ca.png ca.png ca.png

Buzz

ca.png ca.png

Les    lus :

Méta

Archives

Rechercher:


Les temps sont durs… (Chronique France Culture)

Puisque « c’est la crise et que chaque concitoyen doit faire des efforts », comme on nous le rabâche ces derniers temps, et puisque la rigueur est devenu un maître mot des politiques publiques à travers l’Europe, comment ne pas jeter un coup d’œil sur la santé des grandes entreprises ? Leurs résultats du premier semestre 2010, tombés en octobre dans le quotidien Les échos mais peu relayés dans les médias, étaient déjà savoureux. Les chiffres que l’on pouvait lire hier dans Libération, qui consacrait sa « Une » aux profits des grands groupes (« le CAC 40 contre l’emploi »), finissent de peindre un tableau édifiant. La finance pleurait sur son sort depuis la crise des subprimes… Elle n’a plus besoin de kleenex.

 

Réveillez-vous bien, les sociétés du CAC 40 ont engrangé 41,5 milliards d’euros de bénéfices, soit une hausse de 87% sur un an. Allez, je vous la refais, non, vous ne rêvez pas, vous êtes sur France Culture, il est 7h27 : les entreprises du CAC 40 ont vu leur bénéfice augmenter de 87% en un an. Et les banques s’en tirent bien, avec BNP-Paribas en deuxième place dans le palmarès, derrière Total. Ces sociétés avaient dans leur caisse, au mois de juin, 146 milliards de trésorerie. Et hop dans la poche des actionnaires…

 

La mécanique n’est évidemment pas si simple. Les bénéfices ne sont pas les dividendes. Mais en l’occurrence, c’est bien la part des salariés qui reste introuvable dans la répartition des gains de productivité. En effet, je ne vous fais pas un dessin sur la stagnation des salaires, qui traduit l’injuste partage de la plus-value : la question (mal nommée) du « pouvoir d’achat » est dans toutes les têtes. Je ne vous apprends rien non plus sur les suppressions d’emploi : les licenciements collectifs, pudiquement rebaptisés « restructurations », comme le chômage campent aussi dans nos neurones. Il n’y a qu’à voir le gonflement des files d’attente à Pôle Emploi, où l’on annonce pourtant la suppression de 1.800 emplois - surréaliste. Mais on vous répète que c’est la crise. Les grands groupes ont d’ailleurs mis la main à la pate en supprimant près de 40.000 postes en cinq.

 

Tout cela confirme la détérioration du rapport capital/travail. La réduction des effectifs des grandes entreprises, notamment par le jeu des délocalisations permettant de jouir d’une main d’œuvre à bas coût, est une façon de dégager des bénéficies pour augmenter les dividendes des actionnaires. Le candidat du « travailler plus pour gagner plus » n’a rien arrangé, bien au contraire. Car cerise sur le gâteau, rapportée dans le dossier de Libération : en 2009, les entreprises françaises ont pu se régaler de 172 milliards d’euros d’exonérations fiscales et sociales – pour l’ordre de grandeur, ça fait grosso modo plus de huit fois le trou de la sécurité sociale la même année. Et ce ne sont pas les PME qui profitent du gros de ces ristournes, loin s’en faut.

 

Il n’y a pas de morale dans cette histoire. Ces derniers chiffres donnent des repères simples et clairs dans un monde brutal et complexe. Tout fonctionne comme si nous le savions, nous trouvions majoritairement cela injuste mais nous ne trouvions pas l’issue pour sortir des règles du jeu du capitalisme financier. Michel Rocard reconnaissait la semaine dernière sur ce plateau qu’il n’était pas sûr que l’on s’en sorte par la négociation, sa méthode, conforme à l’option sociale-démocrate européenne, mais qu’il faudrait sans doute du conflit. A la bonne heure…

