« Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes » (Chronique France Culture)
Le mouvement « indignados » qui campe sur la Puerta del Sol à Madrid et ailleurs, depuis le 15 mai, est d’une fraîcheur et d’une modernité qui me ravit. Dans leur manifeste, les raisons de la colère s’y trouvent résumées en une phrase : « Les citoyens sont les rouages d’une machine conçue pour enrichir une minorité qui ne tient pas compte de nos besoins ». Entre les mots d’ordre de la rue radicalement critiques à l’égard du libéralisme et du consumérisme et le vote de dimanche favorable à la droite conservatrice espagnole, le décalage est saisissant. Ce qui le nourrit est connu : défiance à l’égard du « système », crise de la représentation, sentiment que droite et gauche mènent des politiques trop semblables, n’enrayant jamais la brutalité du capitalisme.Le débat s’ouvre – enfin – dans la gauche française sur la stratégie de mobilisation populaire, en vue de 2012. La Fondation Terra Nova vient de lancer un pavé dans la mare avec une note intitulée : « Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? » - Julie Clarini vous en parlait avec justesse la semaine dernière. Le think tank proche du Parti Socialiste propose comme stratégie centrale la conquête d’un nouvel électorat de gauche, composé de diplômés, de jeunes, de minorités des quartiers populaires et de femmes. Un parti pris qui, tenant à distance les ouvriers et les employés, en a fait bondir plus d’un. En outre, l’approche en termes de parts de marché pour faire le plein des urnes supplante celle de la dynamique politique à même de transformer la vie des gens. Le point de vue très technocratique n’est pas prêt de constituer une réponse au joli slogan espagnol : « Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes ». Dans un face-à-face publié dans l’Humanité lundi dernier avec Olivier Ferrand de Terra Nova, le communiste Olivier Dartigolles pointait – je cite - « la capitulation qui consiste à dire que la gauche n’aurait plus rien à proposer aux couches populaires ». Pour le dirigeant du PCF, il faudrait avant tout s’adresser au salariat, comprendre la division sociale du travail, mobiliser les ouvriers et les salariés. Olivier Ferrand lui répond que l’unité d’un front de classe est impossible car il y aurait deux classes populaires aujourd’hui : l’une intégrée, l’autre déclassée.Comme Olivier Dartigolles, je pense qu’aujourd’hui, le « peuple » désuni doit une nouvelle fois se rassembler : là est la clé d’une victoire politique à gauche, utile et durable. La force du mouvement ouvrier d’hier, c’était d’avoir unifié le groupe dispersé et éclaté des ouvriers autour d’une espérance, d’un projet de promotion collective et d’émancipation. Mais comme Olivier Ferrand, je crois essentiel d’analyser, de comprendre combien le peuple d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Ses activités, ses espaces, ses formes de culture ne sont plus les mêmes. Le mouvement espagnol ne se déploie pas dans l’usine mais sur la place publique, dans la ville. Contrairement à un certain discours ambiant, les ouvriers n’ont pas disparu – ils représentent toujours le quart de la population active - mais ce groupe social s’interpénètre de plus en plus avec les autres fragments des classes subalternes, comme les employés. Au fond, les « ouvriers » déclinent mais le « peuple » grandit. Et ce qui peut produire de l’unité, c’est l’expérience de la précarité, de la flexibilité et de la détérioration des conditions de travail, qui touchent de plein fouet les jeunes, les femmes et les personnes issues de l’immigration. Autant d’éléments dont même les cadres ne sont pas épargnés. Comme l’indique le néologisme « précariat » issu de la sociologie, les notions de précarité et de prolétariat s’imbriquent de nos jours. Pression, stress, souffrances au travail, sentiment d’être jetables, mépris des savoir-faire… Tout cela devait atomiser pour que s’exerce au mieux la domination du capital. Mais, comme le montre l’exemple espagnol, ces réalités sont en train de rendre possible de nouvelles alliances, de stimuler à nouveau la polarisation sociale. A la fin de leur manifeste intitulé « Nous sommes des gens ordinaires », les « indignados » écrivent : « Nous sommes les moteurs du monde ». Comment mieux exprimer le sentiment d’appartenance collective et la conscience retrouvée des antagonismes sociaux ? On peut y voir un prélude à des victoires dans le champ proprement politique…
Posté le 27 mai 2011
Commentaires (16) |
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Commentaires
Commentaire de Alain Machefert
Date: 27 mai 2011, 16:48
1. Connait-on la structure “sociologique” des “indignados”? (Etudiants, ouvriers, cadres, employés?)
2. Marine Le Pen (Selon les sondages récents) arrive largement en tête du vote ouvrier (37%), et même, fait nouveau, du vote “emloyés” (32%) pour 2012. Si l’on ajoute les votes pour N.Sarkozy (15%), on peut dire que les ouvriers se rassemblent surtout …vers la droite.
