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L’art de lutter contre le destin, avec Christian Boltanski (Chronique France Culture)

Vue de l'exposition - photo Didier Plowy Ce qui m’a marquée et hantée cette semaine, c’est la mort. Comme vous sans doute, j’ai en tête les images assommantes d’Haïti. Chaque jour depuis le tremblement de terre, ces milliers et même centaines de milliers de corps inanimés, c’est juste effroyable. A la donne physique, celle qui place là une fissure géologique, s’est ajoutée l’injustice sociale, qui aggrave les conséquences du drame, en empêchant d’en prévenir davantage les effets – par la qualité des constructions, par exemple - et en rendant moins efficace l’organisation des secours. Alors, comme pour chercher du sens devant tant de morbidité et de violences, je suis allée voir l’exposition de Christian Boltanski au Grand Palais à Paris, invité pour ce Monumenta 2010, et au Mac Val, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Boltanski met en scène la mort et interroge le hasard, deux thèmes qui sont au cœur de toute son œuvre. C’est aussi l’enjeu de la mémoire et la question de ceux qui survivent.

Au Grand Palais, l’exposition - ou plutôt le « spectacle » pour reprendre le terme préféré par l’artiste - s’appelle « Personnes » (au pluriel - autrement dit ces personnes qui ne sont plus personne). Les 13.500 m2 de la grande verrière sont transformés en un espace froid, y compris concrètement puisqu’il n’y a volontairement pas de chauffage, abritant des tonnes de vêtements jetés à terre pour signifier les corps qui quittent la vie. Des néons, des morceaux de fer et une grue viennent compléter ce tableau lugubre, donnant à l’espace des airs d’usine. Et en fond sonore, des bruits de battements de cœur. On est vite saisi. Et c’est justement là l’intention de Boltanski qui travaille le sensible. L’artiste recherche notre sentiment de malaise face à l’image de la Shoah, à laquelle on pense immédiatement, et à tout ce qui transforme l’homme en objet, le corps en objet industriel.
Là où l’art contemporain est souvent très cérébral, comme s’il fallait d’abord passé par la tête, par l’intellect pour saisir la portée de telle ou telle oeuvre, Boltanski joue la carte, plus grand public, de la sensation. L’art pour lui, ce n’est pas la réalité mais faire ressentir la réalité. L’art sert à poser des questions. Boltanski se bat contre ce temps où l’on n’ose même plus arborer un signe de deuil, où l’on éloigne toujours plus la mort. Mais, se défend-il -  je cite : « Ce n’est pas une déploration des morts du tout, c’est un questionnement sur le hasard de la vie et le tragique de la vie qui se termine toujours par la mort ». L’interrogation sur la condition humaine est politique, et pas seulement métaphysique. Dans un livre d’entretiens intitulé La vie possible de Christian Boltanski, dont une nouvelle édition vient de paraître au Seuil, l’artiste explique que ce qui le différencie de son chat, c’est que son chat accepte sa destinée, contrairement à un humain qui transforme sa destinée. Les humains ont conscience qu’ils peuvent lutter contre le destin. « Chez l’humain, explique l’artiste, il y a le désir de vie, de construire, de comprendre ».

Toujours est-il que j’ai donné mon cœur à Boltanski – numéro 000 422. Il collectionne les cœurs, ou plus exactement les bruits de battements qu’il enregistre. Il en a déjà récolté plus de 20.000 qui doivent prendre place sur une ile quasi déserte au Japon. Et après ? « Après », c’est justement le titre de la suite du spectacle, volontairement situé en périphérie, au Mac Val – un lieu qu’il adore et veut faire connaître, même si l’accès est plus difficile. Là aussi, l’artiste vise le choc, par l’entrée dans un univers sombre, pavé de blocs noirs et de personnages comme ceux de Prendre la parole (l’une de ses œuvres, en 2005). J’ai d’ailleurs ressenti une émotion plus forte au Mac Val qu’au Grand Palais. Je n’en dis pas plus, ça vaut le détour. Un temps pour la réflexion, un moment thérapeutique aussi. Décidément bienvenu en cette semaine marquée, pour moi comme pour beaucoup, par la mort de Daniel Bensaïd. Ce grand intellectuel engagé, fondateur de la LCR, n’aimait pas les hommages. Mais ça n’empêche pas de penser à lui et à tout ce qu’il nous aura transmis.

