La raffinerie de Dunkerque, au-delà de la colère (Chronique France Culture)

« Humaniser le capitalisme », disait le Président de la République. Voici donc venu le temps des travaux pratiques. Suffit-il de taper publiquement du poing sur la table et de recevoir des patrons à l’Elysée pour empêcher les fermetures de sites industriels ? Pour faire face à la grève dure et contagieuse des salariés de la raffinerie Total des Flandres, la majorité a en tout cas choisi une posture médiatique de compassion vis-à-vis des salariés et d’interpellation des responsables patronaux. Le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, fait partout savoir tous ses contacts avec Christophe de Margerie, directeur général de Total. Et s’engage : « Nous garantirons l’emploi des salariés de Total et la non fermeture de la raffinerie », a-t-il affirmé. Si cette déclaration est de même effet que les promesses de Nicolas Sarkozy en faveur du maintien de l’usine Arcelor-Mittal à Gandrange, nous sommes en droit d’être sceptiques… C’est sans doute pour cela qu’aujourd’hui, la droite met les bouchées doubles. Le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, n’hésite pas à se transformer en supporter de la CGT : il est – je le cite : « du côté de l’emploi, et en l’occurrence la CGT se bat pour l’emploi ». Il faut dire que le calendrier fait pression, avec les régionales dans quelques semaines. Mais ce n’est pas une raison pour contourner les raisons de fond, structurelles, de la colère contagieuse de Dunkerque.
Car, cette fois-ci comme pour les « Conti » ou les Philips à Dreux, l’enjeu n’est pas seulement de répondre à telle ou telle situation que des salariés ont réussi à sortir de l’indifférence. Il faut encore toucher aux règles, au droit, aux normes sociales pour saper les ressorts de la logique économique et sociale qui conduit à ce type de situation et pour anticiper les grands choix de développement.
Premier élément : c’est ainsi parce que c’est possible, des entreprises font d’énormes profits et dans le même temps licencient. Les bénéfices de Total se sont élevés à près de 8 milliards d’euros en 2009. S’il n’y est pas contraint, pour quelle raison Total renoncerait à fermer le site s’il estime pouvoir ainsi maximiser son taux de profit ? Les coups de gueule politiques n’y suffiront pas. Si l’on veut sérieusement changer d’horizon pour faire primer l’humain et la socialisation des gains sur l’intérêt privé, il faut empêcher légalement les licenciements dans des entreprises qui font des profits. Ce genre d’amendement a déjà été soumis au Parlement et intégralement retoqué par ceux qui se déclarent aujourd’hui « du côté de l’emploi ». Dans le même temps, se pose la question de la participation des salariés aux orientations stratégiques de l’entreprise. Et je ne dis pas que c’est simple… Cela supposerait-il de reconnaître le fait qu’une entreprise appartient à ceux qui la font concrètement vivre, c’est-à-dire aux salariés ? Sans doute. Je crois que le maintien de l’emploi, fut-ce par requalification suite à une réorientation de la production par exemple, et la motivation au travail passe en partie par là. Par ailleurs, ce qui tend tout particulièrement le climat social, c’est le déficit de filet de sécurité pour les personnes licenciées. Le chômage apparaît comme un puits sans fond, synonyme d’appauvrissement. Or, là encore, un chantier politique doit être ouvert, celui de la sécurisation sociale des temps sans emploi qui suppose une autre répartition des richesses.
