Femmes de tous pays, unissons-nous ! (Chronique France Culture)
« On fait comme si la révolution féministe était un fait accompli », disait Pierre Bourdieu, du haut du Collège de France. J’ai toujours aimé cette citation parce qu’elle résume un état d’esprit : on fait comme si les inégalités fondées sur le genre étaient maintenant résiduelles, que l’émancipation des femmes était un processus linéaire et inéluctable, que le combat féministe ne concernait plus vraiment la culture occidentale. La journaliste américaine Susan Faludi a pourtant fait un tabac en démontrant, dans son best-seller Backlash (littéralement le « retour de bâton »), publié en français en 1993, que l’égalité et la liberté proclamée restaient introuvables L’infernal cumul du travail salarié, domestique et parental, les temps partiels imposés, les menaces sur l’avortement, les normes et les violences imposées à nos corps, etc. : l’écart entre les discours et la réalité est là, bien là. Mais dans les pays occidentaux, l’égalité hommes/femmes est inscrite dans la loi ; elle est même devenue un paradigme de la pensée dominante ; de gauche à droite, on s’en revendique. Alors, si les Américaines ou les Françaises ont l’idée de se plaindre encore, il est de bon ton de les renvoyer à la situation des femmes iraniennes, congolaises ou indiennes. Européennes, vos salaires sont inférieurs de 17% à ceux des hommes ? Pensez donc à ces femmes lapidées, violées pour la guerre, mariées de force, sans droit, sans voix. Pensez à ces esclaves d’autres pays. J’y pense et cela me glace. Rien que d’imaginer ces bébés tués à la naissance parce qu’ils sont de sexe féminin, rien que de songer que l’égalité ne figure pas dans le droit de plus de trente pays à travers le monde, je suis horrifiée. Aujourd’hui sur France Culture, à l’occasion de cette journée spéciale, nous allons entendre des récits effrayants sur la situation des femmes en Inde, de vraies leçons de courage et de résistance aussi. La révolte nous gagnera. Il nous faut balayer devant notre porte, être solidaires plus que donneurs de leçon. Je ne propose pas de mettre sur le même plan les discriminations et les violences engendrés ici et là mais de saisir les racines communes du mal : nous héritons de part et d’autre du système patriarcal. D’où la nécessité de fédérer les mouvements féminins et féministes à travers le monde, de raccorder les combat, de favoriser les processus d’auto-émancipation. Tout ce qui est gagné à l’un des coins de la terre est un point d’appui pour celles qui se battent à un autre bout de la planète.
Ce travail est pour une part mené depuis une quinzaine d’années par les Marches mondiales des femmes. Une initiative qui ne défraie pas la chronique en France mais qui permet la mise en commun des revendications et qui favorise les échanges, et par là même les processus d’émancipation. Les Marches mondiales ont été initiée en 1995 au Québec, où des femmes ont marché pendant dix jours pour du pain et des roses. En 2000, une première grande marche s’est déroulée sur tous les continents : 6.000 groupes étaient engagés dans 161 pays. Le tout a débouché sur une grande manifestation à New-York où, fait symbolique, une femme afghane a laissé tomber sa burqa devant les caméras. Les marcheuses ont remis aux Nations Unies une pétition mondiale signée par 5 millions de personnes. Malheureusement sans suite… En 2005, à l’occasion de la deuxième grande marche, une Charte mondiale des femmes pour l’humanité a été adoptée. Et la grande manifestation de clôture a eu lieu au Rwanda. Cette année, c’est la troisième grande marche. Le 30 juin, le rassemblement européen était à Istanbul. Au Brésil, au Pakistan, au Mali, ça marche. Le 17 octobre prochain, les marcheuses seront au Congo, capitale mondiale du viol.
Ce réseau international de solidarité entre les femmes est précieux, même s’il n’est pas aussi efficace qu’il le faudrait, qu’il s’essouffle ici ou là, avec les années, au gré des soubresauts des mouvements altermondialistes aussi, et qu’il laisse de côté des enjeux féministes importants au nom des compromis nécessaires. C’est une entreprise de contagion : l’émancipation des femmes n’a pas de frontières, il s’agit de déconstruire toutes les formes – légales, morales, culturelles – de légitimation de la domination masculine. Les femmes iraniennes sont sur cette voie : de cette journée spéciale, je retiendrai cette bonne nouvelle.
