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Retour de Tunisie : rébellion et répression

tunisie.bmp J’ai participé à une délégation avec Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, et son collaborateur Gérard Busque, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, Robert Bret, ancien sénateur, monseigneur Jacques Gaillot, Abdennaceur El Idrissi, de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France et des représentant-e-s de la ville de Nantes. Je n’ai malheureusement pas le temps de tout vous raconter. Ce fut court mais très intense. Notre niveau d’information en France est gravement déficient. Nous devons faire passer le message de soutien aux camarades emprisonnés dans le cadre de la violente répression du mouvement social du bassin minier de Gafsa. Je suis sûre que la majorité d’entre vous n’a jamais entendu parler de cette lutte qui dure pourtant depuis bientôt un an. En tenant tête au régime de Ben Ali, qui répond par la surdité politique, la fermeté sécuritaire, le harcèlement des insurgés et la torture.

Merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont reçu, à qui j’adresse du courage, mon soutien et mon amitié. 

delegation.bmp Ci-dessous, ma chronique de ce matin à ce sujet. Je prépare également un papier pour le prochain numéro de Regards qui paraîtra en janvier. 

J’étais hier en Tunisie, dans le cadre d’une délégation française venue rencontrer la société civile. Comme disait Monseigneur  Gaillot, du voyage : « quand j’ai dit que j’allais en Tunisie, on m’a dit : c’est bien, tu vas te reposer ! ». Ah, la Tunisie, ses plages, ses circuits touristiques, ses droits pour les femmes, son économie flamboyante…. Vu de France, c’est le « miracle tunisien », comme disait Jacques Chirac. Le Président Ben Ali, réélu avec 99% des voix à sa dernière élection, a reçu congratulations et encouragements de Nicolas Sarkozy lors de sa visite en mai dernier. Il a refusé de rencontrer l’opposition démocratique mais a au moins vendu une centrale nucléaire et quelques airbus. Bref ! Si vous n’êtes pas un lecteur assidu du Monde diplo, vous n’imaginez snas doute pas la raison du voyage. Depuis janvier dernier, il y a un mouvement social d’ampleur dans le bassin minier de Gafsa. A l’origine : des pots de vin et du clientélisme dans un concours de la CPG, la compagnie nationale d’exploitation du phosphate. La liste des reçus a mis le feu aux poudres dans cette région sinistrée, où le chômage est supérieur à 21%. Depuis, un mouvement de protestations pacifiques s’est développé avec des grèves, des occupations des lieux, des manifestations à Redyef, Moularès, Metloui et Mdhilla. De nombreuses femmes, mères de jeunes chômeurs et veuves de travailleurs morts dans des accidents de travail, ont pris part et même initié cette contestation. C’est sans doute l’un des plus grands défis que le régime a du affronter. Jamais une lutte d’une telle ampleur, populaire, avec l’implication des femmes, ne s’était produite. Elle repose sur la convergence entre la tradition du mouvement ouvrier et des revendications en matière de libertés et de droits humains.

Ali Baddou : Comment le pouvoir fait face à cette contestation dans le bassin minier de Gafsa ?

Les forces de l’ordre ont tapé fort. D’abord, des dizaines de syndicalistes ont été arrêtés en avril dernier puis relâchés sous la pression des grèves et des manifestations. Alors la répression s’est accrue, faisant des morts et des blessés. Le 6 mai dernier, un jeune travailleur est décédé à l’intérieur d’un générateur électrique. Le 6 juin, la police a ouvert le feu sur les manifestants, en tirant à l’aveugle. Bilan : 2 morts et 26 personnes blessées. Pour en finir avec le mouvement, le pouvoir a procédé à l’arrestation d’environ 200 personnes depuis fin juin. Quasiment à l’aveugle. Les peines sont allées jusqu’à six ans de prison ferme. Abdessatar Ben Moussa, ex-bâtonnier, nous racontait hier : « les crimes politiques sont transformés en crime de droit commun. La justice n’a pas été impartiale et transparente mais influencée par le pouvoir ». Des arrestations contraires à la loi, des interrogations irrégulières, de la torture… Oui, vous m’avez bien entendu, de la torture. De nombreuses violences physiques, des cigarettes écrasées sur le crane, des bâtons dans l’anus, des scènes d’humiliation. En toute impunité pour les tortionnaires évidemment. Par ailleurs, non seulement il est très difficile d’obtenir des informations sur la situation à Gafsa mais les villes sont encerclés par une impressionnante présence policière et militaire. Ainsi va la répression du mouvement du bassin minier de Gafsa en Tunisie, où la population continue de se battre pour libérer les prisonniers. Et attend un soutien international  qui ne vient pas… Avec une presse à la botte du régime, de l’information dans les médias étrangers, ce serait déjà énorme. Le Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme me racontait qu’en 2005, un journaliste de Libération a assisté à son lynchage dans les rues de Tunis. Il raconte dans son journal les faits. Le lendemain, il est l’hôpital suite à une agression. Le harcèlement quotidien dont sont victimes les défenseurs des droits de l’Homme est considérable. Le régime prend appui sur les attentats de 2001 aux Etats-Unis pour légitimer la répression des insoumis. Quand il réprime, le gouvernement prétend participer à l’effort international de lutte contre le terrorisme. On n’imagine pas les pressions exercées sur la population. La présence de l’image du chef de l’Etat partout, sur les murs des immeubles, dans les magasins est oppressante. Pourtant, le chef de ce qu’il faut bien appeler une dictature, Ben Ali, a réussi à préserver relativement son image. Jusqu’à quand ?

