L’espoir fait vivre (et lutter)
D’habitude, les grandes envolées plus ou moins lyriques sur le mode « ça va péter ! » me laissent sceptique et parfois même de marbre. A vrai dire, de temps à autre, ça peut même m’agacer, comme ses « Unes » de Rouge ou de L’Humanité donnant régulièrement l’impression que la Révolution est pour demain… Et qu’on se le redise : la liste interminable des motifs de mécontentements voire l’aggravation de la situation sociale ne suffit pas à déclencher un sursaut populaire. On peut tranquillement dépasser les 2 millions de chômeurs sans être en situation de guerre civil. Et qui sait, à 2,1 millions, la cocotte minute peut exploser… Nous n’avions pas venu venir novembre-décembre 1995. Si je suis en général plutôt mesurée - ou tout simplement lucide - sur les possibilités d’émergence d’un grand mouvement social, l’ancrage actuel partout en France de contestations et de mobilisations, dans les domaines les plus divers, mérite attention même s’il semble pour l’instant épars et tout azimut. A l’automne, les manifs s’enchaînaient à une cadence soutenue, à tel point que l’affluence n’était généralement pas au rendez-vous, en tout cas pas à la hauteur des espérances et des enjeux, comme si plusieurs manifs chaque semaine fatiguaient les troupes militantes et brouillaient le message d’un ras-le-bol généralisé. La succession de revendications sectorielles a sans doute aussi atténué la perception du mécontentement, par trop diffus dans son expression et parfois, si vous me le permettez, trop traditionnelle dans ses revendications, trop classique dans ses formes.
Ali Baddou : Les secteurs mobilisés sont très divers ?
C’est le moins qu’on puisse dire… Hier, les magistrats et les avocats manifestaient devant le Palais de justice contre le projet de suppression des juges d’instruction. Aujourd’hui, les lycéens en remettent une louche contre le projet Darcos, qui pour l’instant est seulement repoussé. Samedi, ce sera le tour des postiers qui appellent à un rassemblement dans toute la France contre la privatisation de La Poste. La semaine dernière, les Robins des bois des supermarchés ont réquisitionné de quoi survivre et faire la fête pour les précaires. Dimanche dernier encore, l’association Droit au logement a déployé une banderole de 20 mètres : « un toit, un droit ». Et je ne vous parle pas des ouvriers de l’industrie automobile, des nombreux travailleurs sans-papiers en grève, de l’hôpital qui gronde ou du mouvement contre la fusion ANPE-Assedic. Bref ! Il était temps de proposer un peu de commun : vœu exaucé – on verra le résultat – avec l’organisation d’une première journée de grève interprofessionnelle, le 29 janvier prochain, à l’initiative de tous les syndicats, pour combattre la précarité et défendre les salaires. Bien malin qui peut prédire la réussite ou l’échec de cette tentative d’unifier les combats. Mais je perçois d’ores et déjà une difficulté : pour qu’un élan populaire s’affirme, pour qu’une révolte produise du neuf et du progrès, les exploités, les dominés, les aliénés ne doivent-ils pas espérer l’avènement d’une autre société ? Autrement dit, la faiblesse de la perspective alternative d’ensemble ne constitue-t-elle pas un lourd handicap ? Vous aurez compris le renvoi à l’espace proprement politique et à ses failles actuelles. En attendant, qui sait où peut mener la révolte et la colère générés par une société en crises ? On en a une version, absurde et burlesque mais une version quand même, et qui vaut le détour, dans le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, Louise-Michel avec Yolande Moreau en ouvrière. C’est de la dynamite ! Dans cette fresque déjantée qui raconte le monde contemporain comme peu de films français l’ont fait ces derniers temps, la réponse à un capitalisme obscène est violente et littéral : tuer le patron. Le désespoir ne fait pas vivre. Mais ce n’est pas ça l’expression populaire…
Posté le 8 janvier 2009
Commentaires (10) |
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Commentaires
Commentaire de frmwa
Date: 10 janvier 2009, 14:07
Hi, hi, tu n’as pas mis quand Ali Baddou te demande quelle est la seule station de métro parisien dédiée à une personnalité féminine…
Commentaire de Boitte
Date: 12 janvier 2009, 10:13
Travail et souffrance au travail.
