L’art d’être féministe (Chronique France Culture)

Hier, cela n’a pas pu vous échapper, c’était le 8 mars, la Journée internationale des femmes. Une occasion de faire un bilan grand public des inégalités, de rendre visibles la banalité sexiste de nos quotidiens. Depuis ce week-end donc, nous avons pu entendre ou lire qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon, qu’un viol a lieu en France tous les quarts d’heure, que les femmes gagnent encore nettement moins les hommes, que le chômage et la précarité se conjuguent d’abord au féminin, que le partage des taches domestiques et parentales reste un mirage, etc. Rien que pour ça, c’est utile.
Je sais combien l’idée d’une telle journée irrite. L’inflation des journées mondiales est galopante. Et que les femmes se retrouvent dans une longue liste, côtoyant la journée mondiale du pied, du fromage ou du lavage de mains, j’entends bien que c’est déplaisant. Mais le 8 mars est une date ancrée dans l’histoire des mouvements féminins et féministes. C’est Clara Zetkin qui proposa, au Congrès international des femmes socialistes en 1910, d’instaurer une journée internationale des femmes pour favoriser la propagande en faveur du vote féminin. Depuis un siècle, c’est l’occasion annuelle de manifestations féministes diverses. Un temps de mobilisation des consciences. Cette journée est donc une brèche ouverte dans laquelle il faut intelligemment s’engouffrer.
En un siècle, l’anniversaire a pris une tournure officielle – le 8 mars est fêté par l’Etat français ou l’ONU. Ce rendez-vous s’est institutionnalisé. Les politiques en profitent souvent pour quelque déclaration de bonne intention, sinon de bonne conscience. Pour les médias, le 8 mars est devenu comme un passage obligé, traité avec plus ou moins d’halent, sous des angles à l’intérêt et à la cohérence parfois bien contestable. Cette année, j’ai observé que l’éloge des femmes qui réussissent a pris le pas sur le lot quotidien de celles qui galèrent et sur le décryptage des mécanismes de la domination masculine. « Quelle est la femme préférée des Français ? », interrogeait un journal qui paraît le dimanche. Pas sûr que cela nous fasse beaucoup avancer… Ou quand une radio musicale nous offre, spécifiquement pour l’occasion, un entretien avec… Marc Lavoine, il y a de quoi s’interroger. Il est facile de vider le 8 mars de contenu. Facile aussi d’entretenir la confusion.
La preuve, ce matin, par un exemple. Pur hasard de calendrier, la promotion du prochain album de Damien Saez, qui sort le 29 mars, en a fait les frais. Certains d’entre vous ont peut-être vu l’affiche en question dans la presse mais vous ne la verrez ni dans le métro, ni sur les bus ou les murs franciliens. L’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, l’ARPP, a émis un avis défavorable auprès des principales régies publicitaires, sans doute dans l’espoir d’apparaître en bon élève le jour où l’on célèbre les femmes. Motif : « caractère dégradant pour l’image de la femme ». L’affiche montre une grande et belle blonde dénudée, portant juste une paire de chaussure à talons hauts, affalée dans un caddie. Avec le titre de l’album pour seul commentaire : « J’accuse ». La photo est de Jean-Baptiste Mondino, qui travaille pour des personnalités qui ont l’habitude de jouer avec les identités de genre, comme Madonna ou Jean-Paul Gaultier. Cette affiche, c’est le travail d’un artiste qui exprime dans une forme très esthétique et volontairement outrancière le monde dans lequel on vit, pour justement éveiller le sens critique. On peut y être sensible ou pas mais nous sommes à mille lieues de la vulgarité d’une pub comme celle de Sloogi qui, l’année dernière, exhibait en gros plan des fesses de femmes en slip avec pour slogan : « En promo ». A mille lieues aussi de ce sexisme banalisé que l’on a pu voir, exemple parmi tant d’autres, à la télé avec cette Chantal qui a oublié le Cantal et se voit plantée par son mari au moment de dire « oui » devant Monsieur le Maire. Là, l’Autorité de la publicité jugeait qu’il s’agissait d’humour. Quel drôle de monde. L’univers marchand mieux protégé, mieux compris, que les artistes. D’où l’interrogation du chanteur mis en cause : « les miroirs feraient-ils si peur à ceux qui n’aiment pas leur visage ? ». Car, ajoute-t-il, « voilà que les petits capos voient l’outrage quand le féminisme est à son expression la plus pure ». A méditer, avant l’année prochaine.
Posté le 9 mars 2010
Commentaires (16) |
Envoyer à un ami
Commentaires
Commentaire de jpp
Date: 9 mars 2010, 17:17
je suis étonné de voir comment on a pu faire machine arrière en utilisant de plus en plus le corps de la femme dénudé pour faire de la publicité. où sont passées les féministes comme Yvette Roudy… On n’a pas l’impression d’une véritable révolte des femmes par rapport à cette forme de publicité où alors on les empêche de s’exprimer.
il est vrai que notre époque est celle du consensus mou où l’on ne parle que des “winners”, 68 a bientôt 42 ans!!!
