Diam’s, quand l’icône devient symptôme (chronique France Culture)
Après un carton plein des ventes pour son album « Dans ma bulle », Diam’s sort son nouveau disque. Dans les bacs depuis hier, il arrive à point nommé, en plein débat sur la burqa et l’identité nationale. Car voilà : cette fois-ci, l’icône dérange ; elle n’est pas là où elle est attendue. Je veux parler de cette part de l’ainsi nommée « nouvelle Diam’s », cette jeune femme normale, pour ne pas dire banale. Diam’s se révèle tout simplement représentative de ce que vivent et ressentent beaucoup de jeunes filles des cités populaires, dont elle est l’idole – sans doute pas par hasard. Elle incarne cette part du réel des quartiers, avec toutes ses ambiguïtés et ses contradictions. Rien à mon avis qui mérite la sentence de Safia Labdi, largement reprise par les médias : « Aujourd’hui, nous dit la présidente de l’association Insoumises, par sa nouvelle image, Diam’s représente la soumission, la tradition, l’enfermement ». Un regard bien court me semble-t-il car il ne rend pas compte de la complexité de ce qu’exprime aujourd’hui l’égérie populaire.
On l’aimait tapant sur le Front National et rompant avec l’univers sexiste du rap. Les « beurettes » - comme on dit - sont médiatiquement adulées si elles valident, d’une manière ou d’une autre, le discours dominant. Là, Diam’s défend les femmes voilées : cela suffit à la discréditer, à changer le regard que l’on porte sur elle, à ne plus l’écouter. Sa conversion à l’Islam et le fait qu’elle porte le foulard est en rupture avec l’idéal attendu d’une femme libérée, statut qui lui était jusqu’alors prêté. La voilà qui raconte l’histoire de « Lili », jeune fille voilée qui ne peut plus aller à l’école et ne comprend pas pourquoi. Elle cite : « le seul argument pour vous dire à tous que j’suis gênante, c’est de vous dire que je suis l’ennemi ». A sa manière, elle raconte donc l’effet contraire à celui recherché que peuvent produire les lois et les discours visant à exclure de l’école, et maintenant de l’espace public, les femmes portant le voile ou la burqa : une communauté islamique se sentant traquée, soumise à des amalgames, et donc plus prompte à radicaliser ses comportements, à se renfermer dans certaines pratiques qu’on lui reproche.
Alors on fait mine de découvrir que la star des banlieues n’est pas féministe. Elle s’en est pourtant toujours défendue et les paroles de ses chansons comportent depuis longtemps une sorte de double discours : d’un côté, les hommes doivent être respectueux vis-à-vis des femmes, les violences conjugales sont dénoncées ; de l’autre, « on ne changera pas les rôles » dit-elle, les filles attendent le Prince charmant, celles qui couchent facilement sont des salopes, toutes doivent rêver d’un mariage heureux avec enfants. Cette ambivalence est aussi celle d’une génération qui revendique les droits des femmes tout en s’accrochant parfois, souvent, aux modèles anciens, rassurants, avec leur répartition des rôles connus. Signe d’un temps où l’égalité réelle est introuvable et où les relations hommes/femmes restent à réinventer au lendemain de la chute du modèle patriarcal.
Diam’s apparaît donc comme un symptôme : elle révèle une société qui exclut, socialement et symboliquement, une partie de ses membres, qui a abandonné la perspective d’égalité et qui peine à donner un sens au vivre ensemble, celui qui permet de tracer une espérance individuelle et collective, de transcender sa propre existence. Car il faut tout écouter : Diam’s veut sortir de sa bulle mais a le sentiment que sans cesse on l’y renvoie. La religion et la famille apparaissent comme des refuges, sans doute des pis-à-aller, face à une société qui n’arrive pas à inclure les catégories populaires issues de l’immigration et qui propose le fric comme valeur suprême. Je sens un malaise pointer devant ce qu’elle porte et ce qu’elle pose de fait dans le débat public. On peut la mettre au rencard et la renvoyer à des valeurs, des modèles d’un autre âge. Sauf que Diam’s est une icône du monde moderne, une idole dans les banlieues. Rien ne serait pire que de ne pas entendre.
Posté le 17 novembre 2009
Commentaires (23) |
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Commentaires
Commentaire de French Ketchup
Date: 18 novembre 2009, 1:58
vraiment tres bien ecrit et efficace pour poser les enjeux.
