Un premier tour qui recompose à gauche (Chronique France Culture)
De ces élections régionales, le plus frappant et préoccupant, c’est d’abord l’abstention massive – j’y avais justement consacré ma chronique il y a quinze jours. Autres messages : la droite s’est prise une déculottée magistrale et le FN fait son retour.
Moins spectaculaire et moins central dans ce scrutin, deux échecs sont tout de même à observer. Je veux parler du Modem de François Bayrou et du NPA d’Olivier Besancenot. Comparaison n’est pas raison, me direz-vous, mais je constate que, si l’un et l’autre semblaient incarner un espoir, un nouveau souffle depuis 2007, ils viennent de réaliser une véritable contre-performance, qui s’ajoute à leur déconvenue respective aux européennes de l’année dernière. Or, et c’est ce qui m’intéresse ici, le revers du Modem et celui du NPA impactent la recomposition à gauche, telle qu’elle s’esquisse au sortir de ce premier tour des régionales.
Avec plus de 18% des voix à la dernière présidentielle, Bayrou s’affirmait comme le troisième homme, promu arbitre du second tour et promis à un grand destin national. Trois ans plus tard, force est de constater l’impasse de la stratégie « ni droite, ni gauche ». J’ai toujours pensé que le mythe du centre, avec un grand parti vierge et vertueux et l’idée d’un « gouvernement des meilleurs », sans attache partisane, n’était qu’un fantasme de commentateurs de la vie politique. D’ailleurs, en France, depuis quarante ans, le centre a toujours gouverné avec la droite et le programme du Modem, c’est un peu l’UMP à visage humain. Mais au PS, depuis 2007, l’idée de s’allier avec lui avait fait son chemin. Au sortir de l’été dernier, le trio Vincent Peillon/ Marielle de Sarnez/Robert Hue semblait si à la mode qu’un rassemblement arc-en-ciel à l’italienne était devenu plus que crédible. Mais voilà, après un faible score du Modem aux européennes, la chute est sévère : Bayrou et son nouveau parti réalisent un petit 4%, qui ne permet même pas de fusionner au second tour. Comme un château de cartes, la maison Modem s’écroule. Du coup, le PS et Europe/Ecologie se trouvent avec une épine de moins dans le pied. Et la gauche se polarise ainsi… à gauche. Bonne nouvelle, d’autant que la capacité à reconstruire du clivage, de la conflictualité droite/gauche est sans doute l’une des clés de la remobilisation électorale.
Autre déroute qui joue sur l’avenir à gauche : celle d’Olivier Besancenot et de son Nouveau Parti Anticapitaliste. Son faible résultat – 2,5% - le place nettement derrière le Front de Gauche, soutenu par le PCF et Jean-Luc Mélenchon. En 2007 pourtant, avec un peu plus de 4%, Olivier Besancenot devançait Marie-George Buffet et José Bové qui buvaient alors la tasse avec moins de 2% de suffrages. Le jeune leader faisait figure de grand gagnant de la gauche radicale, avec une côte de popularité exponentielle. En 2008, la création du NPA avait suscité l’enthousiasme de nouveaux militants et sympathisants qui rêvaient de dépasser la LCR, de construire une nouvelle gauche anti-capitaliste indépendante et de reconquérir un électorat jeune et populaire. A l’heure où le capitalisme montre son visage le plus cruel, beaucoup ont cru au succès du pari de Besancenot. Mais la stratégie d’autonomie totale vis-à-vis du PS et le choix de faire cavalier seul quand le Front de Gauche affichait une unité n’a pas motivé les électeurs. D’où le retour à un étiage qui ressemble aux résultats traditionnels de l’extrême gauche. Le problème, c’est que l’électorat visé des quartiers populaires n’est pas non plus venu en masse épaulé un Front de Gauche qui, s’il confirme sa relative bonne tenue, ne casse pas la baraque et profite de l’électorat plutôt âgé et politisé qui est venu voter. L’addition des scores de la gauche radicale l’amène à un niveau historiquement bas, au-dessous des 10%. Le PCF a longtemps représenté à lui seul un tiers des forces de la gauche. Aujourd’hui, la gauche rouge – par opposition à la verte et à la rose – n’en représente plus qu’un cinquième. Soit une modification profonde des rapports de forces au sein de la gauche. La radicalité à gauche, disons le courant communisteS, a une histoire, une tradition. Est-elle vouée à disparaître ou, comme je le crois, n’a-t-elle tout simplement pas trouvé sa forme d’expression contemporaine ?