Posté le 4 octobre 2010
Commentaires (18) |
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Commentaires
Commentaire de jpp
Date: 5 octobre 2010, 8:27
Pour moi vieux macho, le féminisme a fait que les femmes ont repris quelques défauts des hommes :recherche d’indépendance, autoritarisme dès qu’elles occupent des postes à responsabilité, alcoolisme, tabagisme, aventures d’un jour, refus d’enfanter…
Bref la vie commune entre un homme et une femme parait plus dure qu’autrefois ? Il faut en faire des compromis !!!
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 8:30
“En lisant ce chiffre, j’ai failli avaler mon stylo”
“Les femmes représentent la moitié de la population mondiale mais ne possèdent que 10% des revenus mondiaux et 1% des terres”
Clémentine Autain
Alter égaux
INVITATION AU FEMINISME
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropologie_politique#Diff.C3.A9rences_entre_les_sexes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_du_statut_de_la_femme
http://fr.wikipedia.org/wiki/Condition_f%C3%A9minine
?
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 9:21
http://www.liberation.fr/societe/0101654243-40-ans-apres-le-combat-du-mlf-continue
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 11:16
LA CHARTE MONDIALE DES FEMMES POUR L’HUMANITE
Préambule
Nous, les femmes, marchons depuis longtemps pour dénoncer et exiger la fin de l’oppression que nous vivons en tant que femmes, pour dire que la domination, l’exploitation, l’égoïsme et la recherche effrénée du profit menant aux injustices, aux guerres, aux conquêtes et aux violences ont une fin.
De nos luttes féministes, de celles qu’ont menées nos aïeules sur tous les continents, sont nés de nouveaux espaces de liberté, pour nous-mêmes, pour nos filles, pour nos fils et pour toutes les petites filles et tous les petits garçons, qui, après nous, fouleront ce sol.
Nous bâtissons un monde où la diversité est un atout et où tant l’individualité que la collectivité sont sources de richesse, où les échanges fleurissent sans contraintes, où les paroles, les chants et les rêves bourgeonnent. Ce monde considère la personne humaine comme une des richesses les plus précieuses. Il y règne l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. Ce monde, nous avons la force de le créer.
Nous formons plus de la moitié de l’humanité. Nous donnons la vie, travaillons, aimons, créons, militons, nous distrayons. Nous assurons actuellement la majorité des tâches essentielles à la vie et à la continuité de cette humanité. Pourtant, notre place dans la société reste sous-évaluée.
La Marche mondiale des femmes, dont nous faisons partie, identifie le patriarcat comme le système d’oppression des femmes et le capitalisme comme le système d’exploitation d’une immense majorité de femmes et d’hommes par une minorité.
Ces systèmes se renforcent mutuellement. Ils s’enracinent et se conjuguent avec le racisme, le sexisme, la misogynie, la xénophobie, l’homophobie, le colonialisme, l’impérialisme, l’esclavagisme, le travail forcé. Ils font le lit des fondamentalismes et intégrismes qui empêchent les femmes et les hommes d’être libres. Ils génèrent la pauvreté, l’exclusion, violent les droits des êtres humains, particulièrement ceux des femmes, et mettent l’humanité et la planète en péril.
Nous rejetons ce monde !
Nous proposons de construire un autre monde où l’exploitation, l’oppression, l’intolérance et les exclusions n’existent plus, où l’intégrité, la diversité, les droits et libertés de toutes et de tous sont respectés.
Adopté à la 5ième Rencontre internationale de la
Marche mondiale des femmes au Rwanda
le 10 décembre 2004
en savoir plus:
http://www.marchemondialedesfemmes.org/publications/
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 11:20
motivé-e-s, motivé-e-s…
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 12:08
L’ évolution du feminisme à travers la chanson
Commentaire de Mickaël
Date: 5 octobre 2010, 17:00
il y a plus de pauvres que de riches niveau financier alors ça changera dans plus de 50 ans sauf si une guerre mondiale égalise les chances.
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 17:49
Dissonances culturelles et distinction de soi
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 18:23
Rhétorique publique, éthique et stigmates
Une Femme
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 18:38
La plus belle page du monde.
