Débattre, au-delà de la comptabilité et des cas particuliers
Dans une période marquée par la décomposition/recomposition des grands clivages, la manière dont les débats publics sont abordés révèle la difficulté à sortir la politique de la comptabilité, de l’urgence et des cas particuliers. Au fond, tout fonctionne comme s’il fallait successivement régler des questions techniques de court terme. Un exemple : l’affaire Henri Proglio. Outre le mélange des genres privé/public, la problématique de fond est celle du niveau des rémunérations des grands patrons et des écarts de revenus. Chacun l’a en tête parce que l’ampleur de l’augmentation du salaire du PDG d’EDF (+ 45% !) et le revenu en question, qui se compte en centaine de milliers d’euros mensuels, est franchement indécent au moment où les bas salaires stagnent et où les effets de la crise se font sentir. Mais au lieu d’affronter le problème du sens de ces revenus et des façons de les encadrer (y compris en s’attaquant sérieusement à l’argument du contexte de concurrence internationale), on crie « haro sur le baudet ! ». La limite à rechercher est davantage posée en termes moraux que politiques. Pourtant, le fait qu’il s’agisse du marché ou de la démocratie comme base de définition des différences de revenus relève d’un choix politique. Pour l’heure, l’échelle des salaires reste quasiment un tabou ; elle ne fait pas l’objet d’une opposition lisible entre différentes conceptions contradictoires, dépassant ainsi l’émoi suscité par ce que l’on considère communément ici ou là comme des « abus ». On ne met pas plus en jeu la question nodale de la valeur, ni celle de la propriété, qui lui sont en réalité associée. De la même manière, le sort des chômeurs en fin de droit, dont Pôle Emploi a annoncé une augmentation massive en 2010, avec un risque de voir 600.000 personnes se retrouver sans aucune aide publique d’ici à la fin de l’année, est d’abord appréhendée comme un cas particulier, une urgence spécifique à traiter. Bien sûr, il faut trouver une solution au plus vite pour celles et ceux qui ne pourront même pas bénéficier des minima que sont l’ASS et le RSA. Mais quand nos sociétés occidentales vivent structurellement avec un chômage de l’ordre de 10%, le problème à traiter est bien plus grave et fondamental. Il met en cause la conception de ce temps sans emploi. Il pose la question de la sécurisation des parcours professionnels, et avec elle celles des formes de contrat de travail. Plus encore, ce sur-chômage structurel devrait conduire à polariser le débat public sur les temps de la vie (travail salarié, tâches domestiques et parentales, formation, vie citoyenne, loisirs) et sur la répartition des richesses (entre les revenus, entre les générations). La manière dont on aborde les retraites depuis des années est aussi symptomatique. On focalise sur le problème du financement. Au préalable, il y a pourtant une question à se poser : quelle ambition sociale pour ce temps de la vie ? Par la suite, si l’on a dégagé du sens sur ce que l’on doit financer, pourquoi on doit le faire, la recherche d’un autre partage de la valeur ajoutée permettra de trouver des solutions là où nous semblons aujourd’hui dans l’impasse ou la difficulté. D’une certaine manière, la prestation du Président de la République hier soir sur TF1 a eu le mérite de réaffirmer une orientation. Terminées les diatribes au parfum altermondialiste… Le revoici à l’aise dans ses habits néolibéraux. Les chômeurs en fin de droits ? « Mais nous avons l’un des meilleurs systèmes au monde, c’est déjà pas mal », a-t-il déclaré en substance. Et puis, il faut en finir avec l’augmentation des aides sociales. Fermer le ban. Proglio et les hauts salaires ? Pas de problème, Sarkozy assume. Hautes responsabilités, hauts revenus : no limites. Et de clouer le bec à Laurence Ferrari dont le salaire est lui aussi sans doute bien supérieur au SMIC ! La présentatrice est restée sans voix. Un peu plus tard, devant l’échantillon de Français, il assumait à nouveau sans fards : « je n’ai pas été élu pour que tout le monde gagne la même chose ». Car, excusez du peu, Sarkozy ne veut pas d’une Union Soviétique. Qui en voudrait ? Mais entre l’ex-URSS et la France de Sarkozy, il y a un monde… à inventer.