3. “On peut y voir un prélude à des victoires dans le champ proprement politique…” Des victoires pour qui? Beaucoup de gens sont “paumés” et les votes récents en Europe ou aux USA (2010-Tea party), ont plutôt montré un progrés des idées nationalistes, xénophobes, ou anti-impôts.
Commentaire de DELAVANT
Date: 28 mai 2011, 0:01
Celui qui accepte de jouer à un jeu dont la règle a été fixée par son adversaire a perdu d’avance.
Commentaire de ABOUDIHAJ
Date: 28 mai 2011, 13:45
Bonjour,
Je suis tout à fait d’accord avec vous. Avez-vous remarqué que les médias ne donne pas à cet évènement espagnol la place qu’il mérite ? C’est frustrant.
Commentaire de medji
Date: 28 mai 2011, 14:36
en réponse a alain suite le spndage qui a donné 37% d’ouvrier pour le pen … est faux il a été démenti 15 jours apres sa parution,il a été effectué sur 185 ouvriers…. et puis le premier vore des ouvriers c’est l’abstention..
Sinon bravo a toi, clémentine, je suis revenu a la politique en septembre 2006 grâce a toi…aujourd’hui , j’attends que la fase rentre dans le front de gauche… te voir a coté de jean luc melenchon/piquet et laurent, ça donnera un coup de jeune un coup de féminisme..et surtout une volonté de rassemblement
Commentaire de frmwa
Date: 29 mai 2011, 12:19
On va d’enthousiasme en enthousiasme. Le printemps arabe, l’été espagnol…
Le peuple d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier, mais les professionnels en “peuple” et en révolution n’ont pas encore vraiment pigé et semblent très à la remorque des évènements. Les tergiversation PG, PCF ne sont pas vraiment le reflet des préoccupations de ceux qui se revendiquent “Indignés”
Et concrètement en Espagne, cette vague s’est soldée par une victoire massive de la droite aux municipales
Commentaire de Olivier Laurent
Date: 29 mai 2011, 16:59
http://www.youtube.com/watch?v=GSXixR16rmY&sns=fb
Je ne partageais pas l’opinion de ces manifestants…Mais c’est écoeurant à regarder. Certains vont y voir une lutte de classes.
Moi je vois que l’Etat c’est la violence légalisée, morale, fiscale ou physique. Au moins il y en a, au mieux c’est.
Commentaire de Mickael Ferrand
Date: 29 mai 2011, 17:18
Certaines n’ont toujours pas le choix des urnes.
Sexisme masqué contre intolérances religieuses.
Commentaire de cipriani
Date: 29 mai 2011, 17:52
Bonjour!
Ma crainte, pour avoir vécu le “tournant” de 1981, c’est que le PS n’arrive au gouvernement et à l’Elysée que pour restructurer les défaillances des trentes dernières années du systeme capitaliste (comme il le fit alors par rapport à la phase antérieure ) et relancer ainsi une phase nouvelle dans la domination du capital, l’internationalisation du marché du travail et l’exploitation des travailleurs comme, notamment, des travailleuses - lesquelles, de par leur condition féminne, sont, en France, d’ores et déjà condamnées au salariat jusqu’à 67 ans par une précarisation croissante et ce, de manière toujours plus majoritaire.
A ce propos, l’affaire DSK ne tombe pas comme un cheveu sur la “soupe”, mais est bien plutot révélatrice d’une tendance de fond - le viol des “masses” a, de tout temps et notamment dans les années 1930, été annonciateur et moteur d’une fascisation des sociétés… C’est à dire d’une attaque consciente à l’encontre du monde du travail et de ses acquis!
