La Poste, le bras de fer (chronique France Culture)
C’est l’affrontement social et politique qui, en cette rentrée, pourrait être le plus chaud et le plus emblématique. La Poste démarre un mouvement de grève qui a toutes les chances d’entraîner bien au-delà des forces syndicales, en mettant en mouvement tous les partis de gauche et de nombreux usagers. D’ailleurs, c’est la condition sine qua non pour qu’un réel bras de fer se produise avec le gouvernement qui - quoiqu’il en dise - avance vers une privatisation de l’entreprise - la tradition de mobilisation à La Poste n’est pas celle des cheminots… Hier, quatre syndicats ont lancé une grève illimitée dans les bureaux de poste parisiens. L’intersyndicale dénonce la disparition de 7 500 postes en six mois et les files d’attente dans les quartiers populaires. Aujourd’hui, c’est une manifestation et une grève nationale contre le changement de statut qui est organisée cet après-midi. Côté gouvernement, le ministre de l’industrie promet qu’il n’y aura pas de privatisation. Les deux porte-parole de l’UMP ont renchéri hier. Frédéric Lefèbvre a notamment assuré que les capitaux resteraient à 100% publics. Mais comment les croire ? Combien de fois le changement de statut d’une entreprise publique en Société Anonyme fut le prélude à une privatisation ? A ce jour, nous n’avons pas de contre-exemple ! Et les postiers ont en mémoire les propos du ministre de l’économie qu’était Nicolas Sarkozy en 2004, quand il jurait que l’Etat garderait au minimum 70% du capital d’EDF et de GDF. Un passage télé que l’on entend d’ailleurs souvent en boucle dans les manifestations. Car aujourd’hui, l’Etat ne possède plus que 35% dans le nouvel ensemble Gaz de France-Suez. La parole gouvernementale est donc légitimement mise en doute. Chacun a également en tête l’exemple de France Telecom qui a changé de statut il y a treize ans et qui est maintenant détenu au trois quart par des capitaux privés. Frédéric Lefebvre a beau jeu de rappeler, et il a raison, qu’il y a eu à gauche beaucoup plus d’ouvertures du capital de France Telecom qu’il n’y en a eu à droite, cela n’est pas vraiment de nature à rassurer. Car, au fond, à quoi bon changer de statut si c’est pour rester une entreprise à 100% publique ? Mieux faire face à l’ouverture à la concurrence prévue par l’Union européenne en 2011, nous dit-on. Cela n’oblige pourtant en rien à ce changement de statut. Et la France ferait mieux de défendre une coopération européenne des services postaux car la mise en concurrence risque de tirer très sérieusement vers le bas ce service. Partout où la privatisation a eu lieu, les prix ont augmenté pour les usagers, le service s’est détérioré et les effectifs de salariés ont chuté. Car en effet, qui mieux qu’une entreprise publique peut garantir le respect de l’égalité de traitement de tous, quel que soit le niveau de revenu pour le service bancaire, quelque soit le lieu d’habitation pour le service postal ? Le prix unique du timbre, par exemple, a un sens politiquement, du point de vue de valeurs telles que la mise en commun, mais il n’en a aucun du point de vue de la logique de la rentabilité strictement économique et financière. Idem pour le livret A, jugé non rentable et pourtant précieux pour les catégories populaires. Cette bataille pour défendre La Poste est donc tout un symbole. Au moment où la logique néolibérale faillit, où même le Président de la République en appelle à la moralisation du capitalisme, comment peut-on sacrifier l’une des dernières grandes entreprises publiques françaises, comment peut-on fragiliser plus encore la qualité du service postal ? Un comité national, comprenant l’ensemble des syndicats et partis de gauche et une kyrielle d’associations, a décidé d’organiser une votation citoyenne le 3 octobre prochain : « pour ou contre le changement de statut de La Poste ? ». Une telle convergence est rare par les temps qui courent, gageons qu’elle sera efficace. Au point de faire finalement mentir le ministre Xavier Darcos qui criait sur tous les toits hier que le changement de statut serait coûte que coûte maintenu…
Clémentine Autain
Posté le 24 septembre 2009
Commentaires (7) |
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Commentaires
Commentaire de Daria
Date: 24 septembre 2009, 12:59
En Suède, par exemple, tous les bureaux de poste ont été fermés, et les services de courrier sont désormais hébergés par des serruriers, superettes, pressing et autres stations services. Le timbre pour l’Europe (celui avec la reine Sylvia, qu’on colle sur les cartes postales qu’on envoie en France par exemple) coûte 12 couronnes, soit environ 1,20€ !
