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Révolution ? (Chronique France Culture)

Le vent frais de Tunis et du Caire contribue au retour de l’imaginaire révolutionnaire. Avec son acteur principal, le peuple qui se trouve loué, encensé, légitimé pour l’occasion. Preuve s’il en est que le rapport de force idéologique se modifie sur ce terrain. Même le Président de la République, dont on connaît l’adage « ce n’est pas la rue qui gouverne », a du rendre hommage au soulèvement dans le monde arabe. Tardivement, certes, mais il l’a fait dans son allocution dimanche dernier : la bascule a valeur symbolique, surtout après tant d’années de bons et loyaux services auprès de dictateurs de tout poil. Bref ! Les temps changent… Au point que le mot « Révolution », qui semblait obsolète et qui apeurait il n’y a pas si longtemps, devient en quelque sorte tendance. « Peuple », « capitalisme », « lutte des classes », « oligarchie » : ce vocable s’invite dans le langage médiatique, là où l’« opinion », la « régulation », le « mérite », « l’équité » ou la « gouvernance » se paient d’habitude la part du lion, renvoyant la culture marxiste au rayon histoire. Il n’est pas anecdotique que, dans notre monde moderne, le Capital de Marx soit sorti en manga – et il part plus vite que prévu dans les librairies ! – ou que Bruno Gaccio, le père des Guignols de l’info sur Canal +, appelle la Révolution de ses vœux dans un récit authentique paru chez Descartes et Compagnie. Qui l’eut cru…

L’intellectuel trotskyste Daniel Bensaïd invitait, il y a une dizaine d’années, à résister à l’air du temps. Aujourd’hui, on se demande si ce n’est pas plutôt l’air du temps qui est à la résistance. Alors même que la « Fin de l’Histoire » semblait avoir sonné, que le capitalisme avait mis K.O. les régimes socialistes, l’idée d’une rupture avec l’ordre dominant revient en force. Les crises économiques, sociales, environnementales, démocratiques n’y sont évidemment pas pour rien. On sent dans la société un mélange d’essoufflement des systèmes en place et d’exaspération, d’inquiétudes du plus grand nombre, mélange qui peut évidemment donner le pire ou le meilleur. Si l’esprit critique est dans l’air du temps, encore faut-il qu’émerge une pensée moderne de la révolution. C’est toute la question de la cristallisation politique et de la perspective – question qui se pose chez nous mais aussi dans le monde arabe, même si ce n’est évidemment pas dans les mêmes termes. En la matière, les XIXe et XXe siècles ont apporté leur lot de certitudes et d’expériences, souvent dramatiques. Depuis, l’idée du grand soir, du parti d’avant-garde ou de la prise de pouvoir par la violence armée a pris du plomb dans l’aile. Si les méthodes d’hier ont vécu, alors comment fait-on la Révolution au XXIe siècle ? Pour donner de la substance à l’air du temps, c’est la stratégie révolutionnaire qui mériterait d’être sérieusement traitée. Quelques questions pêle-mêle pour donner l’ampleur du chantier : que faut-il aujourd’hui révolutionner (par exemple, l’émergence du féminisme ou de l’écologie posent à la tradition du mouvement ouvrier de sérieuses questions d’articulation des combats émancipateurs) ? Par où passe la Révolution, quel est le rôle de l’organisation politique, la Révolution se joue-t-elle avant tout sur le terrain des idées, dans la rue ou dans les urnes ? Quelle en est sa temporalité, dès lors que l’on ne croit plus au grand soir ? Quel est le sujet de l’émancipation, étant entendu que la figure de l’ouvrier n’est plus en mesure d’incarner le peuple d’aujourd’hui ? Comme l’a brillamment montré Razmig Keucheyen dans Hémisphère gauche. Une nouvelle cartographie des pensées critiques, paru chez Zones il y a quelques mois, les théories critiques contemporaines pêchent par leur absence de réflexion stratégique. La déconnexion entre les espaces proprement politiques et le monde des chercheurs n’y est pas pour rien. Or, pour que le projet révolutionnaire trouve du souffle et puisse s’ancrer dans la durée, ne faut-il pas une mobilisation conjointe, inédite, des acteurs politiques, associatifs, syndicaux, culturels et intellectuels sur les conditions et le projet de transformation sociale et écologique ? C’est sans doute l’une des conditions pour tomber du bon côté de l’alternative autrefois posée par Rosa Luxembourg : « socialisme ou barbarie ».

Commentaires

Commentaire de frmwa
Date: 4 mars 2011, 10:38

Oui, ça fait beaucoup de questions. Moi je repose la mienne, à propos des révoltes iraniennes. En quoi sont-elles moins “révolutionnaires” que celles du monde arabe auxquelles on assiste ?
Quelles sont les raisons (théoriques ou autres) de la différence de traitement et de considération dont elles font l’objet ici ?

Commentaire de rosette
Date: 4 mars 2011, 12:05

Curieusement pas un mot dans nos médias, chez nos politiques ou chez les intellectuels bien pensants “des jésuites de l’islam”, les missionnaires de Fethullah Gülen- exilé notamment aux USA en 1999 pour s’y faire soigner.

Réseau musulman le plus puissant du monde, les missionnaires de Fethullah ont fait de l’Afrique une priorité , de Dakar à Zanzibar.

