photo Clémentine Autain

Buzz

Les    lus :

Méta

Archives

Rechercher:


Du pouvoir vivre

Les annonces de Nicolas Sarkozy hier ont peu de chance de calmer le jeu. Quelques mesures sociales ciblées et réversibles, ça ne fait pas le compte. Diminuer les impôts, et donc les marges de manœuvre publique, tout en refusant obstinément une augmentation des salaires et minima sociaux, ça ne nous emmène pas vers une meilleure répartition des richesses. Les syndicats ont annoncé le maintien de la journée d’action nationale du 19 mars, moment de convergence des mécontentements sociaux. Et, en attendant, la Guadeloupe et la Martinique sont vent debout, en proie maintenant à violence et à la répression quand ils espèrent un dialogue, des actes et du respect. Nous y sommes plus que jamais, en pleine crise économique, écologique, sociale et démocratique. Une crise politique en somme. Pourvu qu’elle nous botte les fesses pour penser et agir. L’influent conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, déclarait hier dans Le Monde ceci qui ne manque pas de sel : « L’enjeu est de trouver des solutions à tous les problèmes sociaux sans changer de stratégie économique » (sic). Comme s’il n’y avait pas de corrélation entre la politique économique néolibérale menée par le gouvernement, et tant d’autres avant lui, et les désastres sociaux. Le message gouvernemental nous dit : « on va dans le mur et on va continuer d’y aller ».

Thomas Baumgartner : Et que faudrait-il faire alors ?

Bonne question. Bien trop vaste pour ce matin en quelques minutes mais je voudrais interroger un angle d’attaque porté globalement par la gauche et les syndicats. En effet, le mot d’ordre du moment tourne autour de l’augmentation du « pouvoir d’achat », auquel s’ajoute la revendication qui fait largement consensus d’une « relance par la consommation ». Ce parti pris puise à la fois dans les recettes classiques du keynésianisme et dans les fondamentaux anticapitalistes qui contestent, à juste titre, la détérioration du rapport capital/travail (pour mémoire, ce sont 20 points de PIB qui sont passés en 25 ans de la poche des salariés à celle des actionnaires). Cet axe revendicatif correspond aussi à une attente populaire, dont gauche et syndicat sont historiquement censés être les porte-voix. Les gens qui souffrent de ne pas pouvoir joindre les deux bouts sont légion : comment augmenter le niveau de vie du plus grand nombre pourrait-il ne pas être un objectif juste ? Et pourtant, les termes de l’alternative mise ainsi en avant ne vont pas de soi. D’abord, à l’oreille, ça devrait chatouiller. « Pouvoir d’achat », ce sont deux termes qui sonnent bizarrement pour la gauche, me semble-t-il. Le pouvoir est une valeur contestée, un mot dont généralement on se méfie, et l’acte d’achat n’est pas à proprement parler son paradigme. Quant à la relance par la « consommation », nous sommes en plein vocable du monde marchand, largement mis en cause par l’alter-mondialisme et les mouvements issus de l’écologie politique. La déclinaison, en termes de revendications et d’expressions concrètes, d’une visée authentiquement de gauche au XXIe siècle se cherche et c’est normal -et même souhaitable, sauf à ressasser les formules anciennes. C’est pourquoi je crois particulièrement utile la lecture - ou relecture - du père de l’écologie politique, dont l’œuvre prend une saveur particulière en cette période de crise du capitalisme.
Thomas Baumgartner : vous voulez parler d’André Gorz ?
Tout à fait. Il est en train de redevenir à la mode en ce moment, ce qui n’est pas très étonnant… J’avais évoqué le 1er janvier (peut-être dormiez-vous) le petit livre d’Arnö Munster paru fin 2008 aux éditions Lignes, André Gorz ou le socialisme difficile. Et sort aujourd’hui en librairie, aux éditions La Découverte, un ouvrage collectif dirigé par Christophe Fourel, qui s’intitule : André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle. C’est une invitation à redécouvrir son apport original et profondément moderne. On trouve dans ce livre une présentation de son parcours, différentes contributions - comme celle de Jean Zin de la revue Ecorev ou de la sociologue Dominique Meda – et trois textes inédits. Bref ! Il faut redécouvrir André Gorz (malheureusement, beaucoup de ces livres sont épuisés). On peut commencer par la fin de son œuvre, avec Ecologica, dans lequel se trouve l’article au titre évocateur : « la sortie du capitalisme a déjà commencé » - le tout étant de savoir si elle se fera de manière barbare ou civilisée. André Gorz porte une critique lumineuse du modèle de consommation opulent de nos sociétés contemporaines. Il plaide pour une rupture du lien entre « plus » et « mieux », pour une société de suffisance. Car le capital a créé les besoins, ainsi que la manière de les satisfaire, en fonction du critère de la plus grande rentabilité. Le superflu et le gaspillage sont devenus nécessaires et nous ne savons plus quels sont, au fond, nos désirs et nos besoins. Mais (espoir !), selon Gorz, plusieurs facteurs pointent – je cite - « vers une économie fondamentalement différente qui ne soit plus régie par le besoin du capital de s’accroître et le souci général de « faire » et « gagner » de l’argent, mais par le souci de l’épanouissement des forces de vie et de création, c’est-à-dire des sources de la vraie richesse qui ne se laisse ni exprimer ni mesurer en terme de valeur monétaire » - fin de citation. En fait, ce qu’on veut, c’est du pouvoir vivre !

