nouvelle pour le cadre campagnard. D’où l’interrogation acide de Pascal Mérigeau, critique de cinéma et auteur d’un essai intitulé Cinéma, Autopsie d’un meurtre, paru chez Flammarion – je cite : « Sur deux-cents films, combien parlent de la société française ? Combien parlent d’autre chose que de la vie personnelle et intime de jeunes gens parisiens d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années qui ont des problèmes de couple et de cul et s’intéressent à ce qui se passe chez eux entre le genou et le nombril ? » - fin de citation. Oserais-je dire, après cela, que j’ai tant aimé les trois heures de Comment je me suis disputé d’Arnaud Desplechin ? Qu’importe ! Cela m’évoque aussi la chanson qui est un art qui m’est plus familier où, à la fois, je suis la première à fredonner Pauline Croze ou Bénabar et à me demander, la seconde suivante, pourquoi les tenants de la nouvelle chanson française n’ont rien d’autre à raconter que les petits problèmes de bobos en mal d’amour. Le roman contemporain est aussi symptomatique. Autrement dit, l’espace proprement politique n’est pas le seul en panne. Le manque d’inspiration apparaît général, même si les exceptions qui confirment la règle ne manquent pas. L’Esquive, pour ne choisir qu’un film, ce moment magique d’Abdellatif Kechiche, a réussi à marier vision du monde et forme inventive, comme le souligne si justement Marion Rousset dans son papier pour Regards. Les cinémas de Laurent Cantet, Robert Guédiguian ou Bruno Dumont apportent sans doute un regard neuf. Mais c’est dans la masse des films que se dégagent les lignes de force. Or, la production hexagonale n’a-t-elle pas tendance à tourner en rond ? Le Club des 13, impulsé par Pascale Ferran, aborde cette question taboue dans un rapport de 317 pages, désormais disponible en librairie, publié par Stock. En voici un extrait – ouvrez les guillemets : « Alors que la France est sans doute l’un des quelques pays au monde où il y a le plus grand nombre de talents réunis : de très grands cinéastes, scénaristes, comédiens, techniciens, de tous âges et de toutes catégories de films confondus, pourquoi les films français ne sont-ils pas meilleurs ? Pourquoi a-t-on à ce point l’impression, depuis quelques années, que la qualité des films baisse, qu’il s’agisse de films à très petits budget, à budget moyen ou très chers ? Il y a bien sûr des exceptions qu’il peut être intéressant de regarder en tant que telles, comme contre-exemple. Mais l’on ne peut que constater une baisse générale de qualité, d’un bout à l’autre du spectre. Existe-t-il des raisons structurelles à cela ? » - fermez les guillemets. La pression financière, qui oblige par exemple à marier cinéma et télévision, n’y est sans doute pas pour rien. Est-ce tout ? Je ne le crois pas. Alors, je vous pose la question : quoi de réellement neuf à Cannes pour comprendre sinon le monde, la France d’aujourd’hui ?

Vous pouvez retrouver la chronique des Matins de France Culture en format audio en cliquant ici. A bientôt,

Clémentine

Montreuil : café politique, 2ème édition !

cafepolecole1.bmpAprès la réussite de notre 1ère initiative publique du 18 avril dernier, nous renouvelons l’opération avec cette fois l’éducation, l’école en questions. Rendez-vous donc le 23 mai au Royal Montreuil.

A noter aussi dans vos agendas la date du 3ème café politique qui aura lieu le 27 juin. Je vous en reparlerai d’ici là mais le thème est d’ores et déjà arrêté : les peurs ! De quoi avons nous peur ? Du chômage ? De nos voisins ? A quoi sert la peur ?

Au plaisir donc de vous y retrouver, nombreux !

Clémentine

De la contre-réforme des retraites (ou comment répartir le revenu national)

Comme d’habitude… un peu de lecture avec ma chronique hebdomadaire des Matins de France Culture. Par ailleurs c’est dans ce contexte social bouillonnant que Politis vient de lancer un appel (à voir aujourd’hui dans l’hebdo) pour organiser l’alternative à gauche. 55 personnalités (intellos, responsables politiques, artistes, associatifs et syndicaliste) ont signé cet appel. Je vous invite à y jeter un oeil. Rendez-vous sur www.appel-a-gauche.org.