Je vous signale un reportage réalisé par Charlotte Bienaimé, journaliste à France Culture pour témoigner d’une expérience de souffrance au travail.
> Quand le travail tue…<
Nicole est cadre en Ressources Humaines dans une grande entreprise française. Il y a un an, elle a tenté de mettre fin à ses jours. Elle raconte.
Le reportage sera diffusé MARDI 13 JANVIER 2009 dans le cadre de l’émission “Les pieds sur terre” de 13h30 à 14h00 sur France Culture.
Vous pourrez éventuellement l’écouter en différé sur le site de l’émission :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/pieds/archives.php
Gilles
Commentaire de Digeo
Date: 12 janvier 2009, 13:22
Clémentine,j’ai un peu votre sentiment d’agacement face aux expressions “çà va péter” ou “nous arrivons au grand soir, tout devient possible”
Cependant réflexion faite ce sont là des utopies, des rêves, qui peuvent devenir réalité. Se priver des rêves éveillés c’est se condamner à un pessimisme dévastateur.
En 1967, Georges Pompidou énonçait : « Si les chômeurs dépassent les cinq cent mille en France, ce sera la Révolution ». La suite devait lui donner tort : dix ans plus tard, la barre du million était franchie et aujourd’hui le nombre non officiel de chômeurs a dépassé les quatre millions (compte tenu des tripatouillages à la baisse)
Et çà ne pète toujours pas!! L’alchimie pour que prenne la mayonnaise révolutionnaire est très complexe, personne n’en a la recette.
Cependant gardons-nous de blâmer les utopies porteuses de libération et d’espoir d’un monde meilleur.
Commentaire de mc
Date: 12 janvier 2009, 13:46
Oui, ceux-là même qui vivent de leur rentes boursières ne regardent pas toute la détresse et la misère humaine qu’ils provoquent. Les ouvriers expropriés de leur outil de travail et l’illusion qu’ils peuvent entretenir en croyant résoudre leur souffrance en tuant LE responsable qui n’est jamais le vrai (souvenons-nous de Nuremberg : aucun des nazis jugés ne s’estimaient responsables…).
Même si je n’aime pas du tout le style cinématographique de ce film, il faut le voir.
C’est un cri qui deviendra un hurlement… nous en verrons de plus dures…
Commentaire de Nono
Date: 13 janvier 2009, 2:43
joli billet
Commentaire de vero
Date: 13 janvier 2009, 16:27
Lutter c’est aussi signer. Non à la loi Boutin ! Pétitions :
Commentaire de willy
Date: 14 janvier 2009, 18:06
BONJOUR CLEMENTINE
COURAGE POUR 2009, IL Y AURA BEAUCOUP DE TRAVAIL POUR LES GENS DE GAUCHE.
( surtout quand on n’est pas de droite )
JE SUIS INQUIET POUR NOTRE AMIE DOMINQUE A MONTREUIL.JE NE SUIS PAS SUR QU’ ELLE REUSSISSE LE GRAND ECART ANNONCE PAR SES VOEUX :
DE LA GUERRE A GAZA AU SLAGE OU SABLAGE DES RUES DE MONTREUIL. ENCORE UNE FOIS…COURAGE
Commentaire de Mickaël Ferrand
Date: 14 janvier 2009, 18:56
beaucoup d’espoirs tuent aussi voire exterminent
peux-tu parler à Barack Obama de tes idées pour un monde meilleur ?
Commentaire de tchikoito
Date: 23 janvier 2009, 12:07
une question:
“Le politique n’est-il pas plus noble que la politique”
cl Les machos expliqués à mon frère
Commentaire de Jujupiter
Date: 8 janvier 2009, 19:12
Ca me rappelle cette histoire en Inde: http://www.adnkronos.com/AKI/English/Security/?id=1.0.2505763736