Commentaires

Commentaire de Digeo
Date: 20 janvier 2010, 9:06

Extrait de la chronique

……………..l’artiste explique que ce qui le différencie de son chat, c’est que son chat accepte sa destinée, contrairement à un humain qui transforme sa destinée……………..

Quand est-ce qu’on commence concrètement à transformer notre destinée à gauche??

Commentaire de gg_du_peuch
Date: 20 janvier 2010, 10:33

La transformation a déjà commencé. Elle avance jour après jour, pas à pas, grâce à chacun de nos efforts à tous. Il ne faut pas croire qu’on va subitement voir, comme un “deus ex machina” surgir une nouvelle gauche, “vraie gauche”, “gauche de gauche” oiu je ne sais quoi de plus gauche que gauche. Non, la “transformation de notre destinée à gauche”, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts, pas en un jour ni en un mois, ni…
Courage ! On avance ! Mais nous devons garder le cap et notre intégrité dans la pensée et dans les actes. Et c’est ça notre résistance à la mort.
GG

Commentaire de frmwa
Date: 20 janvier 2010, 14:04

Là, je dis bravo ! Très belle chronique en vérité.

Commentaire de Mickaël
Date: 21 janvier 2010, 22:36

gaspillage !

Commentaire de Tristan
Date: 28 janvier 2010, 9:04

c’est demago, quand un artiste te parle de la mort c’est qu’il a pas d’idées : naze. quoi de plus simple que d’emouvoir avec celle-ci :facile.
que les ptites dames soit emerveillées par les moyen, c’est pas vraiment étonnant et heureusement que c’est pas cerebral parcequ’elles auraient surement eu du mal a suivre.
que ce mec fasse sa vie , avant d’emmerder les autres avec sa tristesse. si on regardait moins tf1 et ses spectacles justement on aurait pas besoin de ça pour nous les faire avaler. c’est juste du commerce. Ce mec avait qu’a se battre pour qu’a haiti il y ait des structures antisysmiques et le jour ou il aurait été artiste là c’eût été porteur de veracité. c’est vraiment la culture parasite et inutile comme il yen a des tonnes. tiens! si il avait eu le courage de dire que que ses tonnes de matières representaient ce qu’il reste de la culture en france en 2010, là c’eût été de l’art contemporrain et vibratoire, il aurait axé sa reflexion paradoxale sur le point sensible nous ramenant a l’hypocrisie, a l’argent la politique PUIS
a la mort. Les choses (ou les causes?) sont posées ici bêtement.ce mec s’est donné bcp de mal pour s’organiser et enfin
pour nous presenter la queue de poisson de son aventure,
merci! c’est dur de maitriser!!
franchement il nya pas plus grand crime pour moi qur la banalisation de la culture et si j’était ministre le moins qu’on puisse dire c’est que je serais économe et mon collègue ministre de la santé m’apprecierais.

Commentaire de Mike
Date: 28 janvier 2010, 12:37

De l’art intellectualisé, très laid, très cher, et pseudo-engagé.

On en a encore pour combien de milliards d’années à supporter les mêmes névroses d’ “artistes” ? Tous les jours à la télé, dans les journaux, maintenant dans la rue.