Posté le 16 juillet 2010
Commentaires (17) |
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Commentaires
Commentaire de Jean Vallessin
Date: 16 juillet 2010, 18:01
On recycle ?
Commentaire de Le Parisien Liberal
Date: 16 juillet 2010, 20:10
Le capitalisme montre son visage le plus cruel ?
Heureusement que en tant que chef d’entreprise, tu ne tiens evidemment pas compte des contraintes économiques et tu recrutes notamment TOUS ceux qui t’envoies un CV ?
Commentaire de Alain2nantes
Date: 17 juillet 2010, 14:12
Bonnes vacances Clémentine !
Je ne crois pas qu’il faille chercher une nouvelle forme pour le courant “communisteS”.
Je crois que le communisme fait intrinsèquement partie du mode de survie de la “planète homme”:
Simplement, ce “communisme” est forcément un “contresens” dès qu’on le nomme, car on fait alors rentrer dans la forme figée du langage la seule trame “figeable” de ce qui en réalité consiste en une “vie complexe”.
Le “communisme” est inséparable de “l’écologie”, de la bioéthique” et d’une vision de “l’homme” comme co-créateur “avec le partenaire “univers” , de son avenir improbable:
le manque de “crédibilité” dont sont victimes les “communisteS” ne vient pas tant du “passé d’une illusion” que du scepticisme habitant l’espèce humaine, face à un rêve de “genre humain”.
Il faut être un héros pour décider de “croire à un devenir vraiment humain”.
Pourtant, il faut !
Commentaire de milhac
Date: 17 juillet 2010, 18:12
F.Bayrou a sans doute peu de possibilité d’accéder à la présidence; mais au-delà de sa personne, le courant idéologique qu’il incarne “la démocratie chrétienne” est aujourd’hui portée par le PS et sa “politique du CARE” ( la compassion institutionnalisée ) et pour une Europe Ecologie. C’est la soi-disant position du juste milieu ( la 3° voie d’antan )…
Quant à Besancenot, il a été pour l’essentiel porté par les journalistes bobos qui squattent le service public. Les donneurs de leçon de la révolution permanente terminent tous au PS ( Weber, Dray, etc… )
Il reste à construire, élargir le Front de Gauche, en respectant ses composantes et non le transformant en une vaste auberge espagnole…
De toute façon, ce n’e’st pas en faisant de l’anti PCF qu’on fera grandir le FdG… ( à suivre )
Commentaire de Arthur Mage
Date: 20 juillet 2010, 10:37
Il me semble que la chute brutale de Besancenot lors des dernières régionales a été grandement causée par le fait que son parti a présenté une candidate aux cheveux voilés.
Commentaire de Alain2nantes
Date: 20 juillet 2010, 22:54
“La chute de Besancenot”, le “déclin du PCF”, la poudre aux yeux de “l’émergence”, “la gauche en confettis” etc…
VUe par le petit bout de la lorgnette (pour moi il s’agit de l’oeillère électoraliste), en effet, on peut parler de chute de déclin, de saupoudrage et d’éclatement: la constitution de cette “république banannière” est écrite par et pour ceux qui méprisent le peuple, et donc, pour le “ridicule électoral” de la gauche.
Trève de ridicule entre nous!
Nous savons bien que les difficultés des uns et des autres dans cette gauche forcément plurielle, proviennent du sectarisme, mais aussi d’une donnée “invisible”, car n’existant pas dans cette “république pipeau”:
…et là, justement, “je cale”, car il s’agit bien d’une réalité sous les crânes, commune aux citoyens parfois fort éloignés les uns des autres, mais encore sous forme de “sauce blanche”, comme la formule à Boris Vian:
On risque d’appeler cela le “populisme de gauche”, et c’est pourquoi il faut tant de précautions pour nomme ce “quant à soi” du peuple , qui est en vérité “de gauche”, mais nous sommes sous le régime de la guerre du langage , idéologique, bien sûr, et dans une bataille perdue.
Besancenot a commis l’erreur d’être un leader, et le peuple cherche autrechose qu’un leader: il cherche à reprendre sa “confiance en soi”, car il s’agit de sa monnaie idéologique, face à une classe dominante de “leaders-nés”, qui nous contraint à l’emploi de sa “fausse monnaie”.