Commentaires

Commentaire de Flo
Date: 19 février 2009, 22:41

Je suis tout à fait d’accord, le terme de “pouvoir d’achat” n’est pas vraiment approprié… pour tout le monde. Il devrait être réservé aux riches actuels qui eux sont en capacité de consommer, de surconsommer.
Les 3/4 des français n’ont jamais entrevu ce “pouvoir d’achat”, un luxe surtout, qui reste entre les mains d’une minorité.
Pourquoi ne pas réfléchir à un autre terme “plus rassembleur” qui n’exclurait pas en premier lieu ceux qui n’ont pas assez d’argent pour se munir des produits de première nécessité ?

L’intervention du chef de l’Etat était pitoyable une fois de plus, il continue de diviser les français de métropole (et surtout d’outremer !) :
En annonçant des mesures spécifiques et non globales ou collectives comme le réclament depuis des lustres les syndicats, il maintient son cap, dans sa ligne des contre réformes.
Sa politique de sélection, selon son bon plaisir, ne fait qu’empirer la situation (on est pas en monarchie…). Les français ne sont pas ses sujets, ses esclaves.
Les primes annoncées sont minimes, juste de quoi nourrir un foyer pendant une semaine… cette réponse face au désarroi est une provocation de plus.

Au lieu de négocier avec les partenaires sociaux (et le médef qui pourrit la situation) sur la règle des 3/3 et l’augmentation des salaires, il endort tout le monde avec ses espèces de mesurettes.
Après le problème est que pour appliquer cette règle des trois tiers, les capitaux des entreprises doivent être contrôlés en totalité : une transparence de tout le système financier s’impose… ce qui est loin d’être le cas on le sait bien, les entreprises gardent beaucoup d’informations secrètes sur les rémunérations des actionnaires notamment.
Pour les salaires c’est pareil, Sarkosy ne voudra jamais faire pression sur les entreprises privées pour qu’elles reversent les 1/3 pourtant plus qu’indispensables.

Mille raisons de continuer la mobilisation face à cette régression organisée par le couple Sarkosy Parisot !

Commentaire de dominique jacques
Date: 20 février 2009, 0:50

Un dada ce dédé !

Il y a pire, j’en conviens.

Ce WE je serai dedans aussi, à St Jean du Gard, mais je redoute un peu les Ateliers de l’Usologie (ils se revendiquent les descendants de Dédé), séminaire “critique de l’éonomie politique”, y’a ma cop’s de Halem (Sylvie de les Yourtes, décroissante), ATTAC (avec conseillers scientifiques, ça me fait toujours marer).

Blague. Le socialisme c’est le peuple ou c’est scientifique ? M’enfin pas d’hésitation, voyons… c’est le peuple, car si c’était scientifique, on aurait d’abord essayé sur les chiens, m’enfin. Pauvre peuple et chiens miraculés ! (évidemment elle date d’avant 1989) in Le socialisme est il soluble dans l’alcool, je vous conseille, et puis ça change de Dédé, et puis c’est très récré.