Commentaire de KirLip
Date: 23 août 2010, 6:30

« Chez l’humain, explique l’artiste, il y a le désir de vie, de construire, de comprendre » En effet et heureusement chère Clémentine !!! Boltanski est ou a eté un artiste intérréssant…il l’est quand il ouvre le regard et la réflexion , quand il fait un Monument aux Vivants et non pas aux Morts comme à Biron (Dordogne) mais ouvrons les yeux : ce qui transforme le monde , c’est quand nous devenons + SENSIBLES (pas la sensiblerie de Proust mais sensibles, comme des INDIENS comme dirait KENNETH WHITE, en passant par le corps, le ressenti..l’intériorité), l’intellect seul comme dans l’art contemporain “officiel” dont Boltanski fait aujourd’hui partie est comme pourri sur pied depuis longtemps, sec, sans POÉSIE VITALE… je partage largement ce que disent Tristan et Mike qui n’exonèrent pas l’artiste et ne le posent pas sur un piédestal (les pseudo-artistes des Fiac par exemple sont extremement névrosés tout comme le marché de l’art qui obéit à Pineault et consorts, cruelle réalite !)…L’art doit aussi transmettre une LUMIÈRE (lumière d’Humanité) et non être un parasitisme dévoyé or celle-ci s’est largement perdue et c’est souvent des petits publicitaires rances et vagues designers qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé obligeant tant d’humbles artisans sensibles de qualité a rester dans l’ombre et à galérer….. c’est dans des livres libérateurs comme la Trilogie “Conversation avec Dieu” (Lisez avec attention le Tome 2 , qui aborde tous les thèmes politiques, d’une manière assez radicalement nouvelle !) de Neale D.Walsch qu’on peut trouver des messages “révolutionnaires” qui nous tiennent debout et “rénovés” intérieurement…Je suis arrivé en tapant ‘destin d’artiste” suite à la fulgurance de ma nuit….mais sachez que je vous apprécie beaucoup Clémentine, continuez à être une femme vive, franche et engagée, qui assume des responsabilités, se cultive et réfléchit, et qui a ce qq chose en plus….une Etincelle….

Commentaire de KirLip
Date: 23 août 2010, 6:31

« Chez l’humain, explique l’artiste, il y a le désir de vie, de construire, de comprendre » En effet et heureusement chère Clémentine !!! Boltanski est ou a eté un artiste intérréssant…il l’est quand il ouvre le regard et la réflexion , quand il fait un Monument aux Vivants et non pas aux Morts comme à Biron (Dordogne) mais ouvrons les yeux : ce qui transforme le monde , c’est quand nous devenons + SENSIBLES (pas la sensiblerie de Proust mais sensibles, comme des INDIENS comme dirait KENNETH WHITE, en passant par le corps, le ressenti..l’intériorité), l’intellect seul comme dans l’art contemporain “officiel” dont Boltanski fait aujourd’hui partie est comme pourri sur pied depuis longtemps, sec, sans POÉSIE VITALE… je partage largement ce que disent Tristan et Mike qui n’exonèrent pas l’artiste et ne le posent pas sur un piédestal (les pseudo-artistes des Fiac par exemple sont extremement névrosés tout comme le marché de l’art qui obéit à Pineault et consorts, cruelle réalite !)…L’art doit aussi transmettre une LUMIÈRE (lumière d’Humanité) et non être un parasitisme dévoyé or celle-ci s’est largement perdue et c’est souvent des petits publicitaires rances et vagues designers qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé obligeant tant d’humbles artisans sensibles de qualité a rester dans l’ombre et à galérer….. c’est dans des livres libérateurs comme la Trilogie “Conversation avec Dieu” (Lisez avec attention le Tome 2 , qui aborde tous les thèmes politiques, d’une manière assez radicalement nouvelle !) de Neale D.Walsch qu’on peut trouver des messages “révolutionnaires” qui nous tiennent debout et “rénovés” intérieurement…Je suis arrivé en tapant ‘destin d’artiste” suite à la fulgurance de ma nuit….mais sachez que je vous apprécie beaucoup Clémentine, continuez à être une femme vive, franche et engagée, qui assume des responsabilités, se cultive et réfléchit, et qui a ce qq chose en plus….une Etincelle..!

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