Commentaire de tchikoito
Date: 5 octobre 2010, 20:01
assez sérieusement, je suis excité depuis 5 jours sur cet article
Commentaire de tchikoito
Date: 6 octobre 2010, 10:46
Un long cheminement Historique
http://fr.wikipedia.org/wiki/Olympe_de_Gouges
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/sommaire.asp
en devenir
Commentaire de le père
Date: 6 octobre 2010, 13:00
je rêvais d’une fille unique comme dieu rêva d’un fils unique, et maintenant, je rêve libération feminine comme Dieu rêva résurrection.
Commentaire de frmwa
Date: 7 octobre 2010, 14:09
Tiens j’en profite pour évoquer l’affaire de l’exposition Larry Clark interdite aux moins de 18 ans sur décision de la mairie de Paris - quoique Clémentine Autain n’y exerce plus de responsabilité au cours de cette mandature.
“Ce qui était facile il y a vingt ans pose problème aujourd’hui” a dit B. Delanoë.
Et on constate bien des évolutions allant dans ce sens, parmi les divers mouvements féministes ou se prétendant tels, qui font chorus avec les voix les plus rétrogrades pour bâillonner l’expression artistique sous les prétextes les plus divers mais au premier rang desquels la lutte contre le machisme, qui prend bien vite des allures de croisade.
Je me souviens notamment de Canadiennes déchaînées contre “Irreversible” de Gaspar Noë. Pour ne pas évoquer non plus les velléités d’abandon de la mixité à l’école et j’en passe.
Commentaire de le père
Date: 8 octobre 2010, 9:46
Interdire aussi la poésie ?
Plus les femmes seront cultivées mieux elles se défendront face à l’utilisation cupide qui est faite de leurs personnes, et tant mieux si elles peuvent prendre une certaine avance sur “nous les hommes”, dans la prise de conscience de ce qui est “viol” dans la chosification de l’humain, mais “leur combat” devrait être perçu comme l’un des fronts nécessaires de l’émancipation du genre humain…menacé par l’utilitarisme capitaliste à courte vue.
S’émanciper de “quoi”? peut-être de ce que la vision nitchéenne de “l’homme” trahit:
quand elle dit: “deviens ce que tu es”, proposant en fait un conservatisme soucieux de ramener l’espèce loin de sa disgression “inattendue”: l’émancipation de ce dans quoi on a été empêché, sali, chosifié, plaqué au sol du caniveau , de la fatalité et des préjugés inamovibles.
Il est temps que les moutons noirs organisent l’ouverture des champs clos de l’histoire: l’humanité de l’avenir sera nomade, exploratrice, aventurière, chercheuse, rêveuse, provocatrice, irrespectueuse et utopiste…Bref, révolutionnaire…ou ne sera pas !
Commentaire de frmwa
Date: 8 octobre 2010, 23:45
“l’humanité de l’avenir sera nomade…”
ça me rappelle une réplique de Gengis Khan dans la superproduction “Mongol”
“Je disciplinerai mon peuple, dussé-je en massacrer la moitié”
Souvent ceux qui ont des projets révolutionnaires pour l’humanité s’en tiennent à cette première partie du programme
Commentaire de pente à long cours
Date: 10 octobre 2010, 12:29
Toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l’autorisation…(…) Cette autorisation ne peut être donnée qu’au vu d’un certificat d’un officier de santé… “, indique ainsi l’ordonnance du Préfet de Police de Paris datant du 26 brumaire an IX (17 novembre 1799). Obsolète, dites-vous ? C’est en tout cas l’avis des élus Verts et communistes au Conseil de Paris qui ont demandé, lundi, l’abrogation de ce texte incongru, mais toujours en vigueur, à la Préfecture de police, seule habilitée à le faire. La Préfecture de police refuse l’abrogation… Donc désolé mesdames, mais l’autorisation de porter le pantalon vous est toujours refusée !





Commentaire de frmwa
Date: 4 octobre 2010, 21:59
On aimerait bien savoir justement, quels sont ces enjeux féministes importants laissés de côté au nom des compromis nécessaires, quels sont ces compromis et pourquoi ils sont nécessaires.