Posté le 29 janvier 2010
Commentaires (8) |
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Commentaires
Commentaire de dominique jacques
Date: 29 janvier 2010, 21:07
desnos@tristan
et puis c’est encore toi
parti de Compiègne
par un soir en dormant
et nous en fait récit
ton récit
ton canniveau
dans les bras de la pluie
des prostitués
ton cri inorganisé
cette persévérance
ton inaptitude
à bâtir
ce bord de route
en cet période
de gorilles se frappant la poitrine
une élection
me rassure et me berce
soit remercié Tristan
de tenir
la largeur de route
comme tu peux
je te sais habile
c’est difficile
mais le sable au vent
souvent devient dune
Domino
Commentaire de gele
Date: 1 février 2010, 17:46
notre sarko………………..
LE PRESIDENT ET SES VICTIMES
Le lundi 25 janvier, le président de la république très provisoirement en
vigueur s’est présenté devant un panel soigneusement sélectionné, voire
chapitré, par la chaine de télévision TF1. En fait, ce panel se composait
principalement des victimes de la politique qu’il mène depuis des années dans
diverses fonctions. Certes, il n’est pas seul responsable de la politique en
question car ses prédécesseurs Giscard d’Estaing, Chirac ou Mitterrand ont
également créé ou maintenu les calamités dont les victimes se trouvaient
devant lui. L’origine en effet des situations très médiocres et quelquefois
tragiques qui furent exposées se trouve dans l’économie administrée et le
socialisme que subit la France depuis des décennies.
Sa responsabilité cependant est bien plus grande que celle de ses
prédécesseurs. En effet lors de son élection en 2007, il avait toute
possibilité de rompre avec le socialisme d’une façon extraordinairement rapide
et totale, en réalisant la nécessaire « Libération » du peuple français. Il
ne l’a pas fait et s’est contenté de gesticuler à la fois en France et à
l’étranger sans faire aucune vraie réforme sauf à la marge. La cérémonie du
25 janvier comptait parmi ces gesticulations, dont la presse étrangère se
moque ouvertement avec entrain et régularité.
Devant ce panel une première remarque vient à l’esprit. Sur les onze personnes
censées représenter soi-disant le peuple français, il n’y avait, sauf
erreur, qu’un seul fonctionnaire à savoir l’enseignant contractuel. Il y a
bien, ainsi, deux France tout à fait distinctes. D’un coté, la « France d’en
haut », c’est-à-dire de l’activité publique. Au sommet, se trouvent les
privilèges insensés et la richesse insolente; à la base, les exécutants
bénéficient de la semaine des 32 heures, de salaires confortables, de
revalorisations automatiques, de retraites abusives, d’un absentéisme
spectaculaire, de l’habitude d’empoisonner la vie des autres par un exercice
abusif du droit de grève.
De l’autre coté, se trouve la « France d’en bas », c’est-à-dire des privés.
Eux seuls créent les richesses faisant vivre tous les autres ; cette France
souffre tragiquement des calamités créées par la France d’en haut, laquelle
exerce un pouvoir quasi totalitaire dans le cadre d’une démocratie
régulièrement trafiquée.
Le fonctionnaire présent était un enseignant. Personne ne peut nier
l’importance de l’enseignement ; toutefois nous connaissons l’immensité et
l’inefficacité de la prétendue éducation prétendue nationale avec la
production régulière d’illettrés, les innombrables professeurs n’enseignant
pas pour des raisons diverses et les syndicats gelant toute idée de progrès ;
le président a promis de porter remède à la non titularisation alors que le
France croule littéralement sous le nombre des fonctionnaires !
Le cégétiste faisait un peu pitié ; il se croyait, en effet, obligé de
paraître indéfiniment grognon. Cette posture repose sur un pacte non écrit du
bipartisme à la française : Monsieur Sarkozy serait un homme de droite et de
ce fait un cégétiste se devait de critiquer. Or, si le président a été élu par
des voix plutôt de droite, il est clairement un homme de gauche ; j’ai montré
ailleurs comment il a fait progresser le socialisme en France d’une façon
absolument spectaculaire et à un point que Madame Ségolène Royal n’aurait pas
atteint. D’ailleurs il a pris la précaution de s’entourer à des postes
importants de ministres socialistes et, dès son arrivée au pouvoir, il a
ouvertement donné les clés de la maison aux syndicats ; les syndicats font
partie intégrante de la France d’en haut. Quelques jours après le 25 janvier,
le président s’est rendu à Davos pour proclamer spectaculairement sa méfiance
à l’égard de l’économie de marché, ceci à la surprise médusée de l’auditoire.