Commentaire de tristan
Date: 9 mars 2010, 19:50
Donc pour Clémentine Autain, voir une grosse adipeuse dans un caddy c’est anti-feministe (parce qu’inesthetique et donc (sic) peu valorisant pour la femme alors que par contre le fait que cette femme soit jolie prouve le feminisme.
Commentaire de Sophie
Date: 10 mars 2010, 13:29
Je cherchais votre nom, je trouve justement cette chronique que j’ai beaucoup appréciée mardi matin à la radio. Je voulais simplement vous remercier de ce texte, et d’avoir imaginé ce clin d’oeil salutaire “du lendemain” !
Au plaisir de vous réentendre !
Amitiés
Sophie, Bordeaux
Commentaire de nicole.
Date: 10 mars 2010, 20:28
d’abord, c’est une belle photo….et puis la mention “J’accuse” indique à qui sait lire que l’auteur fait une dénonciation de la marchandisation des corps et des vies. alors, messieurs les censeurs,ne nous prenez pas pour des analphabètes !
madame Autain, j’adore vos chroniques sur France-culture !
Commentaire de Mickaël
Date: 11 mars 2010, 13:56
censure normale, faut censurer aussi le pseudo-artiste qui a fait une photo très ressemblante exposée à Paris.
Commentaire de tristan
Date: 11 mars 2010, 19:52
ce que vous n’avez pas saisie (haha!) c’est que cette affiche est jugée “heurtante” pour ou par son ambiguité.
(on peut l’interpréter comme c’est dit + haut dans l’autre sens : trés rabaissante pour la femme qu’on ne peut qu’acheter -a moins que l’artiste soit collé en bonus derrière l’affiche et qu’il l’explique a tout les passants.)
De plus, ne jamais confondre vulgarité et grossièreté, c’est le béaba d’un esprit critique ; pour le Cantal c’est tellement gros (exagéré) que même un enfant comprend que c’est de l’humour et c’est la ou ça devient intelligent .
avec ce “j’accuse” on est dans un monde d’adulte.
merci
Commentaire de dominique jacques
Date: 11 mars 2010, 21:45
Je suis un monsieur
autant le dire
les vaps et le caddie
ne sont pas un marbre
la glace de ces jours ci
faudrait il que je m’interroge
sur le caddie
sûrement
la féraille
nos adorables sœurs
pour moins que charmantes
nous éclairent
de charmes moins conventionnés
de moins de fortune
de moins que j’accuse
c’est tout autant de voler
d’aimer
inimmitable gratitude
que de passer le regard
de vivre un instant
de grâce
pour être dans le caddie
pour en sortir
délivrer
quelques baisers au loin vous suivent
ceux là ne sont pas volés
Domino
Commentaire de frmwa
Date: 12 mars 2010, 10:30
L’ouverture d’esprit ne doit pas servir de prétexte au n’importe quoi, mais en l’espèce, le message est suffisamment clair. Elle est toujours préférable à l’obscurantisme idéologique qui conduit parfois à faire alliance avec les franges les plus réactionnaires de la société pour brimer la créativité artistique. Que Clémentine Autain sache faire preuve de ce discernement ne peut que faire plaisir.
Commentaire de dominique jacques
Date: 13 mars 2010, 20:38
Jean Ferrat ou le XXe siècle
paix à lui bien sûr
mais il me reste douloureux
d’une poésie habitée
d’avoir était veul
sûrement d’avoir approuvé
ce que contre disait
ses paroles
comme Aragon magnifique
c’est une difficulté
de ne pas sombrer
à quelque eau claire
allant droit vers la mer
mais il y va de la rive
de la terre
de ne pas s’emballer
ce soir je n’aime toujours pas la marine
enfin et jamais
la poésie
ne sera respectable
une marchandise
ils me crèvent le cœur
d’avoir eu la faiblese
cette fleur rebelle ou pas
de l’avoir cultivée
tois pas suffir
en Ardèche
pour lui le ciel se fit lourd
il s’assit dans cette campagne
et ferma les yeux pour toujours
Domino
Commentaire de j’y n’ai C
Date: 14 mars 2010, 11:49
j’ai choisi un pseudo féminin car il y a trop peu de femmes ici…
La personne qui est dans le cadie n’a pas été étiquettée, donc j’acuse le supermarché d’avoir bien trop de négligence, ou peut-être d’avoir viré toutes les caissières pour les remplacer par des self-systèmes.
En fait je trouve ce “j’accuse” génial, mais j’aimerais que les féministes le deviennent plus massivement, “géniaux-ales”…
L’intelligence est l’avenir de la bêtise.