Bonne soirée!
georges
Commentaire de 123456789
Date: 30 mai 2011, 9:24
Ce qui réussit c’est le populisme, malheureusement. Le vôtre est déjà énorme mais il n’est rien face à celui de l’extrême droite.
Il y aurait un moyen pour affaiblir la droite dure : montrer que le populisme est une impasse fatale. Malheureusement vous faîtes le contraire. Vous caressez les populistes dans le sens du poil.
Commentaire de guilllot
Date: 30 mai 2011, 15:48
j’espère que Clémentine Autain ne s’illusionne pas trop sur la sincérité des propos du “communiste” olivier Dartigolles.
Il suffit de les comparer avec ses actes sur le terrain en Pyrénées Atlantiques, notamment à l’occasion des régionales en 2010 ! Le rassemblement ? Nous avons appris par les journaux qu’il était en train de constituer sa liste du FDG pour les régionales sur le 64, alors que le processus unitaires avec le NPA et la FASE était en cours (C Autain peut vérifier auprès de ses camarades locaux)!
Mieux encore: il annonce dans la presse, qu’il y a de fortes chances que des unitaires du NPA rejoignent les listes du fdg en Aquitaine (ce qui se révèla inexact).
Olvier Dartigolles fait aussi partie du groupe communise de la municipalité de Pau, celui qui avait voté en décembre 2009 la cession à titre gratuit d’un terrain au bénéfice d’une école privée d’ingénieur( dévoilé dans la presse locale ). Alors, entre ses propos et ses actes…
“Les ouvriers déclinent mais le peuple grandit”. Dans la commune de Paris en 1871, les lieux de politisation étaient les bistrots du quartiers, lieu de rencontre entre intellectuels, artisans et ouvriers. Les artisans ont joué un grand rôle dans le mouvement ouvrier naissant.
Commentaire de jpp
Date: 30 mai 2011, 16:36
Le peuple fait la révolution, mais c’est la bourgeoisie qui en définitive prend le pouvoir et le peuple en otage pour son plus grand profit à elle. Toutes les révolutions se sont passées comme cela, que ce soit en 1789 en France, en 1917 en Russie en 1959 à Cuba.
Les révolutions finissent toujours de la même façon !!!
Commentaire de Mickael Ferrand
Date: 1 juin 2011, 17:40
les jeux érotiques sont-ils devenus plus dangereux à cause du puritanisme ?
Commentaire de Gilbert Duroux
Date: 3 juin 2011, 3:08
Clémentine Autain : “On peut y voir un prélude à des victoires dans le champ proprement politique…”
Ben non, vous avez tout faux, Mlle Autain. Parce que les partis que vous dites “à gauche de la gauche” ne prennent pas davantage en compte les revendications spécifiques aux précaires que les partis de gauche conventionnels.
Commentaire de SCHEUER
Date: 7 juin 2011, 11:16
La mondialisation pratiquée aujourd’hui est une aberration économique, elle enrichie une minorité du monde, et appauvrie l’autre sans vergogne. Elle met l’argent au centre, et utilise une partie de l’humanité comme moyen d’en gagner toujours plus. C’est l’ultime outrage des nantis envers les plus défavorisés. Ils oublient sans doute l’adage, qui dit que ventre affamé n’a pas d’oreilles. Mais c’est aussi un désastre écologique, car on fabrique dans des pays à faible coup de main d’oeuvre, des biens que l’on rapatrie à l’autre bout du monde à grand renfort de CO2 dans l’atmosphère.
A quand un Président Français, qui proclamera comme Louis XIV ” La FRANCE c’est MOI ” et qui replacera les compétences de l’homme au centre et l’argent à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter, un moyen pour vivre décemment.
Ne laissons le monde aux mains des financiers;
attention puissants du jour la révolte pourrait se transformer en révolution.
Commentaire de Le Parisien Liberal
Date: 14 juin 2011, 9:26
pour lutter contre les effets nefastes de la domination du capital, est ce que votre journal embauche TOUS les jeunes dont il recoit le cv, sans tenir compte de contraintes type chiffre d’affaires, trésorerie etc ? Merci





Commentaire de Mickael Ferrand
Date: 27 mai 2011, 12:45
et ils vont se battre comme dans les films d’action contre les tueurs des machines à fric ?
l’humanité a signé sa fin depuis la seconde guerre mondiale.