Domino

Commentaire de jeannot
Date: 20 février 2009, 8:08

bonjour

Je suis trop souvent d’acord avec vous, chère Clémentine. A tel point que je me demande si nous ne passons pas notre temps à enfoncer des portes ouvertes… Et bien non! Les portes sont toujours fermée, mais de plus en plus transparantes à nos yeux. Ne nous y trompons pas pourtant, elles restent opaques à la majorité de nos concitoyens. Il y a encore du boulot!

Commentaire de Didier
Date: 20 février 2009, 13:46

André Gorz est un auteur très pratique.

Il découvre l’eau chaude, très laborieusement, et y met tout le verbiage universitaire de rigueur.

Mais comme justement il est universitaire, les gens de gauche s’imaginent que c’est du génie intellectuel à l’état pur (les gens de gauche sont très respectueux de l’autorité conférée par les hochets du pouvoir, faut pas croire).

Et comme en plus, Gorz est lui-même un marxiste, ils ont l’impression que ses idées sont les leurs, ce qui est parfait pour qu’ils se les approprient.

Commentaire de dominique jacques
Date: 20 février 2009, 16:54

Attention Didier,

D’accord que Gorz est un marxiste, il faut ajouter qu’il échappe un peu facilement à la finalisation de Marx (Etat, transition… donc stratégie terrestre, là c’est pas une intuition géniale), il reprend à sa manière, son époque, cette intuition géniale de Karl, si le capitalisme ne peut que se développer (accumulation du capital) il y est “enchaîné” alors cet infini dans un monde lui limitée est une contradiction insurmontable, sauf à créer des “colonies extraterrestres”, les crises de 29 et actuelle dans un monde déjà et quasi presque totalement sous capitalisme est une illustration de cette intuition.

Nous avions déjà eu une intuition idéologique, moins probante de Gramsci.

L’intuition là aussi génial de Gorz est de pointer des rapports de production, de bouleverser la sphère des échanges de manière à balayer les rapports humains et les rapports à la nature, avec une limite, toujours la même, la stratégie qui permet d’y arriver, partant d’une domination vers les conditions d’une émancipation. Là où Marx avait conclu, là où Gramsci était absent, là où Gorz sublime…

Alors ce raccourci de dire que quand une intuition pointe le doigt vers la lune, des dégourdi(e)s regardent la lune, c’est presque aussi idiot que de nier l’intuition et la lune…

Et pourtant elles tournent, et jamais échelle ne permit de les joindre… un jour pourtant, un jour viendra à force d’une intuition et d’un très clair… de lune. Là où le fer nous ronge, cette blessure, engendrera un soleil plus beau que les anciens mensonges.

Domino

Commentaire de Sébastien
Date: 20 février 2009, 17:46

Il est difficile, quand on est de gauche, de ne pas être d’accord avec Clémentine. D’autant qu’à propos de la Guadeloupe, elle ne tombe pas dans le nouveau piège à cons de “la diversité ethnique” que promeuvent droite néo-libérale et gauche néo-libérale.
Si les riches sont seulement des Blancs et des hommes, il y a un problème. Mais si parmi eux, on trouve aussi des Noirs, des basanés et des femmes, il n’y a plus de problème. Il n’y a pas de contradiction entre la perpétuation des élites et leur diversification : on s’efforce de les diversifier pour les légitimer, pas pour les faire disparaître.

Commentaire de luc
Date: 20 février 2009, 19:41

Le cout des dom tom dans le budget 2009

La réunion 4 milliards d’euros
Polynesie+nouvelle calédonie + Mayotte 3,3 milliards
Guadeloupe 2,5 milliards
Martinique 1,8 milliard
Guyane 1,1 milliard

Il y a aussi les 4 milliards de l’union européenne.

Soit 16,7 milliards pour 2,5 millions de personnes
http://www.lefigaro.fr/economie/2009/02/11/04001-20090211ARTFIG00602-l-outre-mer-coute-pres-de-sept-milliards-a-l-etat-.php?mode=commentaires&next=81&PHPSESSID=140398579

@ Flo
Quand la BNP Parisbas verse 900 millions d’euros de divindes, elle dépense aussi 18 milliards d’euros pour payer ses salariés, ses fournisseurs…..

