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Hommage aux obstinés

Voici, en version écrite et avec moult retard, ma chronique de la semaine dernière… Je précise qu’elles sont chaque semaine, dès le jeudi, disponibles sur le site de France Culture, pour les curieux…

A très vite,

Clémentine Autain

La « ronde infinie des obstinés », qui tournait sur le parvis de l’hôtel de Ville à Paris, sur l’ancienne Place de Grève, est suspendue depuis lundi midi, après 1007 heures passées 24h sur 24 à tourner. Lancée en mars par des enseignants de l’université de Paris VIII Saint-Denis, la ronde tournait contre la loi Pécresse sur l’université et plus globalement contre la politique du gouvernement. De nombreuses autres luttes – je pense notamment à celle des chômeurs – sont régulièrement venues converger sur ce lieu, qui est devenu une sorte de lieu de ralliement, à forte charge symbolique. Il s’agissait de dire non à la logique de la concurrence pour servir la rentabilité, non au culte du mérite, non au mercantilisme des savoirs. Et devant la surdité du pouvoir en place qui refuse de revoir sa copie, il s’agissait d’exprimer une détermination. Avec une forme expérimentale, alliant lecture de textes, happenings culturels, débats. La ronde continuera de se produire par intermittence à Bordeaux, à Lyon, à Clermont et ailleurs, et dès aujourd’hui au Panthéon, à Paris, à 12h. Mais la « ronde infinie des obstinés » qui tournait 24h sur 24, celle qui a initié le mouvement, s’arrête alors qu’elle n’a pas obtenu satisfaction : cette fin, fut-elle partielle voire temporaire, est cruelle. Au fond, ce dont parle cet échec qu’on espère provisoire, c’est de la difficulté des insurrections, révoltes, mobilisations qui émaillent notre quotidien en ce moment à gagner. Pire, alors que les manifestations sont massives, que les salariés de chez Continental, Caterpillar et autres entreprises menacées se battent avec colère, que les personnels hospitaliers ou les gardiens de prisons sont vent debout, le gouvernement ose ces jours-ci afficher la fierté de son bilan, Nicolas Sarkozy affiche une arrogance insolente et l’UMP est en tête des sondages pour les élections européennes du 7 juin. Autrement dit, non seulement le pouvoir en place ne cède sur rien - ou presque - mais la perspective politique qui devrait accompagner, au sens être consubstantielle à ces foyers obstinés de contestation ne perce pas, ne se formalise pas, ce qui finit par peser sévèrement sur les luttes elles-mêmes, sur leur capacité à déboucher sur des victoires. Nous ne sommes pas si loin que la mayonnaise prenne vraiment, mais nous n’y sommes pas.

Ali Baddou : Pourquoi ? Qu’est-ce qui manque, selon vous ?

D’abord, c’est la difficulté à faire converger tout ce qui se produit. L’unité syndicale n’est pas synonyme dans le contexte de l’unité du mouvement social. Il s’agit donc d’opérer une réelle mise en commun, une convergence de vue et d’action des syndicats et des autres formes d’engagements, de type RESF, « Appel des appels » et autres collectifs sectoriels qui sont une richesse. Les intellectuels devraient prendre toute leur part dans cette dynamique d’ensemble. Pendant longtemps, il y avait l’idée d’un déficit notoire d’une pensée critique. Ce n’est plus le cas. Et le travail de reconstruction idéologique, qui repose en partie sur les intellectuels, suppose d’allier théorie et pratique. Comme le postule Isabelle Garo dans un livre remarquable, L’idéologie ou la pensée embarquée, récemment paru à La Fabrique, « la capacité de résistance et de riposte réside aussi dans l’actualité maintenue d’une notion d’idéologie non séparée de la lutte qui l’habite ». On sait qu’une autre vision du monde aide le mouvement à se construire, en lui donnant de la perspective, et que cette vision du monde se construit avec le mouvement, dans le mouvement. Du point de vue de l’enjeu de la convergence, ce qui s’est passé en Guadeloupe est une réussite. Le LKP a su mêler des segments très différents de la société et c’est ce qui a fait sa force. La limite en revanche se situe, aux Antilles comme ici, dans la faiblesse du politique. Là, la panne est sévère. Je la souligne presque chaque semaine, je ne m’y attarde pas, mais la gauche en déroute handicape le mouvement. Ensuite, autre enjeu difficile, il faut réussir à tenir les deux bouts : radicalité ET majorité. Et ce n’est visiblement pas simple. L’unité syndicale est une clé pour gagner parce qu’elle permet de drainer largement. Dans le même temps, si l’unité se réalise sur des positions revendicatives trop faibles ou avec un rythme de temps forts trop lent, elle risque de passer à côté des victoires nécessaires. D’un autre côté, le mot d’ordre de grève générale reconductible de manière illimitée n’est pertinent que s’il a des chances d’emporter une large adhésion. Ce qui est sûr, pour conclure ce matin, c’est que, face à l’obstination du gouvernement à maintenir son cap, nous n’avons qu’un seul choix possible : nous obstiner à contester et à inventer.

