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Le PNUD ouvre les frontières de la pensée (chronique France Culture)

Hier, le PNUD – le Programme des nations unies pour le développement - a remis un rapport détonnant sur les politiques migratoires, intitulé – je cite : « Lever les barrières, migration et développement humain ». Venant d’une instance reconnue, institutionnelle, sérieuse, le propos de ce rapport à contre-courant de la pensée dominante mérite vraiment attention. C’est une sorte de réquisitoire contre les politiques hostiles aux migrations. Le parti pris défendu est simple : à condition d’améliorer un certain nombre de facteurs, la migration profite non seulement au migrant mais aussi au pays de départ et d’accueil. Autrement dit, comme je le pense depuis longtemps, la mobilité est une richesse du monde contemporain, elle est une chance si nous savons intelligemment l’accompagner et non sans cesse, avec brutalité, la freiner.
Le rapport balaie un certain nombre d’idées reçues : il nous apprend ou nous rappelle que les migrations du Sud vers le Nord sont minoritaires. Si chaque année 5 millions de personnes franchissent des frontières internationales pour aller vivre dans un pays riche, ils sont bien davantage à migrer vers un pays en développement ou à se déplacer dans leur propre pays. Par ailleurs, ceux qui ont le plus à y gagner sont ceux qui migrent le moins. Les pays les plus pauvres ne forment qu’une faible part des flux migratoires mais ce sont ces migrants, ceux qui viennent d’un pays à faible Indice de Développement Humain, qui en tirent le plus de bénéfices. Ils peuvent par exemple multiplier par 15 leur niveau de vie. Et dans les pays de départ, c’est un élément de développement, c’est un bénéfice net pour les pays d’accueil. Le rapport écrit noir sur blanc qu’il « n’existe aucune preuve d’impacts négatifs de l’immigration sur l’économie, le marché du travail ou le budget, alors que les bénéfices ne sont plus à démontrer dans des domaines comme la diversité sociale ou la capacité d’innovation ». Le PNUD préconise donc des réformes en faveur de la mobilité et de l’accès au droit pour les migrants.
Mais voilà, fermer les frontières est devenu une obsession. Tout fonctionne comme si les pays riches avaient peurs d’être envahis par les pauvres et qu’il fallait donc ériger des barrières pour se protéger. C’est à la fois un manque de connaissance de la réalité des processus migratoire et une impasse en terme de développement humain. Le mur du Mexique symbolise le délire actuel. En Europe, le « Livre Vert » adopté par l’Union en 2002 a cristallisé le durcissement des politiques sur l’immigration, en posant les jalons d’une politique ouvertement répressive à l’égard des sans-papiers. Souvenez-vous aussi de la « directive de la honte » adoptée l’année dernière. En France, pas plus tard qu’il y a quinze jours, le gouvernement a illustré sa traque aux sans-papiers avec la fermeture violente et symbolique de ce que l’on a appelé la jungle de Calais. Nous nous abîmons dans ce rejet de l’autre. Voulons-nous un monde où les capitaux circulent mais pas les êtres humains ? Si nous choisissons l’humanité, nous avons à inventer de nouvelles coopérations internationales à-même de casser les inégalités mondiales et de favoriser les flux de population. Tout en procédant à des régularisations régulières en France et en Europe, nous devons bâtir un droit international favorable à la circulation des personnes, une sorte de « droit universel à la mobilité », pour reprendre l’expression de Catherine Wihtol de Wenden, chercheuse au CERI (Centre d’études et de recherches internationales), qui vient de publier au PUF La globalisation humaine. Au fond, qui peut croire que les frontières pourraient devenir étanches, que nous pourrions empêcher les gens de circuler ? Ce serait faire preuve de beaucoup d’irréalisme, accepter l’immoralité et tourner le dos aux bénéfices de la modernité.

Commentaires

Commentaire de Gilles
Date: 14 octobre 2009, 22:28

Je ne sais pas si l’idée de l’intérêt de la diversité culturelle a été prouvé.

Gérard Bouchard disait même l’inverse en 2007 :

«On va se faire dire, dans toutes les régions dans lesquelles on va s’arrêter […], que l’immigration et la diversité, ce sont des emmerdements.»

«Les gens qui ne sont pas des intellectuels mais qui regardent les nouvelles à TVA ou à TQS, dans le meilleur des cas au Téléjournal.»

«C’est bien plus simple quand on est tous pareils. Il est alors plus facile de prendre des décisions car les débats sont plus rapides, les gens partageant les mêmes codes.»

«Pour convaincre la population que la diversité ethnique, c’est un enrichissement culturel, il faut des arguments, or ces arguments, je vous garantis qu’on les cherche .»

Pour lui, les sociologues ont failli à montrer les intérêts de la diversité… Et c’est depuis son travail !

Commentaire de Aïda Zeki
Date: 15 octobre 2009, 15:31

Gilles, ce n’est pas la soi-disant “simplicité” des choses qui prouve leur “vérité”.

La diversité rend plus “complexe” la prise de décision, mais justement, mais justement, si cela peut nous priver du savon d’origine “simple”, il vaut la peine d’attendre pour avoir le coeur “net”:

Le métissage nous apprend beaucoup plus que l’uniformité, même si son “utilité immédiate” n’est pas aussi simple à “prouver” que les fabriques nazi de savonettes !

“Les plus détestables mensonges sont ceux qui se rapprochent le plus de la vérité”.

André Gide

Une humanité composée de “tribus” n’est pas viable, et au seuil des graves problèmes planétaires engendrés par la domination “occidentale”, nous avons recours à bien des refondations culturelles que le “métissage” rend “productives”.

Il n’y a que “l’ultra-libéralisme” (totalitaire de fait), pour vouloir imposer un monde “simple” et un archétype “humain” rentable, pour produire des “savonettes financières” avec la dépersonnalisation des “dominés”:

cette perspective est génocidaire: le monde ne sera pas ce “village” où tout le monde obéit à la même règle: le dogme économique “libéral”.

“Les plus détestables mensonges sont ceux qui se rapprochent le plus de la vérité”.
André Gide

Commentaire de ac10pocrisy
Date: 15 octobre 2009, 15:46

pourquoi M. Bouchard recommandait-il énergiquement le cours d’éthique et de culture religieuse que certains osent encore nous dire « neutre » ? Pour façonner les enfants dans le sens qu’il considère adéquat. Ce cours n’est donc pas sans effet dans l’esprit d’un de nos grands intellectuels interculturels comme on veut nous le faire accroire.

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