A bientôt,

Clémentine

Le parti pris des séniors sur la forme pour faire avaler la contre-réforme des retraites sur le fond : voilà la nouvelle astuce gouvernementale pour asseoir une libéralisation économique toujours plus poussée et l’allongement de la durée de cotisation à 41 annuités. En déplacement la semaine dernière dans le Gard, Nicolas Sarkozy donnait dans le trémolo, en qualifiant ainsi le sous-emploi des seniors – je cite : « une erreur économique doublée d’un scandale social ». En 2006, un plan d’actions avait déjà été adopté en faveur de l’emploi des salariés de plus de 55 ans. Visiblement un fiasco. Alors, en avant le nouveau plan pour l’emploi des séniors, dans lequel on trouve le développement du cumul emploi-retraite ou le relèvement du seuil d’âge de déclenchement des dispenses de recherche d’emploi. De quoi régaler sans doute le MEDEF, pas les salariés. Car le problème de l’emploi des séniors, c’est d’abord le chômage de masse qui conduit à un tri sélectif des salariés, dont se sortent mieux les hommes, blancs, à maturité conforme - ni trop jeunes, ni trop vieux. Les publics défavorisés forment, eux, les gros bataillons de chômeurs et de salariés précaires. Ils sont et seront les retraités les plus pauvres, car n’ayant pas suffisamment cotisé.

Ali Baddou : En quoi le plan pour les séniors fait-il diversion par rapport à la réforme des retraites en cours ?

Pure com’, ce plan masque l’accélération de la baisse du niveau des retraites et souligne, de fait, l’enjeu de la solidarité entre générations. L’approche générationnelle est en l’occurrence une arnaque et une manière de contourner le débat majeur sur la répartition de la valeur ajoutée. Les retraites versées à un moment donné sont une part de la richesse produite à ce même moment. Nous sommes tous d’accord pour constater que la proportion des retraités va augmenter dans les années à venir, notamment en raison de l’allongement de la vie. La question est donc de savoir quelle part de notre valeur ajoutée nous décidons collectivement de consacrer aux revenus des retraités. En 1950, cette proportion s’élevait à 5% du PIB. Aujourd’hui, elle est à 12,5%. Depuis 1950, ce sont donc 7 points de PIB en plus pour les retraites ! Nous avons réussi à l’assumer, sans chaos. Pourquoi demain, ne pourrions-nous pas imaginer un nouvel effort de ce type ? La productivité ne cesse de croître, plaidant pour une diminution du temps de travail. Encore faut-il que cette productivité aille aux salaires, et non à la rémunération du capital… Pour mémoire, en vingt ans, 10 points de PIB sont passés directement de la poche des salariés à celle des actionnaires. La retraite est une forme de salaire socialisé : augmenter la rémunération du travail est le meilleur moyen de garantir la pérennisation de notre système. L’effort à fournir se justifie d’autant plus que les retraités effectuent en réalité de nombreuses tâches utiles socialement et non faites par ailleurs, souvent là où les pouvoirs publics sont défaillants. Combien de grands-parents s’occupent des petits enfants quand les places en crèche font défaut ? Combien de retraités font tourner le monde associatif ? Bref ! Le travail invisible réalisé par des millions de retraités est une richesse. Il est logique que nous consacrions une part de notre richesse pour permettre à ces hommes et à ces femmes de vivre dignement. Je rappelle que le minimum vieillesse donne droit à 599 euros mensuel pour une personne seule et que le montant moyen de la pension de retraite s’élève à 1.044 euros… Le gouvernement travaille pourtant à baisser ces pensions : l’allongement de la durée de cotisation conduira plus de salariés encore à avoir des carrières incomplètes, et donc des retraites au rabais. La complicité d’une partie de la gauche, qui a validé les présupposés idéologiques (« le système court à sa perte », « cette réforme est incontournable mais il manque la concertation », etc.) alimente ces reculs. La contre-expertise est essentiellement venue du mouvement social, à mesure que les gouvernements attaquaient le régime, sous Balladur en 1993 ou avec Fillon en 2003. On lira ou relira Les retraites au péril du libéralisme, 3e édition, paru chez Syllepse et issu du travail de la Fondation Copernic. Le ministre du travail, Xavier Bertrand, avec cette assurance des dominants, osait pourtant il y a peu – ouvrez les guillemets : « il n’y a pas d’alternative au plan gouvernemental ». Les participants à la journée d’action intersyndicale prévue le 22 mai prochain sur les retraites apprécieront…