Commentaires

Commentaire de Bimbo
Date: 14 mai 2009, 16:26

Moi aussi, je suis lasse d’être obstinée.

Commentaire de Cavallaro
Date: 20 mai 2009, 6:35

Clémentine je suis de tous cœur avec toi .Mais pour cela il faut que la gauche de la gauche s’unissent . Que les personnes mettent de côté leurs ambitions .
Obstiné du monde entier unissé vous.

Commentaire de gele
Date: 21 mai 2009, 13:51

Facs bloquées, L’esprit de Munich ! NOS libertés en grand péril ?

Que notre président et son ministre de l’éducation nationale parlent avec prudence aux étudiants, aux enseignants, avec, pour chacun, une dose de respect, de compréhension, c’est de bonne politique. Langage consensuel, de bon sens quand on est aux commandes. Par contre, dans leurs esprits, le syndrome de la capitulation de Munich face aux dictatures de tout poil est bien là ! Tradition bien française d’une classe politique, Fonctionnariser, professionnaliser, titulariser à vie !

Retrait, compromis, reculs, moratoire, attitude de lâcheté coutumière, par manque de courage à droite, par idéologie à gauche. La France prend un retard considérable avec nos universités en grands périls. ( voir notre lamentable classement mondial )

Munich: face aux syndicats très minoritaires qui bloquent toutes les modestes tentatives de réforme.
Munich : face aux manifestations de rue qui dictent leurs lois aux élus de la nation. Psychodrame des illustres les blocages, les rigidités de notre pays.
Munich : face aux corporatismes, Justice, Education Nationale, Entreprises publiques, qui par leurs statuts et privilèges, aux coûts insupportables, ruinent la France. Notre sphère publique, qui représentait 35 % du PIB en 1958, dévore aujourd’hui 53 % de cette richesse!
Munich : face aux extrémistes politiques, nationalistes, religieux, très souvent entretenus par des subventions d’état.
Munich : face à nos devoirs pour les générations futures qui vont hériter de nos dettes, d’une économie en ruine, dans une France déclinante !

En résumé, l’état et nos élus devraient exercer avec rigueur leurs fonctions régaliennes* (ce qu’il ne fait pas) et redonner aux citoyens la liberté d’entreprendre (ce qui est difficile) avec nos contraintes administratives et fiscales, aggravées par le poids un secteur public en crise.

En conclusion: pour les étudiants des campus de lettres et de sciences humaines, Le choc est terrible ! Et cela produit forcément des traumatisés en veux-tu, en voilà ! …

Ce qui explique leurs angoisses, les peurs, le rejet des réformes rendu indispensable par la mondialisation. La fascination pour les emplois dans les fonctions publique où 70 % des jeunes aspirent à faire carrière. Impasse, qui va créer une nouvelle génération de frustrés ! Ceux qui seront refusés ! Ceux qui, recrutés sur concours s’estimeront sous employés avec leurs parchemins. Décidément l’éducation nationale est irréformable en France.

* un Etat absent pour garantir la liberté du travail, de circuler, les effets désastreux des grèves du secteur public à répétition.

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