Clémentine Autain

Commentaires

Commentaire de samy
Date: 28 novembre 2008, 14:40

En effet, tunisien moi même, je peux affirmer que la tunisie est un Etat policier tenu d’une main de fer par le clan ben ali/trabelsi.
Un peuple intimidé, auquel le bourrage de crane apolitique a conduit a un sentiment fataliste…
Mais non, ce n’est pas ineluctable pour nos amis de tunisie d’être soumis a ce tyran!

Sinon, Clémentine, tu comptes faire quoi sur la proposition unitaire PG/PC???
$D

Commentaire de lionel
Date: 29 novembre 2008, 19:12

Vous parler de droit de l’homme au sujet de la Tunisie d’accord avec vous mais de quel droit impose t-on notre façon de voir la liberter surtout que pour etre franc je trouve que nous ne somme pas aussi libre que nous voulons bien e faire croire notre dictateur a nous tien la presse sous sa coupe et en plus il veux tenir la chaine public en moment le directeur comme ça plus d’info sur lui qu’il ne désir pas .
Vous parler de liberter alors que moi je viens de faire une demande de visas pour une femme que je veux épouser moi qui suis Français et ce même visas a été refuser par le consulat je ne peu même pas savoir pour qu’elle motif,alors expliquer moi ou commence la liberter si j’ai même pas le droit de me marier avec la femme que j’aime !!
Le jour ou nous serons de vrai gens libre de nos choix nous pourrons montrer au monde comment il es possible de vivre avant on doit déja etre libre chez nous de nos choix.
je suis entierement d’accord avec vous la liberter dois etre pour tous le monde et ous devons montrer le chemin mais il nous a fallu combien d’années pur y parvenir à cette liberter le chemin même pour nous est encore long alors guidons les autres toutes en cherchant a etre excent de tout repproche choses qui je trouve va devenir tres dur avec notre president .

Commentaire de Digeo
Date: 30 novembre 2008, 10:09

Je suis hors sujet par rapport à votre chronique mais……

J’apprends que tonton François Autain a rejoint J.L. Mélenchon dans le nouveau PARTI de GAUCHE.
Voilà qui ranime mon phantasme de vous voir vous Clémentine, proche de O. Besancenot, faciliter le rapprochement absolument indispensable du NPA et P de G.
Avec tonton François vous avez en quelque sorte un pied dans chacune des deux organisations.
En outre vous avez longtemps été apparentée PCF et avez de nombreux contacts avec votre participation à l’édition du mensuel REGARDS.
Vous êtes la personne qu’il faut la ou il faut pour que prenne la mayonnaise de la reconstruction d’une Gauche authentiquement anti-capitaliste.
Puisse mon phantasme devenir réalité!!

Commentaire de Mickaël Ferrand
Date: 1 décembre 2008, 2:58

t’avais besoin d’aller là-bas pour le voir ?

Commentaire de hasni
Date: 1 décembre 2008, 16:00

Merci pour cet article que je me permets de reprendre sur le site reveiltunisien.org ce jour. L’information ne passe pas depuis la Tunisie et les news sur le bassin minier encore moins. Je me suis permis de vous adresser un mail pour aller un peu plus loin sur le témoignage.

pour répondre à Lionel, ce n’est pas une manière d’imposer une conception des libertés, c’est permettre que les libertés fondamentales soient appliquées. Ce qui se passe là bas est grave et concerne tout le monde. La Tunisie est quadrillée et étouffée et en France, on n’en perçoit que les vacances bon marché et les bains de soleil sur des plages à un jet de pierre de prison où la torture se pratique.

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