Commentaire de Tristn
Date: 15 mars 2010, 9:22
pour en finir avec mes com nombreux je voulais juste dire que j’étais d’accord avec frmwa et que mes demonstrrations techniques peuvent être prise a revers et notamment par moi même. On peut faire parler les mots
reste a convaincre et surtout voir l’interêt de tous et de définir ou se situent exactement ses propres combats.
autrement dit : si tu cherche la petite bête tu la trouvera.
je viens de regarder le resultat des élections regionnales
et suivre les debats :
- OB mauvais score
- FG mauvais score
- abstentions (a ces jeunes anars) bons scores
Commentaire de Digeo
Date: 15 mars 2010, 9:55
Salut l’artiste plein d’humanité.
Commentaire de Didier
Date: 16 mars 2010, 15:17
Chantal, le cantal : très drôle
Les tas de vêtements de Boltanski : immonde
Nous n’avons décidément pas les mêmes valeurs.
Commentaire de dominique jacques
Date: 16 mars 2010, 19:59
ne pleurons pas Entraigues
entre les eaux
vives et mortes
d’une tenaille
d’un barrage
l’eau tiède, mitigée
à tout les étages
à tout les robinets
si peu qu’on adhère
à la formule du progrès
ces vendeurs en cravate
du bout au sommet
à qiu mieux mieux
mais qui obligatoirement
nous décideraient
dans une formule
consacrée
je préfère le marchand de sable
lui au moins est doux
à nous endormir
à nous bercer
il traverse les marchands de béton
de canon
et nous dis le grain
sans raison
de toujours la coquille
à la plus simple feuille de vigne
de nous cacher un peu
sans plus exagérer
de devenir
Domino
Commentaire de YO
Date: 17 mars 2010, 7:39
Que lui est-il arrivé à notre chanteur révolté à la triste figure pour vouloir ainsi illustrer son dernier album et ses affiches de concerts d’une photo de Mondino ( photographe des tares de la société ) montrant une femme nue ( mais quelle femme! ) dans un caddie de supermarché?
Bafouer ainsi l’image de la nature humaine, et quelle nature ( c’est autre chose que la Vendée), il faut vraiment ne plus croire en rien en ce bas monde constructible en zones inondables . S’il nous reste encore une valeur à partager sur cette terre de misère, c’est bien le puritanisme à la sauce anglo-saxonne et son épée de Damoclès prête à décapiter nos velléités de vicieux indisciplinés.
Et que dire du non respect de la dignité des personnes et de la vulgarité qui partout fait son nid?
Une campagne publicitaire à la con sur le tabac passe encore mais là, trop c’est trop! Car enfin, la femme n’est pas un objet, pas plus qu’un footballeur professionnel ou un immigré sans papier . Qu’elle serve de porte-manteau à de grands couturiers ou vende un parfum machin, ça n’a rien à voir. Nous sommes là dans la relance économique de l’industrie de luxe à la française pas dans une démarche de perversion de notre belle jeunesse française.
Pourquoi ne pas imaginer tant qu’on y est, madame le ministre des finances à poil sur le siège d’un chariot-élévateur dans une usine Renault délocalisée en Roumanie? Non, mais où va-t-on, mon garçon?
D’aucuns prétendent que d’entendre cette dame affirmer que les mesures de rigueur en Grèce sont les bienvenues est d’une vulgarité sans nom. Que de voir dans le poste à saouler télévisuel des actrices césarisées pleurer sur le sort des plus démunis de notre société avant que d’entrer au Fouquets sabrer le champagne à plusieurs reprises en compagnie du ministre de la culture pour quelques uns , c’est encore de la vulgarité .
De constater qu’en France 25% de notre jeunesse est sans-emploi et que l’on voudrait pousser les vieux au travail jusqu’à ce que mort nous en délivre ( du travail pas des vieux!), voilà bien des atteintes patentes à la dignité des personnes.
De se rendre à Haïti en première dame de France patronnesse dans sa belle tenue soulager les malheureux qui prient le bon dieu en vacances dans un hôtel trois étoiles en République Dominicaine, vulgarité. De laisser ce peuple Haïtien pendant des décennies se paupériser jusqu’à manger des galettes de terre, vulgarité et atteinte à la dignité des personnes . Mais d’aucuns s’emportent…
Damien, si tu continues ainsi à faire le con, jamais tu l’auras la victoire de la muse fric. Pas grave, continue à poser tes mots ciselés sur ta musique engagée, à Paris, à Varsovie ou Barcelone, dans les endroits où les mots et les actes ne sont pas galvaudés.
http://wxy29.over-blog.com/ _ journal d’un libre dormeur_ blog d’un social libertaire.
Commentaire de thais
Date: 9 mars 2010, 15:39
je ne savais pas que cette pochète a été interdite à la pub…ils ne comprennent vraiment rien l’AUtorité …on est pas sorties de l’auberge !