Enfin, la raffinerie de Dunkerque interroge, une fois de plus, la politique industrielle de la France. De quels moyens l’Etat se dote-t-il pour peser sur l’évolution de l’industrie ? Imaginer que l’Etat puisse intervenir juste par des déclarations ou des pressions amicales vis-à-vis des responsables patronaux est au mieux naïf, au pire hypocrite. L’investissement financier de l’Etat doit permettre de développer des secteurs jugés stratégiques pour l’avenir et d’anticiper le développement des territoires. En matière énergétique, le préalable devrait être de garantir la maîtrise publique des choix, qui est aussi une meilleure garantie pour un développement soutenable écologiquement. Avec un souci, évoqué par les grévistes de Dunkerque : l’indépendance énergétique. Les salariés en grève ont raison d’exiger un grand débat public sur l’avenir de la raffinerie. Un débat exigeant, aux frontières du social et de l’écologique, qui montre que les grévistes ne pensent pas qu’à leur pomme…
Posté le 24 février 2010
Commentaires (13) |
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Commentaires
Commentaire de Digeo
Date: 26 février 2010, 9:28
Luc nous propose un argumentaire UMP sur le partage salaires-profits.
Conseillons-lui de compléter son information notamment avec la lecture des analyses et prévisions de l’OFCE. Il lui est demandé de méditer longuement sur le graphique de la page 2!!
http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/2-80.pdf
Commentaire de CARNUS
Date: 26 février 2010, 20:10
Et Hop , l’excellent p’tit noir :
http://fr.calameo.com/read/00016394026f4150f5885
Ourf! Denis.
Commentaire de yenamarre-des-trolls-fachos
Date: 26 février 2010, 23:28
Luc, retourne à tes nazis et n’en reviens plus: ton horizon brille sur les blogs négationnistes, alors on se passera de tes pseudo leçons d’économie !
Commentaire de chene rouge
Date: 27 février 2010, 14:47
que le site de Clementine Autain publie les postillonages de la droite dure,pas de probleme.
Par contre qu’il permette le revoie sur un égout fascisant,m’intérroge douloureusement.
Je reste fidel au conseil d’un vieux militant réfugié Espagnol:”avec les fascistes,le dialogue c’est avec le manche de pioche”
Si vous pouviez tirer la chasse sur l’adresse indiquée,au nom de toutes,tous,ceux qui ont dit NON.
Commentaire de luc
Date: 28 février 2010, 15:12
Liem HOANG NGOC, socialiste très à gauche, reconnait que le chiffre de 10% du PIB est faux
Liem HOANG NGOC, député européen, économiste très très à gauche et proche de Henri Emmanuelli, estime que ce n’est pas 10% de PIB mais 3% qui sont passés au Capital depuis 1960.
“Et la part «salaires», sur laquelle sont prélevées les cotisations, n’est pas condamnée à demeurer trois points en dessous de celle des années 1960.”
Commentaire de A-C
Date: 1 mars 2010, 12:27
Quelques remarques
8,4 milliards d’euros de benefice , ok, mais sur 112 milliards d’euros de benefices, ca fait 7.5% de marge nette. Bien mais pas exceptionnel. Pourquoi dire ca ? Parce qu il faut rappeler que l’industrie petroliere est profitable QUAND CA MARCHE mais pour ca, il faut avoir investit en exploration production avant.
Deuxieme remarque, plus politique. Si on en croit ce que tu ecris ici http://clementineautain.fr/2009/12/10/sommet-de-copenhague%C2%A0-eloge-du-mouvement/ , tu es POUR la sobriete energetique. Ca tombe bien, la consommation d’essence stagne en France depuis 2008 car les francais roulent moins. Tous ceux qui soutiennent les legislations type Copenhague doivent expliquer aux ouvriers des industries petrolieres, cimentieres et autres que leur job est condamné. Vas tu le faire, Clementine ?
Commentaire de Mickaël
Date: 1 mars 2010, 16:06
pourquoi ils parlent plus de la Vendée que de Haïti et du Chili à la télé en mars 2010 ?
Commentaire de Digeo
Date: 2 mars 2010, 10:11
Luc on se demande où tu habites.
il me semble qu’il y a pour le moins contradiction entre tes deux post ci-dessus
Commentaire de nous sommes tous grecs
Date: 2 mars 2010, 13:32
L’avenir de l’Europe c’est son spectre !
Le communisme n’est pas une idéologie, c’est le mouvement qui a commencé à Athènes…
1989-2009 ne fut qu’une parenthèse, un mensonge qui fait pschit !
