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Noël antisexiste : et pourquoi pas ?

Voici la version écrite… par ailleurs je vous recommande la lecture de La Princesse et le dragon et le Cowboy de l’ouest. Vous trouverez toutes les références sur le site des éditions Talents Hauts

Clémentine Autain

Un Noël anti-sexiste, ça n’existe pas… et pourquoi pas ?

Dans quinze jours, c’est Noël… qui fait rêver les enfants. Pour certains, la période des fêtes est le moment des indigestions post-dinde aux marrons et de l’épanouissement des névroses familiales. D’autres passent avec joie, chaleur et succès cette étape, à condition d’avoir les moyens de se faire plaisir et de réussir à s’échapper d’un contexte de crise économique, sociale et politique de plus pesants. Mais on oublie que Noël, c’est aussi un grand moment de sexisme. Sexisme invisible et pourtant massif. Chers parents, grands-parents, parrains, tantes, cousins et autres amis de la famille, vous détenez une part de responsabilité. Cette chronique est un appel vibrant à la vigilance pour sortir des modèles imposés. Là, normalement, vous en êtes au stade du catalogue. J’ai testé pour vous. Un exemple parmi tant d’autres : sur un grand site en ligne de vente de jouets, nous devons cliquer sur « côté fille » ou « côté garçon ». Pour elles, ce sera « Barbie », « panoplie filles et accessoires » ou « landaus et poussettes ». Pour eux, ce sera « robots », « voitures » et « châteaux forts ». Dans n’importe quel catalogue, vous trouverez les filles toutes de rose vêtues avec un aspirateur sous le bras ou devant une cuisinière. Et, la page suivante, vous trouverez les garçons devant un établi ou concentré sur un jeu de construction. Ces univers sexués sont dangereux parce qu’ils contribuent dès le plus jeune âge à façonner les identités et les comportements. Et Noël est un gigantesque moment d’imposition des normes, avec sa mise en scène dans l’espace public (vitrines de magasins, pubs à la télé, etc.) et ces achats massifs de cadeaux pour enfants qu’on retrouve toute l’année dans les maisons. Or, ça se passe grosso modo dans l’indifférence générale. L’Etat s’en fout, préférant jouer la farce d’une pente inéluctable vers l’égalité.

Ali Baddou : Et vous, féministe et maman, comment faites-vous pour échapper à tous ces stéréotypes ?

