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Touche pas à mon jour férié

Ci-dessous ma chronique du jour… férié.

Clémentine Autain

Pas de repos pour le commerce : c’était une promesse présidentielle. L’ouverture des magasins le dimanche fait partie intégrante de la logique du fameux « travailler plus pour gagner plus ». Et pourtant, Nicolas Sarkozy avait du faire retirer l’examen de la proposition de loi libéralisant le travail du dimanche, en janvier dernier. Le tollé face à une telle mesure avait gagné les rangs de la droite. D’où le retrait. Mais le député des Bouches-du-Rhône, Richard Mallié, n’a pas lâché prise. Et le voilà déposant lundi dernier à l’Assemblée nationale une sixième mouture de proposition de loi remettant de fait en cause le repos dominical. Ce projet devrait être examiné cet été lors de la session extraordinaire du Parlement. Le premier ministre, François Fillon, a juré grand Dieu cette semaine dans les médias qu’il ne s’agissait aucunement de remettre en cause ce – je cite - « pilier humaniste », issu de la « tradition chrétienne ». Il a mis de l’eau dans son vin pour amadouer les récalcitrants. Et, histoire de faire bonne mesure, il nous invite désormais à parler de « dérogation au repos dominical » puisque le principe de l’interdiction du travail le dimanche est réaffirmé par le gouvernement et dans la proposition de loi. Mais que vaut un principe s’il ne cesse de voir grandir les exceptions qui le mettent dans la pratique en cause ? Nous voilà en pleine entourloupe.

Thomas Baumgartner : Quel est le contenu du projet de loi déposé ?

Il s’agit en fait essentiellement d’adapter les dérogations aux commerces des zones touristiques et thermales et aux agglomérations de plus d’un million d’habitants, où sont définies par le préfet des Périmètres d’usage à consommation exceptionnelle, appelées PUCE. Par apport aux précédentes moutures, il y a quelques régressions en moins : la droite renonce notamment à passer de 5 à 8 le nombre de dimanches travaillés sur le territoire. De prétendues garanties sont données aux salariés puisque la négociation avec les partenaires sociaux est prévue et, en cas d’échec, un référendum interne doit être organisé dans l’entreprise. Les salariés ont en outre le droit formel de refuser de travailler le dimanche. Mais le rapport de force étant ce qu’il est dans les entreprises, ces garanties restent fragiles. La proposition est plus mesurée que les précédentes moutures car l’objectif est d’obtenir l’accord de toute la droite, en évitant les désordres. Elle n’en reste pas moins dangereuse car il s’agit en fait de légaliser les ouvertures constatées et d’ouvrir de nouvelles brèches dans le droit. Vous le savez sans doute, des batailles juridiques se mènent à de nombreux endroits sur le territoire en raison d’une interprétation de plus en plus aléatoire de la loi. Certains préfets se montrent en fait bien souples sur ce terrain ; les contestations remontent au tribunal administratif, qui invalide régulièrement leur décision. La loi actuelle permet les ouvertures pour les commerces d’ordre sportif, récréatif ou culturel. C’est ainsi que Louis Vuitton sur les Champs-Elysées à Paris prétend ouvrir au motif qu’il vendrait des affaires de sport - ce qui est pour le moins contestable et fut contesté. Des enseignes toujours plus nombreuses veulent ouvrir leurs portes le dimanche et se retrouvent devant les tribunaux, avec de lourdes amendes en perspective. Dans le Val d’Oise, autre exemple, Leroy Merlin estimait injuste que des enseignes qu’elle juge concurrentes, de jardineries ou de magasins d’ameublement, puissent elles ouvrir. D’où une bataille juridique. La loi de 1906 avait bâti un cadre permettant uniquement l’ouverture des commerces liés à la santé et aux traditionnels marchés. Mais l’idée qu’il ne saurait y avoir de trêve pour consommer s’est installée. Ce mouvement est profondément regrettable. Non seulement il faut cesser d’étendre le temps et l’espace de la marchandisation mais il nous faut également préserver un rythme social permettant l’épanouissement amical, familial et culturel. Si l’on détruit cette journée de repos du dimanche, fut-ce progressivement à coups de dérogations toujours plus grandes, quand pourrons-nous partager des temps de vie, loin du travail salarié et des magasins ? Un jour férié par semaine commun à tous est un acquis social fondamental. Le remettre en cause contribuera à déliter un peu plus le lien social. Par ailleurs, alors qu’il faut changer radicalement notre modèle de développement et rompre avec le consumérisme, qu’il faut aussi corriger notre conception de la richesse, le travail du dimanche renforce la logique économique et sociale qui nous met en crises. Petit à petit, nos espaces de liberté vraie sont menacés. Alors, pour ceux qui y ont droit, profitez bien de ce jeudi férié pour mesurer toute l’importance d’une pause collective dans la course aux caddies.

Commentaires

Commentaire de Flo
Date: 21 mai 2009, 17:22

Si je peux me permettre Clémentine, oui “le rapport de force dans les entreprises” reste flagrant mais il est dommage de ne pas évoquer si ce n’est un avantage et non des moindres à travailler le dimanche..la double paye. Pas partout mais dans pas mal d’endroits tout de même.
Il est, comme cela a été dit, INDISPENSABLE que le droit de refuser d’aller travaillé le dimanche soit garanti (sans pressions ou menaces de la part des patrons)

Sinon, savez-vous si les magasins qui ouvrent le dimanche se verront dans l’obligation de fermer un autre jour dans la semaine?

Si oui cela permettra quand même aux travailleurs concernés de garder un jour de repos hebdomadaire en maigre consolation.

Et vive les journées sans achats !

Commentaire de tristan
Date: 22 mai 2009, 9:02

je suis entierement pas d’accord avec cette non contre proposition de lois. d’ailleur au prochaine election je voterai contre un anti non liberalisme derogatif facile (j espere que ce ne sera pas un dimanche) pour penser ulterieurement a desenclaver les nomenclatures des enseignes toujours plus nombreuses dans le but de repenser mon consumerisme (sic)
s’il en ai toutefois une qui nous entende, alors la “”"”"crise”"”"”
peut être aura une chance de s’en sortir d’elle meme si elle n’est pas enrhumée. :o))
ps : on travaillerait donc sans polluer 14 h/semaine

Commentaire de frmwa
Date: 22 mai 2009, 10:02

La solution serait de réinstaurer la semaine de dix jours pour concilier commerce et esprit révolutionnaire républicain.

Commentaire de tristan
Date: 22 mai 2009, 20:33

entierement d’accord avec frmwa, voici le lien pour plancher une solution (il verra que tout est bien expliqué et découpé-sic)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k367468.image.r=calendriers+republicains.f483.langFR
plus, ma page my space :
http://www.myspace.com/tristan9876
enjoy :-p

Commentaire de François KALDOR
Date: 26 mai 2009, 7:30

La sté Louis Vuitton,sur les Champs Elysees,avait obtenu l’ouverture le dimanche à cause de son annexe culturelle,la fondation du meme nom communicant avec le magasin.J’avais entendu cette affaire devant la cour d’appel administrative de Paris. François KALDOR.

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