Cependant, la question reste posée: Quelle est la solution? Qu’est-ce qu’on peut faire concrètement?
Commentaire de Julien
Date: 18 novembre 2009, 9:47
Démagogique, haineuse, son principal souci est de remonter les minorités contre les français. Je ne vois aucune intelligence dans ses propos, juste des cris qui sapent la confiance que l’on peut avoir en la communauté musulmane. Heureusement qu’il y en a des courageux qui osent être pacifiques et fraternels.
Commentaire de Digeo
Date: 18 novembre 2009, 10:26
Sonder les coeurs est un exercice bien délicat.
En l’occurrence ici faut-il instruire un procès à charge ou à décharge.
La vérité pour les uns est mensonge pour les autres.Inutile de ce voiler la face.
Sans jeu de mots.
Commentaire de jpp
Date: 18 novembre 2009, 11:33
Je ne suis pas d’une catégorie populaire, ni issu de l’immigration, mais je constate qu’il est très dur à l’heure actuelle d’intégrer une communauté de personnes, que ce soit un parti politique, une association ou simplement de communiquer avec les autres (sauf peut-être virtuellement par l’intermédiaire d’internet!!!)
Commentaire de frmwa
Date: 18 novembre 2009, 13:23
C’est comme “les peuples opprimés”, ils déçoivent souvent ceux qui aveuglément les investissent de Dieu sait (en encore !) quel rôle.
Joli papier effectivement.
Ceci dit et même si ça ne dispense pas l’école de ses autres devoirs, l’interdiction du port de signes religieux en son sein est une bonne chose.
De même que la présence d’une députée voilée au Parlement de la Région de Bruxelles ne me semble pas un progrès
Commentaire de Tristan
Date: 18 novembre 2009, 13:33
pour mon unique fan, c’est a dire moi même..il est plutôt flatteur ce carton de diam’s. Car si mon style n’a rien a voir avec elle (le jour ou j’aurais sa fougue ca se saura)
meilleur vente de disc 2008 pour “dans ma bulle”.
dans la mienne nous fumes 4 , les musiciens et moi,
le guitariste s’est foutut en l’air, le clavier est seropo + hepatite (depuis des lustres et le batteur viens de m’appeler a l’instant completement bourré parcequ’il n’a pas de quoi prendre le bus pour aller a IVRY/seine)
“dans ma bulle” nous aimiames interpreter ma chansons en 2007 comme quoi en tout cas l’idée du titre n’etait pas mauvaise…et cableé.
ça m’a plutot mis la pêche…
Commentaire de symptomes
Date: 18 novembre 2009, 14:31
J’ai lu beaucoup d’articles et vu beaucoup d’émissions sur le “grand” retour de diam’s, pour moi le coté changement de religion est une histoire de vie privée.
Et c’est pas plus mal qu’un artiste ne souhaite pas faire une promo classique…
Très bon article en tout cas!
Bonne journée à vous, gael
Commentaire de Mickaël
Date: 18 novembre 2009, 23:23
de pire en pire ! voile ou pas !
honte sur thierry henry
Commentaire de Muguet
Date: 19 novembre 2009, 0:41
La France a bien triché . Elle est qualifiée pour le mondial .
M Sarkosy a déclaré :” l’essentiel est fait “ou peu importe les moyens , l’essentiel est bien d’y être . 0n est bien loin du sport …
Quel beau peuple irlandais qui va boire quelques bières brunes et s’en retourner calmement sur son île ; la grande classe…
PS : ALLEZ MADRID SEGO A BESOIN DE VOUS PLUS QUE JAMAIS
Commentaire de Muguet
Date: 19 novembre 2009, 0:45
Toujours là FRRRAMWZ , bravo le socialo-lisboète .
moi, je suis pour le port de la burqa mais seulement dans les églises catholiques orthodoxes .
Commentaire de dominique jacques
Date: 19 novembre 2009, 5:38
SEXE, SNOW n’ROLL
quand l’aube
ne blanchit plus
le ciel
mais les herbes
la chaleur
de l’autre
se fait tendre
par toute sa peau
doucement
une fusion douce
réfugiée
au creux d’un lit chaud
nous coule
vers la couleur
de la flamme chaude
de la braise
nous mène à l’issue
d’une simple
conjuguaison
se serrer
naître
l’éfusion
preuve
du soleil
d’un dehors piquant
invite
à ne plus bouger
de l’épaule
et de reposer encore
agglutinés
elle peut vivre
la saison
Domino
Commentaire de des pas perdus
Date: 19 novembre 2009, 10:03
ça démontre que l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité n’est pas entendu par une partie des classes populaires…
Il me semble vous avoir “croisé” près de Lamark-Caulaincourt…
Commentaire de Nipontchik
Date: 19 novembre 2009, 10:25
Diams n’est pas une beurette. C’et une franco-chypriote, avec 1 père gec orthodoxe.