Déjà, je m’y attèle, ce qui demande un certain effort… Cette question de la transmission et de l’éducation m’apparaît cruciale. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai écrit pour les éditions du Seuil Les machos expliqués à mon frère. C’est compliqué parce que ça touche à l’intime, à ‘lidentité, à la sexualité, au quotidien. De nombreuses féministes dans les années 1970 ont bien tenté d’interdire les poupées Barbie à leur fille et de proscrire tous jouets guerriers à leurs garçons. Les résultats d’une telle posture éducative sont mitigés, notamment parce que les enfants ne vivent pas dans une bulle mais dans le monde sexiste tel qu’il est. D’où leur envie d’avoir alors ce que les autres ont et qui leur est interdit. On imagine leur désir aussi de se conformer à leur identité de genre puisque tout le monde – ou presque - le fait. La chasse aux jouets et livres les plus sexistes est une bonne méthode si elle ne confine pas à des règles trop strictes potentiellement contre-productives. L’explication dès le plus jeune âge des enjeux liés à l’identité sexuée et sexuelle et le décryptage des objets et histoires sexistes valent sans doute mieux que l’interdiction et la moralisation à tout bout de champ. Mais si nous ne prenons pas garde à construire des univers de jeux et de livres mixtes, les catégories imposées vont vite s’inviter partout. Et je ne dis pas que c’est simple ! Pour ne rien vous cacher, ma première bévue a eu lieu cet été quand, dans un grand moment de spontanéité, j’ai acheté le premier livre de mon fils, sans lire le texte au préalable. Les couleurs étaient gaies, la texture du livre attrayante pour se faire les dents et j’étais pressée. Voilà l’histoire… Lili, une petite souris et Patapon, un gros éléphant, vont au marché. Evidemment, Lili traine devant sa glace, Patapon tire la charrette, Lili veut tout acheter (les femmes sont dispendieuses, c’est bien connu), Patapon porte les courses trop lourdes (« pauvre Patapon », écrivent les auteurs) et Lili n’est pas contente : elle « demande la lune » ! Autant de poncifs sur si peu de texte et de pages dans un livre pour bébé, je suis un peu tombée de ma chaise. On ne m’y reprendra plus. C’est pourquoi, pour éviter de passer tous vos samedis dans les librairies à dénicher la perle rare, je vous recommande une maison d’édition 100% antisexiste, qui s’appelle Talents Hauts. Elle existe depuis quelques années maintenant et possède donc un choix qui devrait vous éviter un geste malheureux à Noël. Il y a des albums pour les 3-7 ans et des romans pour les 6-11 ans. De Je veux un zizi à Ma mère est maire, il y a de quoi éduquer autrement car ces livres interrogent les rôles imposés. Le meilleur cow-boy de l’Ouest est une femme (c’est un album avec de très jolis dessins), les grenouilles dans On n’est pas des mauviettes COA ! forment une coalition féminine face aux crapauds… Mon préféré, c’est La princesse et le dragon. C’est une princesse pas coquette qui combat un dragon pour sauver son prince en danger. Une fois libéré, le prince ne dit pas merci mais : « tu sens la fumée, tes cheveux sont emmêlés et… regarde ta robe ! Un vieux sac en papier ! Reviens quand tu seras habillée comme une véritable princesse ». Réponse de l’intéressée : « Ronald, tu es très élégant et parfaitement bien coiffé. Tu ressembles à un véritable prince, mais tu n’es qu’un gros nul ». D’où la chute, iconoclaste : « Et finalement, ils ne se marièrent pas ». Avec un petit effort, Noël pourrait devenir subversif…

Commentaires

Commentaire de Mickaël Ferrand
Date: 11 décembre 2008, 13:35

il faut que tu en parles plus, Clémentine

c’est ça qui manque !

beaucoup t’écoute mais tu es trop rare sur tous les médias

j’espère que, malgré ton rôle de parent, tu pourras apporter plus au monde comme tu dois sûrement le vouloir

les hommes comme sarko doivent avoir des adversaires plus coriaces sinon c’est la fin des libertés

Bisous et bonnes fêtes

Commentaire de frmwa
Date: 11 décembre 2008, 14:52

Il y aurait beaucoup à dire sur les contes et les récits fondateurs. Personnellement, je ne pense pas que les contes dits “subversifs” soient une bonne chose. Shrek est marrant, mais atteint vite ses limites. L’univers des cow-boys est largement mythique - il n’y a que dans “Johnny Guitar”, où le personnage principale est une femme - qui a d’ailleurs servi de modèle à la méchante reine de Blanche-Neige.
Les contes et récits “au deuxième degré” ont un impact nul. Finalement, ça revient à interdire les armes aux garçons. L’amour courtois du Moyen-âge est complexe et on ne peut pas réécrire l’histoire pour satisfaire une vision du monde. Les samouraïs, les yakusas dont des personnages masculins, par exemple. Il faut faire avec par la parole et le dialogue. Mixité oui, indifférenciation non.

Commentaire de Laurent Z.
Date: 11 décembre 2008, 15:04

Quand j’écoute ce discours j’ai l’impression de revivre les discours de certains parents musiciens qui, dès la naissance, manipulent leur gosse pour qu’il aime la musique ; contrôler tout ce qu’il écoute, etc… pour en faire un virtuose !! Evidemment, le résultat est en général très bon, jusqu’à l’adolescence….

Mais je comprends votre attitude, vous faites partie des gens (philosophes, …) qui êtes sûrs que l’acquis prédomine largement sur l’inné, et que nous ne sommes “que” le résultat de notre éducation.

