Les banlieues n’ont qu’à bien se tenir (chronique France Culture)
Ca y est, les listes pour les élections régionales sont en passe d’être closes. Et qu’apprenait-on ce week-end de nouveau côté UMP ? Le changement in extremis de tête de liste en Seine-Saint-Denis, département populaire s’il en est. A la place de Patrick Toulmet, président de la chambre des métiers du département, c’est finalement le secrétaire général du syndicat de police Synergie, Bruno Beschizza, qui a été désigné. Un choix inspiré en haut lieu, par Claude Guéant avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy, nous dit-on…
Un policier, novice en politique, pour conduire la liste dans le 93, c’est évidemment un lourd symbole. C’est la mise en scène d’un propos politique, c’est un choix profondément idéologique. Dans les quartiers populaires, la droite estime toujours que la question centrale est celle de l’ordre et de la sécurité. Bon élève, Bruno Beschizza défend le caractère transversal de ce thème. Au moment où le gouvernement tente de clore un débat nauséabond sur l’identité nationale, l’UMP poursuit tout de même ses classiques, alliant autorité et méritocratie. Le PS a pour l’instant répliqué en restant sur le même terrain pour souligner les résultats dramatiques de la droite en matière de sécurité. Car, de Bruno Leroux à Claude Bartolone, les élus socialistes du département entendent bien, eux aussi, faire de la sécurité leur thème de prédilection.
Pourtant, depuis les violentes émeutes de 2005 dans les banlieues populaires, comme le rappelait le chercheur Didier Fassin la semaine dernière à ce micro, on aurait pu pensé qu’un déclic allait s’opérer. Qui aurait pu imaginer que l’on refermerait le couvercle et que, quelques années plus tard, on poursuivrait dans le registre sécuritaire ? Et même que Fadéla Amara, ministre en charge de la politique de la ville, elle-même issue des banlieues, oserait ressortir les mots qui ont mis le feu aux poudres, en déclarant récemment au journal Le Progrès « oui, il faut nettoyer au kärsher » ?
Depuis la révolte de 2005, le discours et les actions pour répondre au malaise des banlieues populaires auraient dû se muscler et se réinventer. Un récent rapport de l’Observatoire national des ZUS (Zone urbaine sensible) a mis en relief la détérioration de la situation sociale de ces quartiers depuis 2005 – plus d’un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté. Le candidat Sarkozy à la présidentielle 2007 avait promis un « Plan Marshall » pour les banlieues. Une fête aux Fouquet’s et ce fut oublié. Un « Plan Espoir Banlieues » a bien été mis en place par Fadéla Amara. Mais, deux ans après son lancement en grande pompe, le résultat est consternant. Très vite, le Premier Ministre avait indiqué que le financement de ce plan se ferait uniquement par redéploiement de crédits, à quelque 520 millions d’euros près, affectés au désenclavement des quartiers de toute la France – si on les compare, par exemple, aux 800 millions prévus pour l’enfouissement de la seule N13 à Neuilly, ça donne une idée du niveau de la volonté politique… En matière d’emploi, la mesure phare du plan banlieues a tourné au fiasco. Sur les 45.000 « contrats d’autonomie » prévus, seuls un peu plus de 13.000 ont été signés. Et pour finir, tout juste un millier ont débouché sur une embauche. Le principe ? Les jeunes reçoivent une indemnité de 300 euros mensuels pendant six mois moyennant un coaching par des agences privées, qui coûte 7.500 euros à l’Etat par jeune coaché ! Tout le reste est à l’avenant… La géographie urbaine prioritaire connaît même de sérieux reculs : le gouvernement prévoit de réduire à 215 le nombre de quartiers classés en ZUS, classement qui donne droit à des aides sociales et fiscales, contre 751 aujourd’hui.
Autrement dit, comme le développe l’historien et sociologue Jacques Donzelot dans une page pleine, très stimulante, du Monde daté d’aujourd’hui, « ces résultats décevants devraient valoir remise en question ». Il faut repenser la politique de la ville. Et l’on n’y arrivera pas en se préoccupant des lieux plus que des gens, ou en cherchant seulement à « extraire une pincée d’élèves méritants » mais, nous dit l’intellectuel, en se dotant « des moyens d’une véritable emprise sur une population tellement déconnectée de la ville qu’elle nécessite une « remise en mouvement » dans son ensemble ».
Posté le 9 février 2010
Commentaires (8) |
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Commentaires
Commentaire de frmwa
Date: 9 février 2010, 9:48
Voilà le lien pour lire l’article, en espérant que l’accès en reste gratuit. http://mobile.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/08/repenser-la-politique-de-la-ville-par-jacques-donzelot_1302684_3232.html
Pour les régionales, il faut malgré tout évoquer cette initiative du NPA, assez consternante il faut bien le dire. Un choix tactique, utiliser les armes de l’ennemi mais qui ne profite à personne, et surtout pas à la clarté, d’après moi.
Et au féminisme et à la laïcité, il faudra qu’on m’explique - ou plutôt non, j’ai peur d’avoir déjà compris.