Commentaire de luc
Date: 2 mars 2010, 20:28
@ Digeo
Mes 2 posts confirment que le chiffre de 10 points de PIB qui auraient été volés par le capital sur les salaires est faux.
En renvanche, selon les modes de calcul, la part des salaires n’est revenue exactement au même niveau que dans les années 60, mais serait en baisse de 1 à 3 points de PIB (1 point selon l’économiste Denis Clerc, 3 points selon Liem HOANG NGOC)
Que ce soit 1 ou 3 points de PIB, on est loin des 10 points de PIB dont parlent Olivier Besancenot, José Bové et Clémentine Autain
Voici un article de Andrea Bonappeti qui explique les choses en détails
http://www.optimum-blog.net/post/2007/03/27/Repartition-capital-travail-:-les-trois-erreurs-dOlivier-Besancenot
Commentaire de Digeo
Date: 4 mars 2010, 9:38
Pour Luc tout spécialement
http://www.auxarmescitoyens.fr/media/blogs/maitre/divers/Evolution-dividendes.pdf
Commentaire de marre des deux vains
Date: 4 mars 2010, 23:11
le scandale décisif, tant sur le plan moral que sur le plan “rationalité économique”, il réside essentiellement dans le fait suivant,(non réfutable et même revendiqué par les CA des grosses sociétés):
La plus grasse part de la plus-value va aux dividendes comme jamais.
…”jadis”, quand le rêve soviétique pouvait faire s’émanciper non seulement “les colonies” mais aussi “les classes ouvrières”, il était un peu plus consacré de cette plus-value à l’investissement, et la revendication salariale obtenait des “négociations politiques”: il fallait bien que le capitalisme fasse mentir Marx, au moins dans l’espoir de gagner “la guere froide” (idéologique).
Aujourd’hui “le mur étant tombé”, la pudeur politique des capitalistes tombe également…
Mais ne serions-nous pas rendus à l’acte III de cette tragi-comédie?
son titre: “Marx revient”!
Premier acteur en scène: le peuple grec…
La Grèce est le Talon d’Achylle de l’Europe, laquelle soudain retrouve le “spectre” qu’elle croyait “une illusion du passé”…
Alors entrent en scène d’autres biens jolis acteurs: les fascistes, qui ont changé de costume, mais dont les faits et gestes laissent entrevoir la même bêstialité que lors de l’Acte I…
Mais cette fois, la tirade dominante n’est plus “plutôt hitler que le front populaire”, on hésite à la choisir, mais il semble qu’il y ait des acteurs bégayant jusque dans les coulisses où se maquillent “les nouveaux philosophes”…
Commentaire de luc
Date: 24 février 2010, 20:09
Depuis 20 ans le partage entre salaires et profit est stable et est identique à celui des années 60!
La gauche prétend “qu’il y a 10 % du PIB qui ont été volés par une minorité de privilégiés à la majorité de la population ces trente dernières années.”
“Ils font juste preuve d’une habile mauvaise foi politicienne. En prenant comme point de référence trente ans, ils remontent astucieusement à la fin des années 70, en plein choc pétrolier. Or, l’économie française subit durant cette période une spirale inflationniste qui déforme le partage de la valeur ajoutée au profit des salaires. En 1982, la part de ces derniers atteint alors le pic historique de 75 % de la valeur ajoutée. Mais avec la politique de rigueur et de désindexation des salaires décidée par la gauche à partir de 1983, ce taux va progressivement redescendre à 65 %.
«Si l’on admet que la bosse des années 1974-1986 est davantage un accident historique qu’une norme de référence, il apparaît que les années récentes [en terme de partage de la valeur ajoutée, ndlr] se situent à peu près à un point en dessous de la moyenne 1959-1973». En clair, le partage salaire-profit est non seulement stable depuis vingt ans, mais en plus il est presque inchangé par rapport à la période des années 60.”
http://www.yanndarc.com/article-28284214.html