Devant l’exposé des calamités, qui parfois prenait un aspect véritablement
douloureux, il a bien su jouer le grand jeu de la compassion vis-à-vis de ses
victimes ; l’art de la compassion officielle est un atout majeur dans la
gestion des calamités à la française. Lors des manifestations contre les
fermetures d’usines, nous voyons, de même, accourir les politiques avec leur
écharpe au vent pour pleurer avec les autres sur les désastres dont ils sont
eux-mêmes les responsables
.
Par exemple, le président a promis que le chômage s’améliorerait bientôt et
dès le lendemain il a reçu des démentis. Son optimisme apparent repose sur une
double idée folle : il créerait de la croissance ce qui n’est pas vrai car
la croissance ne peut pas se créer de toutes pièces ; cette croissance
permettrait de réduire le chômage ce qui est faux. Si les observateurs sont
sceptiques, c’est, précisément, parce qu’ils savent qu’il ne va du tout
supprimer les freins actionnés depuis longtemps par les pouvoirs publics pour
détruire l’emploi. Citons dans le désordre : les 35 heures, la quasi
impossibilité de licencier facilement, les droits de succession, l’ISF, les
charges sociales, la déferlante de tous les impôts et bien d’autres.
La rigueur serait pour la France d’en haut ; les politiques eux-mêmes et le
groupe des prédateurs publics au sommet de l’Etat devraient renoncer aux
formidables avantages et richesses que leur fournit le partage du butin de la
république, lequel représente de 5 à 10 % du PIB enlevé par la force fiscale à
la France d’en bas.
Cette explication est essentielle et permet de comprendre pourquoi tout remède
efficace reste enfoui dans les tiroirs. L’oppression du pouvoir quasi
totalitaire de quelques-uns génère toutes les calamités qui écrasent la France
d’en bas.
—————————
Commentaire de Mickaël
Date: 2 février 2010, 2:33
qui veut des vieux qui ont aidé ces politiques néfastes ?
Commentaire de Didier
Date: 2 février 2010, 14:32
“Par la suite, si l’on a dégagé du sens sur ce que l’on doit financer, pourquoi on doit le faire, la recherche d’un autre partage de la valeur ajoutée permettra de trouver des solutions là où nous semblons aujourd’hui dans l’impasse ou la difficulté.”
La solution commence par comprendre que la valeur ajoutée, ça n’existe pas.
Commentaire de encor plus givré que gelé
Date: 2 février 2010, 17:19
je crois qu’on peut enlever l’échelle: un troll est arrivé au sommet de sa crise de nerfs!
Commentaire de gil
Date: 3 février 2010, 18:25
Clémentine,
Voilée et féministe, ton avis ?
Commentaire de externalisation
Date: 5 février 2010, 14:53
Sous l’effet de la crise, ce sont toujours les petits employés aux salaires le plus bas qui vont se serrer les ceintures, à l’inverse du personnel de la Direction. C’est la même chose partout dans le monde.
Commentaire de Tristan
Date: 29 janvier 2010, 12:54
ouais et encore ! quand tu dis que sarkozy ne veux pas d’une union soviétique, si on reprend la thématique de ton excellent livre “transformer à gauche” concernant un “dogme” capitaliste on peut vraiment se poser des questions quand au bien fondé de ses propos. Moi j’y mettrais un bémol : le capitalisme americain ou en tt cas ses conséquences n’a justement rien a voir avec le capitalisme français.
la culture par exemple : sous la france de l’ump c’est tellement rigolo de voir comme les artistes sont manipulés et dans le bon sens, ce qui ne relève pas le niveau et nous ramène a la pologne de l’aprés guerre. Je ne pense pas qu’on puisse considérer les usa de cette manière.
donc : “Car, excusez du peu, Sarkozy ne veut pas d’une Union Soviétique. Qui en voudrait ?”
en plus il ne connait pas ses dossiers ni son pays il est inepte comme ses collègues.