Commentaire de Jean Vallessin
Date: 9 février 2010, 19:49
Chère Clémentine,
Je vois que vous êtes assez silencieuse sur un sujet qui bouleverse le petit monde de la gauche de gauche. Comme vous, je ne tiens pas à rentrer dans la polémique sur les habitudes vestimentaires des uns et des autres. Simplement une remarque par rapport au journal l’Humanité. Malheureusement ce journal, quand il est question du NPA, ment de façon régulière. Sur la question de la jeune femme avec un morceau de tissu sur la tête, tout le monde sait que le Figaro a sorti l’affaire et que la direction du NPA rame comme pas possible. Autre gros mensonge dans le numéro du 5 février où il est écrit que le dirigeant du NPA Auvergne, Alain Laffont veut “régler son compte” au Front de Gauche” (où ont-ils trouvé cette citation ?). Alors qu’il y a encore une dizaine de jour, Laffont a fait une conférence de presse pour demander une nouvelle fois l’union sans condition. Union toujours refusée par le PCF. Quelques militants PG en ont d’ailleurs tiré les conséquences et sont sur la liste NPA-AlterEkolos.
Bien à Vous.
Jean Vallessin
Commentaire de Alain
Date: 10 février 2010, 1:35
http://pagesperso-orange.fr/felina/doc/laic/badiou.htm
“Derrière la loi foulardière, la peur”
lire un super texte d’Alain Badiou sur bellaciao
Commentaire de tristan
Date: 10 février 2010, 13:03
Arrête ça fait mal.
le tout epicé d’une volte face d’adjani (madame j’ai preté 1 million a delajoux) comme si a ce stade de vie on avait la lucidité des phénomênes sociaux et le realisme de la psychologie de chacun et chacunes en france notamment comme tu le rappelles les 40% de gens vivant sous le seuil de pauvreté. Avec cette stigmatisation on se fait complice de la guerre en Afganistan, elle n’a aller dire ça aux Talibans directement, surtout que d’un point de vue realiste je ne crois pas que ces femmes musulmanes en france soit comparables a d’autres dans le monde et ce serait finalement une vraie garantie de democratie et de republique et de laicité que de ne pas douter des moeurs de chacun-e tant que ceux-ci ne depassent pas le cadre des lois actuelles. (comme le pense peut-être Thierry Levy)
Pour le côté “soumission de la femme” si il y a bien une personne que l’on se doit d’entendre sur ce terrain c’est bien Clémentine Autain et elle pense que de nouvelles lois repressives ne font q’accentuer les choses dans les mauvaises directions.
Quand je vois certaines personnes s’exprimer sur les faits sociaux ou autres sujets de débat dés fois je me dis que non content d’avoir de l’argent, du pouvoir, “ces gens” ne peuvent s’empêcher de se comporter en plus en france comme si on était chez eux et qu’il était normal que certains aient le droit (ou l’occasion?) a la parole et a l’expression et bizarrement trés souvent pour foutre le nez dans les affaires des autres… écoeurant.
Cette subtilité des choses me donnent profondement des envies révolutionnaires.
Commentaire de luc
Date: 10 février 2010, 17:48
Que disait Georges Marchais en 1981
“Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine.
Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration. Se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficile leurs relations avec les Français.
Quand la concentration devient très importante […] la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles immigrées, plongées dans la misère, deviennent insupportables pour les budgets des communes.”
Le 6 janvier 1981, L’Humanité
http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20091001061730AANkBwm
Commentaire de Cot’ cot’ cot’…
Date: 12 février 2010, 20:13
pour ce qui est du voile, je voterais plutôt NPA, mais y a un “Hic”…Pour ce qui est de l’envoi de troupes en Afghanistan, soi-disant pour libérer les femmes de la menace que font peser les Talibans sur elles, je vote PCF, c’est-à-dire: Non à la guerre américaine, qui finira par un “compromis dans le dos du peuple Afghan”, celui qui se prépare “derrière le voile médiatique dominant”:
Ce n’est pas “les droits des femmes Afghanes” qui est défendu, c’est l’accés hydrocarbures…
Déjà nos “va-t’en guerre yzokrasseux” négocient en coulisse avec “les Talibans modérés” et “l’exemplaire démocrate Karzaï”, sans consulter le Parlement du peuple Afghan ni les forces associatives, citoyennes et communistes représentatives de l’intelligence du peuple.
Il est “tactiquement renardesque” de mettre le projecteur , pendant ces honteuses trahisons (déjà 40militaires français morts pour”çà”!), sur “les minarets suisses, le foulard de mademoiselle untel, etc…
…Et de distraire la vigilance populaire avec des “débats à la con”!
Ce que je reproche à OB, ce n’est pas le foulard de “sa” candidate (au contraire), c’est d’aimer jouer dans la même cour occupée par les renards , et de vouloir y faire se ridiculiser les poulettes de “l’autre gauche qui piccore picotti picotta”.
on assiste à l’acceptation stupide des dominés de se faire “planter” par les dominants sur le terrain médiatique, depuis les ékolos-gentis qui vont nous faire payer la taxe carbone, jusques aux “décroissants minus” qui vont nous faire aplaudir les délocalisations, en passant par les “féministes bobos” qui vont nous envoyer perdre la vie à Kaboul pour dissimuler un “arrangement avec les gentils talibans”…
Et c’est cette “autre gauche qui va me donner des leçons de dialectique refondatrice marxiennes-repensées-déconstruction- à double carburateur inversé”?
Commentaire de Bécassine Luc Eric Roc
Date: 14 février 2010, 22:22
et que disait OB en 1981?
Commentaire de sylvie
Date: 9 février 2010, 8:53
Merci de remettre les choses à leur place.