La deuxième erreur de OB, c’est d’avoir loupé le coche “unitaire”…mais toute la gauche est entrain de le louper, chacun glissant des peaux de bananes sur le chemin du “prochain arrêt”…
J’espère me tromper: en effet, mon PCF , lui, il est le coche, mais personne n’y monte car il accuse tout ce qui s’approche d’être “la mouche du coche”…
Comment sortir de cette comédie grottesque?
Le 7 Septembre, un gros caillou fera plouf dans la marre aux canards, puis deux, puis peut-etre “une intifada” européenne contre la politique antisociale dictée par “les commissaires illégitimes”, avec point d’orgue le 29? …
N’y a-t-il pas une “émergence politique possible”, du fait des “cahiers de doléance” en cours d’écriture dans tout le continent ? Face à l’oligarchie européenne, n’y a-t-il pas un “peuple” ?
Commentaire de Alain2nantes
Date: 20 juillet 2010, 22:58
“La chute de Besancenot”, le “déclin du PCF”, la poudre aux yeux de “l’émergence”, “la gauche en confettis” etc…
VUe par le petit bout de la lorgnette (pour moi il s’agit de l’oeillère électoraliste), en effet, on peut parler de chute de déclin, de saupoudrage et d’éclatement: la constitution de cette “république banannière” est écrite par et pour ceux qui méprisent le peuple, et donc, pour le “ridicule électoral” de la gauche.
Trève de ridicule entre nous!
Nous savons bien que les difficultés des uns et des autres dans cette gauche forcément plurielle, proviennent du sectarisme, mais aussi d’une donnée “invisible”, car n’existant pas dans cette “république pipeau”:
…et là, justement, “je cale”, car il s’agit bien d’une réalité sous les crânes, commune aux citoyens parfois fort éloignés les uns des autres, mais encore sous forme de “sauce blanche”, comme la formule à Boris Vian:
On risque d’appeler cela le “populisme de gauche”, et c’est pourquoi il faut tant de précautions pour nommer ce “quant à soi” d’un certain “peuple” (mais quel peuple, au fait?…), qui est en vérité “de gauche”, mais nous sommes sous le régime de la guerre du langage , guerre idéologique, bien sûr, et dans une bataille perdue.
Besancenot a commis l’erreur d’être un leader, et le peuple cherche autrechose et bien plus qu’un leader: il cherche à reprendre “sa confiance en soi”, car il s’agit de sa monnaie idéologique, face à une classe dominante de “leaders-nés”, qui nous contraint à l’emploi de sa “fausse monnaie”.
La deuxième erreur de OB, c’est d’avoir loupé le coche “unitaire”…mais toute la gauche est entrain de le louper, chacun glissant des peaux de bananes sur le chemin du “prochain arrêt”…
J’espère me tromper: en effet, mon PCF , lui, il est le coche, mais personne n’y monte car il accuse tout ce qui s’approche d’être “la mouche du coche”…
Comment sortir de cette comédie grottesque?
Le 7 Septembre, un gros caillou fera plouf dans la marre aux canards, puis deux, puis peut-etre “une intifada” européenne contre la politique antisociale dictée par “les commissaires illégitimes”, avec point d’orgue le 29? …
N’y a-t-il pas une “émergence politique possible”, du fait des “cahiers de doléance” en cours d’écriture dans tout le continent ? Face à l’oligarchie européenne, n’y a-t-il pas un “peuple” ?
Commentaire de tristan
Date: 21 juillet 2010, 8:33
j’essaye de comprendre les motivations de ce recyclage mais..en vain.
heo “is there anybody out there ?”
tu dis que l’électorat visé des quartiers populaires n’est pas venu en masse épauler un Front de Gauche , je pense que vous devriez creer une cellule pour faire de la communication sur un plan national , dans toute les maison de quartier, sensibiliser au vote, une action conjuguée et recurrente devrait produire son effet.
pourquoi ne pas rappeler le “beur” de la fédé qui est partis
en claquant la porte pour en diriger l’action. (j’ai plus son nom en tête qu’il m’excuse, il s’etait exprimé a Montreuil,le jour de la qualification des algeriens pour la coupe du monde)
desolé tout ça ne fait pas serieux mais une telle cellule ferait avancer trés pragmatiquement le score du FDG dans les urnes.
en fait si vous capotez je pense que c’est parceque vous ne travaillez pas assez! 3 tonnes de reunions pour l’unité.