Evidemment je ne le pense pas du tout, et la science l’a démontré et le démontre plus encore chaque jour. Nous sommes arrivés à un tel niveau de connaissance sur les gênes, que si l’on va aux toilettes dans la soirée, on a l’impression que c’était écrit…

Alors faites lui lire les livres de la meilleure édition, faites la (je crois avoir compris que c’était une fille) jouer avec des actions men, des camions, porter des blue jeans, ne pas avoir de jupes, avoir les cheveux courts, etc… tout ceci n’y changera rien : elle deviendra ce qu’elle est… et comme beaucoup de parents préparez-vous à être déçu de ce que votre fille deviendra !!

Très cordialement,

Laurent Z.

PS : vérifiez tout de même qu’en cachette son papa ne lui achète pas des balais et aspirateurs roses ;) Vous savez les hommes on peut pas leur faire confiance !! Ou pire qu’il ne lui achète pas les dvd des épisodes de Dragon Ball Z (série où l’homme est fort beau, musclé et se bat pour défendre sa femme et l’humanité !! UN SCANDALE rires)

Commentaire de frmwa
Date: 11 décembre 2008, 17:48

@ Laurent Z.

L’enfant de Clémentine s’appelle Oscar. Comme tu connais Dragon Ball tu dois connaître “Lady Oscar”, le manga de “Riyoko Ikeda” une dessinatrice de manga, qui a gentiment cédé ses droits pour permettre d’inclure cet épisode dans le coffret de DVD de l’intégrale de Jacques Demy. ;)
Vive les mangas !

Commentaire de Karl Stevenson
Date: 11 décembre 2008, 23:31

Noël, fête crypto-païenne basée sur le culte du Soleil est devenue au fil des ans un rendez-vous commercial. Alors, rien d’étonnant qu’il y ait du sexisme dans ce simulacre religieux grotesque qui est béni par le Vatican. Au niveau des droits de la femme, cet Etat a encore du travail à faire pour être au niveau d’une norme qui soit acceptable sur les plans éthique et juridique.

Commentaire de marco
Date: 12 décembre 2008, 11:11

Je pense qu’il ne faut pas voir cela que sous l’angle du sexisme.Pour moi,faire la cuisine et s’occuper des enfants ou jouer avec des poupées-même si ce sont rôles attribués toujours aux filles ou aux femmes-sont des activités très nobles et la femme en ressort très valorisée .Il ne faut pas se tromper;on a dit, dans les années 60-70, que c’était injuste que les filles portent toujours des jupes (vêtement sexiste ) et des garçons des pantalons (cela sous-entendait que les garçons étaient favorisés, avantagés/femmes).Du coup,Il faut, maintenant, avoir de la chance pour voir une fille en jupe (beau vêtement féminin).
C’est en voulant que les femmes et les hommes se ressemblent ou fassent les mêmes choses qu’on commet une erreur.

Commentaire de Elly
Date: 12 décembre 2008, 17:36

«Quand j’écoute ce discours j’ai l’impression de revivre les discours de certains parents musiciens qui, dès la naissance, manipulent leur gosse pour qu’il aime la musique ; contrôler tout ce qu’il écoute, etc… pour en faire un virtuose !! Evidemment, le résultat est en général très bon, jusqu’à l’adolescence….»

C’est marrant, moi c’est exactement ce que j’ai vécu. Non, pas avec des parents féministes qui voulaient, oh les méchants, que je ne joue pas qu’avec GI Joe, mais avec des parents qui, dès la naissance, m’ont manipulée pour faire de moi un garçon.

Le résultat était effectivement à peu près passable jusqu’à l’adolescence…

Du coup moi je trouve ça bien de faire passer un peu autre chose que les normes sexistes, qui se retrouvent non seulement à perpétuer un système de domination mais sont aussi très violentes pour toutes les personnes qui ne rentrent pas dedans.

Parce que je ne sais pas si, comme le dit Marco,

«C’est en voulant que les femmes et les hommes se ressemblent ou fassent les mêmes choses qu’on commet une erreur.»