Je ne sais pas comment sa conversion a été appréciée, au delà des aspects religieux, à Chypre ni les liens qu’elle entretient ou pas avec ce pays.
Mais il faut quand même rappeler la partition de cette île en deux depuis 1974, les milliers de morts et les crimes contre l’humanité commis par l’arméé turque (disparitions). Pas uniquement au nom de la religion certes mais n’oublions pas les chrétiens d’Orient qui subissent la “dhimmitude”.
Enfin que Diams décide de passer d’1 religion monothéiste abramique à 1 autre opn pourrait s’en moquer; mais il ne s’agit pas que de cela en portant le voile islamiste (et pas le voile islamique, que la majorité des musulmans n’imposent pas) elle achoisi 1 courant intégriste de l’Islam.
Et vu sa petite notoriété médiatique c’est pas un cadeau pour ceux et surtout celles qui se battent contre l’obscurantisme (et qui sont certainement la majorité en terre d’Islam). Pensons en particulier aux coups de baton pour port de pantalon au Soudan.
Commentaire de Tristan
Date: 19 novembre 2009, 17:07
remarque je suis habitué a être dans l’underground du show-biz c’est un peu la routine.
les gents eux preferent parler foot.
Commentaire de Olga
Date: 19 novembre 2009, 23:11
Bref, “interdire le port d’un signe religieux” est une médiocrité ordinaire dans un pays où chacun entend sans entendre le hurlement obscène et répétitif des sombres cloches…
Le “devoir de mémoire” devrait concerner aussi la mémoire auditive des petits colons , car du temps où le bon peuple laique et républicain faisait suer le burnous “indigène”, les mêmes sombres cloches hurlaient en terre d’Islam, désolée !
Le meilleur moyen de défendre les valeurs républicaines c’est d’avoir le courage politique de trainer yzokraS 1er jusqu’à la sortie de “la france qu’on aime”, accompagné des Gérin et autres lamentables haineux défenseurs d’une “laîcité colonialiste”.
La culture de paix doit accompagner la promotion d’une laïcité juste et généreuse !
Mais c’est mal promouvoir la “laïcité” que de stigmatiser “les autres” !
Vive le “réflexe identitaire communiste” !
Faire des procés d’intention aux uns et aux autres , j’appelle cela une “culture guerrière”, et c’est la médiocrité qui y mène, elle avance comme une tortue, mais quand on la constate, elle est déjà bien près du but: la guerre !
Commentaire de Alain
Date: 21 novembre 2009, 22:44
Les p’tits zoizeaux perdent des plumes
Entre le marteau et l’enclume
Mais ils feront encor des vrilles
Entre les blés et les faucilles…
Le p’ti sarko met la francisque
A son drapeau croyant sans risque
Prendre au véto d’la gross’ marine
Un gros renfort de voix porcines…
Mais v’la-t’y pas que l’ virus mute
Et qu’ la bours’ chute!
Commentaire de Clément
Date: 22 novembre 2009, 17:46
Je suis pas d’accord. En Afghanistan et pays de confession islamique, quand on ose ne plus porter le voile, on encourt de très lourdes sanctions. On oublie un peu vite les assassinats aux poignards en Algérie de femmes qui avaient oser enlever le voile et se libérer à l’occidentale. On parle de tolérance mais moi je pense qu’on doit d’abord nettoyer devant sa porte.
Qu’on me nomme une seule religion qui n’a pas eu les mains tachées de sang.
Au bout d’un moment, on en arrive très vite à la problématique liberté contre religion.
Pour exemple, en Iran la seule religion tolérée est la religion musulmane. Et ainsi les ruines bouddhiques vestiges de l’antiquité sont détruites car différentes de la religion musulmane.
C’est la problématique de la tolérance qui se retourne contre elle même. Car il y a toujours le problème d’un groupe qui veut imposer sa façon de penser sur l’ensemble .
On en arrive alors à l’opposition marché contre religion.
L’un n’est pas forcément meilleur que l’autre. Et l’un comme l’autre poussé à l’extrême peut être source d’une violence extrême.