(qui en plus echoue) alors que c’est une successions de petite actions efficaces et motivées qui font la difference.
b
Commentaire de domino
Date: 23 juillet 2010, 13:46
Petite tournée des popotes, de gauche…
pénible quand nous allons
jouer la chemise
en septembre octobre
après ne restera que le maillot
après à poil
le libéralisme a beau hoqueter
les riches nous narguer
la Terre s’abîmer
elle tourne de tous ces constats
les chevilles enflées
d’une faiblesse
gigantesque
les petites parts de marché
les lucarnes
sur des éloiles palichonnes
pas besoin d’additionner
reste la chemise
à la rentrée
la ce n’est plus du tout un calcul
une bascule
au mieux vers pas grand chose
au pire la pente
des Bettancourt
des Woerth
je veux bien dire
que l’on se moque de moi
profondément
iniquement
le 19 août étrange
nous convonquons l’intersyndicale
dans la foulée le collectif de défense des retraites
que faire (Vladimir Illitch)
des fois que
Domino
Commentaire de Mickaël
Date: 24 juillet 2010, 14:27
de pire en pire et l’année n’est pas finie.
Commentaire de tchikoito
Date: 27 juillet 2010, 12:59
LETTRE OUVERTE A Mr BAYROU
Depuis ce jour du 28 août 1789 où les députés de l’Assemblée constituante, partisans du veto royal, se placèrent à droite de l’hémicycle et leurs adversaires, défenseurs dela Révolution, à gauche de l’assemblée, le couple droite-Gauche rythme la vie politique à la faveurd’évènement riches d’enjeux comme la légitimité de l’Etat-Providence.
Commentaire de tchikoito
Date: 27 juillet 2010, 15:09
Le principe de la neutralité axiologique
bref, le malaise contemporain
Commentaire de tchikoito
Date: 29 juillet 2010, 9:50
LETTRE OUVERTE A Mr BAYROU
Depuis ce jour du 28 août 1789 où les députés de l’Assemblée constituante, partisans du veto royal, se placèrent à droite de l’hémicycle et leurs adversaires, défenseurs de la Révolution, à gauche de l’assemblée, le couple droite-Gauche rythme la vie politique à la faveur d’évènement riches d’enjeux.
Le principe de la neutralité axiologique
le tout étant de se rendre sur place
http://www.bayrou.fr/opencms/opencms/propositions/
tiédeur & infantilisation au menu
entre ces deux figures du paysage Politique
STERILITE DE LA GRANDE” VILLE
Commentaire de pagedecoeur
Date: 30 juillet 2010, 18:58
La radicalité à gauche n’a pas trouvé sa composition et sa forme d’élaboration contemporaine avant communication (correspondance sur des débats, des propositions, un projet un programme) puis sa communication. La division de chaque mouvement ne lui réussit pas, c’est que le mieux eût été que tous les mouvement vivent à l’intérieur d’un même coeur. Les gens sont très défiants envers les insuffisances et les divisions.
Commentaire de bernard
Date: 2 août 2010, 10:45
Pour une Gauche radicale et unitaire
Je suis militant du PG ,je vous renvoie à ma proposition d’ETATS GENERAUX DE LA GAUCHE Y COMPRIS DU PS POUR REVENIR AUX FONDAMENTAUX DU SOCIALISME ET DEFINIR UNE CHARTE CLAIRE FACE AUX DERIVES DU NEO LIBERALISME en vue des échéances électorales
LM BERNARD
Commentaire de Géronimo
Date: 26 août 2010, 10:02
Je note votre dernière phrase…Forme d’expression ou de réalisation ?!!! S’agit-il de s’exprimer ou de VIVRE le changement ?
Changement vécu par exemple ici par 2300 personnes à MARINALEDA (Andalousie) , village sans promoteurs, sans propriété privée, sans chômage, et sans délinquance ! :http://spaceart.canalblog.com/archives/2010/08/02/18899993.html
C’est d’expérimentations collectives pratiques et concrètes qui changent la vie dont nous avons besoin…A quand des initiatives de ce genre en France et ailleurs en Europe ? Oser faire autrement, c’est comme cela que le mot “gauche” reprendra du sens..





Commentaire de PCF
Date: 16 juillet 2010, 17:39
Reves pas Clementine, tu compares des élections régionales avec la présidentielle;
En 2012 Besancenot sera largement devant mélanchon, buffet ou Autain.