Mais je sais que c’est en voulant que les femmes et les hommes soient à tout pris différents qu’on mutile les bébés intersexes à la naissance, qu’on psychiatrise les trans’ et qu’on
ne permet pas aux homos de se marier.

Et on va me traiter de féministe radicale (j’assume), mais les mecs qui expliquent qu’il faut garder la différence et que finalement c’est très bien comme ça, ça me fait tout à fait penser aux patrons qui expliquent que la lutte des classes ça n’a pas lieu d’être. Ben ouais, quand on profite d’un système, on n’est pas forcément tenté par sa remise en cause, surprenant, non ?

Cela dit, effectivement, les jupes c’est très joli ; d’ailleurs c’est bien pour ça que je regrette que les mecs n’en mettent pas un peu plus.

Commentaire de Laurent Z.
Date: 12 décembre 2008, 19:53

“Cela dit, effectivement, les jupes c’est très joli ; d’ailleurs c’est bien pour ça que je regrette que les mecs n’en mettent pas un peu plus.

Alors je dois avouer que c’est très bien répondu. Justement en lisant le com de marco je me disais “c’est vrai qu’on ne voit plus de femmes en jupe, c’est dommage…”, après le com d’Elly promis je me tais ;)

Cordialement,

Laurent Z.

Commentaire de P. KOCH
Date: 13 décembre 2008, 16:45

Merci pour l’info

Commentaire de Fabulatio
Date: 14 décembre 2008, 20:41

Clémentine,

Bravo pour cette chronique. Il faut essayer d’informer, d’éduquer les gens sur ce sexisme ambiant donc beaucoup n’ont pas conscience.

Les catalogues sont à tomber par terre. J’ai été estomaqué par les jeux vidéos du moment, j’y ai consacré un bref article au http://www.geekmaispastrop.com/2008/12/sexisme-de-noel-sur-nintendo-ds

Tout cela tournerait autour de la peur de voir son enfant devenir homosexuel. C’est donc cela ? Une de mes lectrices nous renvoie vers une étude commandée par Fisher Price et qui peut nous instruire : voir http://www.allomattel.com/documents/jouets_new.pdf

L’homophobie et le sexisme auraient donc de beaux jours devant eux. Vite, vite, société française, il faut évoluer…

Commentaire de jp amoyel
Date: 15 décembre 2008, 12:57

“[le sexisme].. tournerait autour de la peur de voir son enfant devenir homosexuel”

pas uniquement, peut etre
il ne faudrait pas que l’exemple bd de clementine a savoir un prince charmant beau et riche et benêt qui serait traité de “con”, satisfaire en priorité les goûts de l’adulte qu’elle est et que nous sommes (c’est evidemment tres drole, de meme que Reiser est immensement drole) mais provoquer une espece de castration chez le gamin mâle tres jeune a qui l’on fourgue ce type d’histoire et qui cherche a s’identifier.
je me fais l’avocat du diable, notez, je n’en sais rien il faudrait poser la question à des spécialistes de l’enfance.

Commentaire de Didier
Date: 16 décembre 2008, 17:26

Ben voyons comme si c’était les parents qui imposaient les choix de jouets aux enfants.
Je suis persuadé que vous arrivez très bien à faire cohabiter ce discours avec celui de la tyrannie consumériste de l’enfant.
Mon petiot, y a pas eu besoin de le pousser. Il a vu des petites voitures et il est tombé amoureux.

“Ces univers sexués sont dangereux parce qu’ils contribuent dès le plus jeune âge à façonner les identités et les comportements. ”

C’est horrible en effet.

Commentaire de Fikmonskov
Date: 31 mars 2009, 16:25

“Ces univers sexués sont dangereux parce qu’ils contribuent dès le plus jeune âge à façonner les identités”
Oui, soyons tous des mous sans identité, sans personnalité, sans caractère… Ça, c’est un avenir qui fait rêver, dites-moi.

J’avoue, je me suis arrêté à cette phrase. La débilité instaurée en philosophie, ça me fatigue à la longue…

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