Commentaire de Bernard
Date: 23 novembre 2009, 15:17
Merci Clémentine pour ce papier. En effet, il serait trop simpliste de la traiter juste de réac sans rappeler aussi qu’elle est avant tout une artiste talentueuse, ce qui explique aussi son succès au-delà du public du rap. Moi, elle m’émeut toujours, provocante et courageuse (quoi qu’on en pense c’est se tirer une balle dans le pied d’oser s’affirmer comme ça dans le showbizz), sincère toujours. Je la préfère de loin à l’ultra réac Abd al Malik bien qu’encensé par tout le monde.
Commentaire de sibemol
Date: 24 novembre 2009, 0:36
ben moi demain soir je vais voir Anaïs : elle vaut 10 000 fois Diams !!
Par rapport au Rap elle a une position intéressante sur Orelsan , à méditer également en ces moments de mouvements de foule…
Et si vous voulez vraiment parler de Rap, ben écoutez le retour de Kool Shen (et Joe Star quand il n’est pas en prison), personne ne les a remplacé, les autres ont tous été récupérés par les bobos de droite ou de gauche, avec des morales dignes du catéchisme.
Commentaire de Enrique
Date: 28 novembre 2009, 15:43
Chère Clementine,
même si je n´ai pas mes idées très claires sur la problématique du voile à l´école et la liberté religieuse droits de la femme, je voudrais dire que pour moi il y a une forte similitude entre les filles qui acceptent “librement” de porter le voile quand elles vont à l´école et les travailleurs qui acceptent “librement” de travailler en échange d´un salaire de misère proposé par un patron en l´absence de réglémentations sociales.
Un grand bonjour affectueux depuis Bruxelles, ou la domination patriarcale, le machisme et la violence psychologique et verbale dans la rue envers les femmes progressent lente mais sûrement.
PS. Je recommende à tout le monde de voir le film “Yol (La permission)”, Palme d´or à Cannes (1982)” du réalisateur turc Yilmaz Güney.
Commentaire de JAPD
Date: 1 décembre 2009, 16:04
“catégories” populaires ou classes populaires?
La lutte des classes ou la lutte des catégories?
Commentaire de Selda
Date: 6 janvier 2010, 2:23
En réponse à la chute de votre intervention :
“On peut la mettre au rencard et la renvoyer à des valeurs, des modèles d’un autre âge. Sauf que Diam’s est une icône du monde moderne, une idole dans les banlieues. Rien ne serait pire que de ne pas entendre.”
Désolé, Clémentine, mais je la mets néanmoins au rencard et je la renvoie au modèle qu’elle revendique. Ce n’est pas parce qu’elle est une idole des banlieues qu’il faut avaliser ses discours (même si elle a un vrai talent pour les mettre en vers).
Dans les banlieues, on vénère aussi :
- le rap raciste et violent, anti état et anti blanc,
- le rap bling bling où le chanteur, dans une grosse bagnole est entouré de meufs aux gros culs à moitié à poil,
faut-il avaliser aussi ces discours ?
Pour rejeter le discours de Diam’s (comme des 2 autres types de rappeurs), ne vous inquiétez pas, je les ai écouté : “non, non, non, ce n’est pas l’école qui m’a donné mes codes” (extraits de La Boulette de Diam’s).
On sait maintenant que ses codes viennent de la rue et de la mosquée.
Merci mais très peu pour moi. La violence de la rue comme le trip religieux islamique (dont on connait le statut de sous citoyen réservé aux femmes …) : il y a d’autres modèles que des personnes de gauche peuvent défendre.
Je préfère au risque de paraître ringard les codes de l’école laïque et républicaine à ceux du voile et de la ségrégation imposée ou revendiquée par le voile, l’interdiction de fréquenter un non muslim, la bouffe halal et tant d’autres conneries qu’on laisse imposer aux français de confession musulmane.
C’est une opposition claire de modèle qui dure depuis un bout de temps et qui n’est pas prêt de finir. Qu’une politicienne avertie comme vous en soit encore à essayer de comprendre, d’écouter, d’attirer l’attention sur le phénomène est un peu court.
Il faudrait prendre conscience de la situation et prendre des positions courageuses, ça commence à urger !!!
Jouez votre rôle de femme de gauche.
Commentaire de stephane
Date: 18 novembre 2009, 0:55
Lili vaut le detour. Bravo Clementine, une “politique” qui nous parle de rap, ça fait plaisir, un tres bon billet.