Commentaires

Commentaire de ussor
Date: 11 novembre 2010, 16:49

Bonjour cher Clèmentine

Autant lire votre prose qu’être aveugle,comme on dit !
Nous sommes en crise depuis 2007 suite aux fameux ” subprimes “qui ne sont que des crédits à perte consentis par les banques américaines à leurs clients tout en sachant qu’ils seront incapables de rembourser la totalité du prêt accordé.
Puis ces crédits ” mortages” ont été titrisés comme de simples actions et vendues dans la monde entier.
Nous avons donc a faire là à une crise Mondiale et non propre à la France comme vous semblez essayer de le faire croire.
Un actionnaire touchant un dividende d’une société X ou Y n’est pas un truand mais juste quelqu’un qui par l’apport de son argent fait tourner l’industrie et reçoit un dividende comme un remerciement de la société à laquelle il a fait confiance.
Rien de blâmable en vérité !!
Les sociétés au nombre de 40 faisant partis du CAC ont nullement fait des chiffres d’affaires si excessifs que vous le prétendez,vérifiez vos sources s’il vous plaît !!
Nous avons tous vu monsieur Michel Rocard à l’œuvre comme premier ministre de François Mitterrand et gouverner à grands coups d’Article 49/3 (pour être certain de faire passer tout ce qu’il voulait sans risques de la part de la majorité Socialiste),façon très facile de mener les affaires s’il en est.
Je vous laisse cette ” sociale-démocratie ” avec ses dogmes et idées d’un autre âge,il faut savoir changer et suivre son temps sinon c’est un tout droit dans le mur que ceux qui suivent ces idées vont s’envoyer !!

Commentaire de gravey
Date: 11 novembre 2010, 22:24

Tout à fait d’accord avec vous ! ne serait-il pas temps de lancer ( et de défendre…) l’idée d’un revenu maximum ( salaire + revenus immobiliers + actions…) pour mettre fin à ces abbhérations financières ? Tout ce qui serait au-dessus de ce revenu irait dans le pot commun. Évidemment, il faudrait pour être efficace que ce soit au niveau mondial, mais il faut bien commencer quelque part…et je ne comprends pas qu’aucun parti politique ne mette en avant une idée comme celle-là. Cela pourrait être la clef de voute d’un programme ambitieux au niveau économique, social et humain.

cordialement

cyril gravey

Commentaire de luc
Date: 12 novembre 2010, 20:21

Les entreprises versent 10 fois plus à leurs salariés et à l’Etat qu’aux actionnaires.

Effectivement, chaque année, les entreprises versent 80 milliards d’euros aux actionnaires.

Mais elles versent aussi 500 milliards d’euros à leurs salariés.
Elles versent 260 milliards d’euros à l’Etat via les impôts.
Enfin, elles vont réinvestir 190 milliards d’euros.

Soit 760 milliards d’euros pour les salariés et l’Etat.

Evidemment, ceux qui touchent l’essentiel des dividendes sont peu nombreux, c’est pourquoi ils sont très riches.

Voir Rémy Prud’homme, professeur d’économie à PARIS XII
Partage de la richesse produite : de quoi parle-t-on ?
http://www.debateco.fr/content/partage-de-la-richesse-produite-de-quoi-parle-t

Il faut ajouter que les capitaux investis dans ces entreprises ont plus que doublé passant de 831 milliards en 1993 à 1815 milliards en 2006.

http://www.ifrap.org/Rapport-Cotis-attention-aux-confusions-sur-les-dividendes,1226.html

Commentaire de elhierro
Date: 13 novembre 2010, 22:25

ussor a dit
“Un actionnaire touchant un dividende d’une société X ou Y n’est pas un truand mais juste quelqu’un qui par l’apport de son argent fait tourner l’industrie et reçoit un dividende comme un remerciement de la société à laquelle il a fait confiance.”
ah ah ah.
En ces temps de diabolisation du salarié qui en a marre de travailler comme un boeuf, dites-moi combien d’heures par semaine il fait, l’actionnaire ? Et combien de trimestres cotise t-il pour les retraites ? Ah, pardon, c’est vrai, il n’a peut être pas besoin de 985 Euros par mois après une vie travail. D’ailleurs, il se reposerait de quel travail ?
Et d’où tient-il ses centaines de milliers d’euros, pour les jouer au casino (a la bourse) ?
Et comment appelez-vous un actionnaire dont un fonds de placement investit quelques millions d’euros dans une multinationale à 9h13 et qui revend le tout à 9h17, après avoir empoché une plus-value ? C’est pas du vol légal, ça ?