En 1998, Fethullah Gülen était reçu par le pape jean - paul ll au Vatican. Aux états unis, il a établi de solides contacts avec les communautés juives et chrétiennes. Le père jésuite Thomas Michel préface régulièrement ses ouvrages. Fethullah Gülen s’est rendu à Jérusalem devant le mur des lamentations, ce qui lui vaut une haine farouche des islamistes radicaux.
Il puise son inspiration dans les traditions anatoliennes et dans le soufisme pacifique de Rumi , fondateur de l’ordre des derviches tourneurs.
Trois millions de membres en Turquie qui ont inféchi à plusieurs reprises la politique d’Erdogan par leur journal le Zaman par exemple lors de l’éventualité du port du foulard dans les universités.
En Turquie - pays qui va voir son rôle renforcé au plan international et qui aurait dû être accepté dans l’union européenne si nos politiques avaient été un peu moins cons - des centaines d’établissements sont estampillés Gülen - collèges, lycées, une université à Istanbul - . On en trouve dans 110 pays, du Chili à la Papouasie- Nouvelle- Guinée en passant par le Nigéria, la Norvège , la Chine ou l’Australie . Seule la Russie fait exception.

En 2007, une dizaine d’établissements ont été fermés à Saint-Pétersbourg. L’éducation est au coeur du système, l’intellectuel Gülen qui ne veut pas construire de mosquées, y a gagné un surnom: le maître d’école de L’islam, son mot d’ordre ” la priorité, c’est l’éducation “.
On nous rebat les oreilles à longueur de journées avec l’islam radical afin de justifier les guerres à faire; mais jamais un mot, jamais sur cet autre islam plus constructif.

Rosette , laïque , athé, social libertaire mais pas trop.

Commentaire de Mickael
Date: 4 mars 2011, 19:48

tous ripoux ?

Commentaire de joseph Lamer
Date: 9 mars 2011, 9:16

Pour le moment ça démarre très mal: il suffit d’écouter le “commandante-bruit-et-fureur” autrement dit Mélenchon qui se contente de critiquer de façon grossière les journalistes et qui légitime Madame Le Pen dans un débat complètement à coté de la plaque pour se rendre compte que ça démarre très mal. le dépecage du NPA par le Parti de Gauche montre combien tous ces “politiciens” se moquent de l’unité.
La révolution se fera à partir d’anonyme. Le temps des leaders qui guident est terminé.

Commentaire de Emeric
Date: 10 mars 2011, 4:11

L’alternative de Luxembourg, un siècle après, a salement vieilli: “socialisme ET barbarie”. Des exemples trop nombreux pour être fortuits l’ont rendu désuète. Faut penser à autre chose, où le socialisme doit avoir sa place, mais seulement sa place.

Commentaire de Aubert Dulac
Date: 28 mars 2011, 13:46

Emeric, la Place Rouge, la place Tian’anmen : le Socialisme dit Réel, n’est-ce pas, a cru avoir ses places… de célébrations diverses et variées… Quant à « Joseph Lamer » (si c’est un pseudo, c’est bien trouvé), …je vous laisse l’idée de grossièreté, c’est votre propos qui est… déplacé !…. Vous vous inscrivez dans cette même filière d’inversion des rôles, dans le « débat » que Jean-Luc Mélenchon a cristallisé. Que vous lui déniez un autre statut que de « politicien » est une chose, que vous alliez jusqu’à prétendre qu’il légitime la mère Le Pen relève de la même lâcheté et de la même infamie que celle de journalistes qui se voudraient eux-mêmes innocents et inattaquables… Qui en l’espèce se moque de l’unité ?… Par ailleurs, votre propos pose une question : en passant, …je suppose que vous vouliez mettre un « s » à anonymes. C’est la moindre des choses quand on se réclame du plus grand nombre, à l’encontre des « politiciens » !… Il n’empêche qu’une question se pose : la révolution a-t-elle besoin de POLITIQUE, et donc de démocratie, et donc de représentants ?… Comment des idées peuvent-elles prendre corps sans s’incarner ? …C’est le néolibéralisme qui pousse à l’individualisme forcené, qui veut que nous restions des anonymes, ne représentant que nous-mêmes, devant l’employeur… C’est même Margaret Thatcher qui a déclaré en 87 que… la société n’existait pas, qu’il n’y avait que des individus, hommes ou femmes, et leurs familles !… C’est d’ailleurs parce que « les gens », comme on dit ressentent une « fracture politique », c’est parce qu’ils sont « atomisés », précarisés,… que cela légitime une vague marine aux profonds reflets marron… Et pas tout à fait de la faute à Mélenchon. Et donc, de quelle unité parlez-vous, d’uniquement celle qui résulterait des luttes, de l’auto-action des masses, du mouvement social ?… Voulez-vous à tout prix démontrer qu’en dehors de cela, tout ne relèverait que du vide politique ?… Qui est à côté de la plaque ? Je considère personnellement que spécialement depuis 2002, si la nécessité se pose d’apporter des réponses à la crise de la Politique, elle ne laisse personne indemne, et que, de ce point de vue, chacun doit commencer par balayer devant sa porte afin de résoudre l’ambiance trop souvent genre « auberge espagnole des culs tournés », à la gauche de la gauche… Le « débat » plutôt ancien sur « la délégation de pouvoir », nous sommes loin d’en être sortis, et ça ne se fera pas par des considérations simplistes…, en annonçant et en annonant qu’il n’y aura pas de sauveur suprême… Et en récusant finalement le fait que la Politique se joue sur une scène… Oui, la scène médiatique existe !… Il faut faire avec, et si possible intelligemment… Encore une fois, vous parlez d’anonymat, cela ne justifie pas les attaques …sans nom que Jean-Luc Mélenchon, en particulier, a subi, et va continuer de subir, afin d’interdire l’alternative… Aussi, je vous prie, ravalez vos procès d’intention !… Ni le NPA ni le PCF n’ont en l’occurrence ni à rêver d’un sauveur, ni à cauchemarder d’un prédateur venu de l’extérieur… Leur sort est leur affaire. Vous prétendez que ça démarre mal. L’important c’est de ne pas rester immobile.

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