Arretez de croire que seuls les acionnaires profitent

Commentaire de Didier
Date: 21 février 2009, 9:38

“si le capitalisme ne peut que se développer (accumulation du capital) il y est “enchaîné” alors cet infini dans un monde lui limitée est une contradiction”

les règles comptables peuvent donner de la valeur à n’importe quoi. Le rôle de la commission Stiglitz est justement de faire en sorte que l’accumulation du capital n’ait plus de corrélation avec les dégradations environnementales.
Ils peuvent très bien y arriver, ce qui montre que “on ne peut pas croître indéfiniment dans un monde fini” est faux.
La valeur et la ressource naturelle sont deux choses différentes.

“les crises de 29 et actuelle dans un monde déjà et quasi presque totalement sous capitalisme est une illustration de cette intuition. insurmontable”

La “crise” dont on parle à la télé n’est ni une crise environnementale ni une crise au sens marxiste, c’est une crise bancaire et financière, dont l’origine est située dans les mécanismes bancaires et financiers.

Méfiez-vous de vos intuitions.

Commentaire de Nono
Date: 21 février 2009, 11:09

Merci, je n’ai pas lu André Gorz. Cette chronique donne envie de le découvrir.
Tu gagnes en aisance radiophonique.

Commentaire de luc
Date: 21 février 2009, 17:49

L’Espagne a été colonisé pendant 781 ans par les arabes.
La grande mosquée de Cordoue a été construites par des milliers d’esclaves Chretiens.

Comment font les espagnols pour se développer avec une aide de l’Europe de 9 milliards d’euros par an pour 45 millions d’habitants en Espagne contre 16 milliards pour 2,5 millions d’habitants dans les DOM TOM…

Commentaire de jeannot
Date: 22 février 2009, 8:23

pour Didier, Nono et Luc

Je vois que le débat s’anime! C’est vivifiant!
Ceci dit, Il faut en effet différencier la crise dont “on” parle à la télé et qui est en effet financière, d’autres crises plus durables… Pour ma part, ce saucissonnage par tranches de crises me semble dépassé ou trop dans le sens de la lecture de l’actualité. Une crise remplace une crise, la financière chasse l’alimentaire qui chasse l’écologique. Le Grenelle n’a rien résolu et une partie de l’humanité meurt toujours de faim…
C’est la conjonction des crises qui est aujourd’hui révélatrice de l’aboutissement malheureux d’un mode de société.
Il existe en fait de nombreuses pistes pour bâtir autrement l’avenir. Cela commence par faire ce que disait N.Sarcosy : Rendre sa valeur au travail. Allez plus loin, lui donner toute les valeurs, qu’il soit la seule valeur commerciale. Que l’eau, la terre, l’air soient rendues au bien commun non mercantile. Que les matières premières finies soient gérées par la puissance publique, que les valeurs intellectuelles ou manuelles (seules qualitativement expansibles à l’infini) soient promues au rang des seules richesses négociables dans les limites des nécessités humaines (santé, nourriture, etc… Attention aux brevets et autres propriétés intellectuelles) et environnementales. Revenons à l’homme. Il y à un nouveau sens du progrès à tracer.
Quand aux “aides” aux DOM-TOM. Le soucis, est en effet de se demander pourquoi tant d’argent aussi peu efficace. L’insularité est une première réponse valide. La seconde est sans doute dans une réflexion sur l’organisation sociale, politique, économique de ces territoires et dans leur place dans la république et l’Europe. Autant d’argent pour si peu d’efficacité… C’est peut-être aussi ce qui aura mis autant de Guadeloupéens dans le rue, en grève et en colère.
Quel est le rapport entre les esclaves chrétiens de la mosquée de Cordoue et l’Espagne ou la Guadeloupe d’aujourd’hui? Attention a ne pas revisiter l’histoire avec nos yeux du moment, ils ont déjà tant de difficulté à percevoir ce qui vient de ce passer depuis vingt ans…. (pour mémoire, l’Espagne arabe à fait parfaitement coexister (échanges pacifiques culturels et commerciaux constants)3 religions mono jusqu’au XIIe s. Pour consoler Luc, la mosquée est aujourd’hui le siège du diocèse…

Commentaire de frmwa
Date: 22 février 2009, 22:39

Pour rebondir sur ce que dit jeannot “La seconde est sans doute…”
Le sans doute est de trop - on reconnaît largement que ces structures sont héritées d’un colonialisme du XVIIIe siècle (dixit Jacques Marseille) totalement obsolète, y compris pour un libéral.

Ecrire un commentaire Règles de conduite