Commentaire de Julien
Date: 14 novembre 2010, 1:21

@ussor,

Vous écrivez:
“Un actionnaire touchant un dividende d’une société X ou Y n’est pas un truand mais juste quelqu’un qui par l’apport de son argent fait tourner l’industrie et reçoit un dividende comme un remerciement de la société à laquelle il a fait confiance.”
Non, ceux qui font tourner l’industrie ce sont les travailleurs. L’actionnaire encaissent le fruit de leur sueur. Le riche a besoin du pauvre et non le contraire. Cette croyance très répandue que vous reprenez à savoir que les riches sont utiles etc. est une illusion. D’où vient la richesse ? Du capital ou du travail ? Le capital ne produit rien. De plus les actionnaires sont la plupat du temps des gens de bonne famille qui sont nés avec une cuillière dans la bouche. Le banquier qui fait fortune en ramassant des ficelles est un mythe faux aujourd’hui. Le capital est une mise en réseau entre personne issues des mêmes milieux sociaux très fermés. Aucun mérite là dedans. Juste une reproduction de la fortune de papa et maman.

Commentaire de jcmig
Date: 14 novembre 2010, 11:05

le slogan que Sarko a volontairement erroné était :
” Travaillez plus pour gagner plus …pour les actionnaires”
Non M.USSOR, il ne faut pas vivre avec son temps à tout prix. Alors si celui-ci est pourri il faut continuer à être pourri ? et c’est bien le cas toute cette finance est pourrie. Et vous semblez oublier une chose Monsieur, c’est que ce sont les ouvriers qui font tourner les usines et non les actionnaires. Ils ne se salissent pas beaucoup les mains ceux-là. Vive les coopératives ouvrières.

Commentaire de Mickael
Date: 16 novembre 2010, 11:39

Il y a toujours des millions de personnes qui meurent de faim.

Pourquoi toujours ?

Commentaire de André de Lorgues
Date: 17 novembre 2010, 9:34

Pas grand chose a changé depuis 1819 : Saint Simon présente son idée fondamentale sur la société à travers une parabole célèbre qu’on retrouve dans son texte L’Organisateur. En voici le contenu.

Si la France perdait ses cinquante meilleurs physiciens, artistes, militaires et entrepreneurs, elle ne s’en remettrait pas.

« Comme ces hommes sont les Français les plus essentiellement producteurs, ceux qui donnent les produits les plus importants, ceux qui dirigent les travaux les plus utiles à la nation, et qui la rendent productive dans les sciences, les beaux-arts et les arts et métiers, ils sont réellement la fleur de la société française ; ils sont, de tous les Français, les plus utiles à leur pays, ceux qui lui procurent le plus de gloire, qui hâtent le plus sa civilisation ainsi que sa prospérité ; la nation deviendrait un corps sans âme à l’instant où elle les perdrait, elle tomberait immédiatement dans un état d’infériorité vis-à-vis des nations dont elle est aujourd’hui la rivale, et elle continuerait à rester subalterne à leur égard tant qu’elle n’aurait pas réparé cette perte, tant qu’il ne lui aurait pas repoussé une tête. »

Ensuite, « admettons que la France conserve tous les hommes de génie qu’elle possède dans les sciences, les beaux-arts et les arts et métiers, mais qu’elle ait le malheur de perdre, le même jour, Monsieur, frère du roi » la cour et toute la noblesse.

« Cet accident affligerait certainement les Français parce qu’ils sont bons, parce qu’ils ne sauraient voir avec indifférence la disparition subite d’un si grand nombre de leurs compatriotes. Mais cette perte de 30 000 individus, réputés les plus importants de l’État, ne les affligerait que sous un rapport sentimental, car il n’en résulterait aucun mal politique pour l’État.

D’abord, par la raison qu’il serait très facile de remplir les places qui seraient devenues vacantes : il existe un grand nombre de Français en état de remplir les fonctions de frère du roi aussi bien que Monsieur ; beaucoup sont capables d’occuper les places de princes tout aussi convenablement que Mgr le duc d’Angoulême, que Mgr le duc d’Orléans.

(…) Ces suppositions font voir que la société actuelle est véritablement un monde renversé (…) puisque (…) dans tous les genres d’occupation, ce sont des hommes incapables qui se trouvent chargés du soin de diriger les hommes capables, que ce sont, sous le rapport de la moralité, les hommes les plus immoraux qui sont appelés à former les citoyens à la vertu, et que, sous le rapport de la justice distributive, ce sont les grands coupables qui sont préposés pour punir les fautes des petits délinquants. »

Le sens de la parabole est clair : la noblesse ne peut que nuire au progrès des sciences et de la société. De plus, Saint Simon souligne la primauté des forces économiques et des producteurs dans la société.

Ecrire un commentaire Règles de conduite