Santé ! Les étrangers démunis trinquent… (chronique France Culture)
L’adoption en première lecture de la loi Besson, mi-octobre, n’y a pas suffi. Il fallait réduire plus encore les droits des étrangers. Mardi, au détour du vote à l’Assemblée nationale du projet de loi de finances, la droite a poursuivi son grand œuvre visant à fragiliser les étrangers les plus démunis pour mieux les stigmatiser et les chasser. Mardi, c’est l’AME qui a été touchée. L’Aide Médicale d’Etat (AME) permet à un peu plus de 200.000 étrangers en situation irrégulière, gagnant moins de 634 euros par mois et vivant sur notre territoire depuis au moins trois mois, d’être pris en charge à 100% pour leurs soins médicaux. Les députés ont voté l’instauration d’un droit d’entrée annuel, sous forme de timbre fiscal de 30 euros par an pour les bénéficiaires majeurs. Ils ont également limité la notion d’ayants droits aux conjoints et enfants et diminuer le panier de soins à des actes dont le service médical rendu est jugé moyen ou important. L’exposé des motifs, qui est un festival de perles douteuses, précise que cela exclut les cures thermales ou le traitement de la stérilité. Les sans-papiers viennent en France pour nos balnéothérapies, c’est bien connu… Ca prêterait à sourire si l’affaire n’était pas si grave. Le député UMP Dominique Tian, des Bouches-du-Rhône, a même proposé de limiter l’AME aux seuls soins urgents. Amendement refusé par le gouvernement. Pour défendre sa proposition, il a fait valoir que les étrangers en situation irrégulière profitent « d’opérations de confort comme la chirurgie esthétique ou de soins non vitaux comme les fécondations in vitro ». Comme si les bénéficiaires de l’AME n’étaient pas avant tout dans une logique de survie. En réalité, la peur de l’administration, les barrières de la langue ou la grande précarité rendent l’accès aux soins déjà extrêmement difficile pour ces personnes. Mais voilà le fond idéologique : les sans-papiers sont des profiteurs. Ce sont des fraudeurs et ils coûtent chers. Le député socialiste Jean Mallot, accusant la majorité de chasser sur les terres du FN, a fait remarqué que l’AME ne représente que 0,1% du déficit de la sécurité sociale. Le député Dominique Tian est allé plus loin encore en affirmant que « l’AME donne plus de droits à un étranger en situation irrégulière qu’à un étranger en situation régulière ou à un Français qui cotise à la sécurité sociale. C’est inadmissible ». C’est surtout totalement faux, comme a bien été obligée de lui rappeler la ministre en charge du dossier, Roselyne Bachelot. La CMU offre des prestations supérieures à l’AME, ce qui constitue déjà une discrimination. Les députés UMP et du Nouveau Centre viennent donc d’ajouter le ticket à 30 euros. 30 euros, pour l’instant ! On imagine comment les années suivantes, il sera facile d’augmenter le tarif en arguant des contraintes budgétaires. Le ticket d’entrée payant, c’est une barrière de plus à franchir qui va réduire un peu plus l’accès à la santé des populations vulnérables. L’enjeu est sanitaire et social : il faudrait plutôt consolider le parcours de soin pour ces personnes. Et ce d’autant que la prise en charge d’une maladie grave est plus coûteuse que la prévention. Et limiter le droit à la santé, c’est contrevenir à la déontologie médicale et aux valeurs humanistes minimales portées par les traités internationaux. Nous le savons, la France nourrit des inquiétudes à l’étranger sur cette question. Comme le dit si bien l’un des députés UMP qui a refusé de voter la loi Besson, Etienne Pinte, « quand le droit des étrangers devient un droit d’exception, c’est le droit tout court qui régresse ».
Posté le 4 novembre 2010
Commentaires (2) |
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Commentaires
Commentaire de Shaoui
Date: 6 novembre 2010, 17:22
Pendant ce temps, l’impunité est décrétée au profit des “conseillers” du président;
Drôle de démocratie………..totalitaire,à l’opposé des idéaux de 178………….;





Commentaire de jpa
Date: 5 novembre 2010, 8:39
Belle chronique avec de puissants arguments de fond, Clementine
Et pendant ce temps là, de maniere paradoxale et surtout honteuse, des affairistes, dont certains sont des medecins esthetiques justement, sont en train de prendre en gerance de gros centres de santé parisiens, pendant que Delanoë, Le Guen et consorts regardent ailleurs.
Leur but?
Recruter pour leurs cliniques privees en secteur 2 et hors nomenclature
Ce mercantilisme lamentable fout la nausee au medecin que je suis.
on en reparlera.