Commentaire de Mickaël
Date: 24 septembre 2009, 15:16
combien de suicides au boulot encore ?
Commentaire de melot
Date: 24 septembre 2009, 18:26
Euh …… Manifester et voter avec le PS qui sous le gouvernement Jospinn’a “que” privatisé(ouverture du capital en plus joli) Air France,Autoroutes du Sud,Crédit Lyonnais(décret) ,France Télécom (Bien sur) Eramet ,GAN, Tomson Multimédia, CIC ,CNP ,Aérospatiale , Soit pour 210 Milliards deFrancs
c’est l’histoire du pompier pyromane, alors de grace défense de la Poste oui, mais dans la clarté
Commentaire de Myriam
Date: 24 septembre 2009, 20:11
Un très bon billet sur ce sujet sur le blog de “Plume de presse”
dans lequel tous les arguments pour justifier cette privatisation sont passés en revue :
“Privatisation rampante de La poste : ces mensonges qu’on veut nous faire avaler :”
Commentaire de tristan
Date: 24 septembre 2009, 22:21
olala c’est horrible, moi qui n’ai qu’un livret A , assorti d’un comte courant la poste simple (24/24) mais uniquement sur dab “LA POSTE”, j’vais deguster…a vue de nez tt ça va me couter annuellement 80 euros environ.
c’est comme si mon salaire chutait de 1 %.
dire que tt ça va financer les guerres , charmant.
moi qui croyait naivement que j’etait un mec bien parceque j’aime les troubadours et brassens, on me donne la une severe correction morale et de bon sens.
Commentaire de jean-paul
Date: 25 octobre 2009, 10:21
LA POSTE. Serions-nous naîf à ce point? Tout est déjà “joué depuis le changement de statut en…1992!




Commentaire de LE BRIS RENE
Date: 24 septembre 2009, 9:28
Sarkozy s’emmêle les pinceaux sur la couche d’ozone.
24 septembre 2009 - 10h18 - Posté par LE BRIS RENE - 82.***.145.***
En regardant l’émission, j’ai eu d’un seul coup des souvenirs d’enfance ! enfants, nous devions aller à la messe pour avoir l’autorisation d’effectuer la communion solennelle. C’était donc chaque dimanche matin. Nous devions alors mettre nos habits du dimanche. A l’église, nous avions droit aux bancs. Devant nous, à droite et à gauche les personnalités du village. Car beaucoup de sièges étaient réservées contre monnaies trébuchantes ! Je me rappelle de ce patron d’une usine parisienne qui lors de la traditionnelle quête exhibait aux yeux de tous le fait qu’il mettait un billet ; pour nous, c’était souvent au dernier moment que les parents cherchaient au fond de leurs poches ou de leur porte monnaie quelques pièces ! nous sommes tous frères disait l’église ! oui, d’ailleurs, au moment des élections municipales, le curé passait dans les chaumières pour dire qu’il ne fallait surtout pas voter pour untel car il était communiste ou sympathisant ! pourquoi ai-je penser à cela en voyant les habits du dimanche et le pouponnage de Pujadas et Ferrari ! je pense que l’église a quand même évolué sur ce qui se passait dans les années cinquante, mais la messe médiatique elle n’a pas changé !!!!