I love educ’ pop’ (chronique France Culture)
Les associations de jeunesse et d’éducation populaire ont décidé de faire parler d’elles. Une campagne de promotion, labellisée « 100% éduc pop’ - fabrique de lien social », a été lancée il y a quelques jours via les réseaux sociaux. Son but : rappeler à chacun que l’éducation populaire nourrit nos vies et nos envies. Un spot vidéo invite à trouver quel est le lien entre un centre de loisir sur la côte vendéenne, un conseil de jeunes à Mulhouse, un cinéclub en milieu rural, une action d’alphabétisation au Havre et un repas de quartier à Fort-de-France. Le lien ? C’est qu’il s’agit d’actions d’éducation populaire. Alors, c’est vrai, le terme a pris un coup de vieux : dans nos représentations, il sonne un peu d’un autre temps et s’avère souvent mal compris, comme s’il était question de dire au peuple ce qu’il doit faire ou penser. Or, c’est une toute autre démarche : il s’agit de permettre au peuple de s’émanciper, c’est-à-dire de trouver en lui-même les ressources pour apprendre à lire le monde et à agir sur lui. Et en réalité, c’est un concept d’une modernité étonnante. A l’heure où l’on recherche les voix d’une démocratie renouvelée, d’une implication populaire pour mieux vivre ensemble, cette idée d’éducation populaire me paraît particulièrement féconde. « Instruire pour révolter » : c’était la formule de Fernand Pelloutier sous la troisième République faisant écho aux discours de Condorcet un siècle plus tôt. Car voilà, le creuset de l’éducation populaire fut bel et bien le mouvement ouvrier. L’héritage se situe du côté de la contestation radicale. L’âge d’or de l’éducation populaire a démarré avec Léo Lagrange, ministre du Front populaire, et s’est développé après-guerre, avec l’essor notamment d’activités complémentaires de l’école et de grandes fédérations - c’est par exemple, la Ligue de l’enseignement ou la Confédération des MJC. La professionnalisation des acteurs de l’éducation populaire, qui s’est imposée depuis les années 1980, fut d’abord incontestablement une bonne chose. Mais il y a eu un effet pervers : cela a encouragé des logiques consuméristes… En gros, les grandes fédérations répondent désormais massivement aux appels d’offre des collectivités territoriales. Ce travail est chronophage et a de fait modifier les comportements associatifs, incitant à répondre aux demandes des citoyens plus comme des consommateurs que des acteurs de loisirs. Dans le même temps, comme le climat politique à gauche n’a pas emporté l’enthousiasme pendant un certain nombre d’années, l’émulation intellectuelle collective a fait défaut. Autrement dit, les années 1968 étaient plus propices à l’imagination et à l’expérimentation hors normes. Depuis, l’éducation populaire s’est pour une part dépolitisée. Or nous avons besoin que des lieux en dehors de l’école favorise un travail d’émancipation individuelle et collective. Par la rencontre, le voyage, la pratique d’un art, l’intervention collective sur un territoire ou un sujet, l’intelligence se forge, se nourrit. L’expérience partagée créée du lien, là où la société capitaliste fragmente et divise. La pratique de l’éducation populaire vise à donner au plus grand nombre, et singulièrement aux vaincus du système, des outils d’intelligibilité du monde et des moyens d’intervenir sur leur environnement. Là peuvent être tentées d’autres formes d’apprentissage, échappant au classique rapport maître/élève et aux normes de l’institution. L’éducation populaire, c’est le lieu de la valorisation des savoirs de chacun et de l’expérimentation subversive. C’est le pari de l’intelligence du peuple. Comme le disait Raoul Vanegheim, « la créativité est par essence révolutionnaire ». Des acteurs de l’éducation populaire tentent au quotidien d’apporter des réponses, de conserver le souffle de cet état d’esprit. L’année dernière, j’avais participé avec quelques jeunes responsables associatifs à l’écriture d’un livre collectif, un peu de type manifeste, qui s’appelait I love éduc pop. 10 raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire. J’avais juste envie ce matin de vous dire qu’il existe autour de ce concept et ces pratiques un vivier, un potentiel immense pour changer nos vies.
Posté le 30 juin 2011
Commentaires (7) |
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Commentaires
Commentaire de 123456789
Date: 3 juillet 2011, 10:01
Vous me semblez de pas faire partie de ces obscurantistes…mais quand je lis que vous êtes “apparentée communiste” il me vient un doute.
Quand vous vous sentez proche du nouveau Marchais, le doute s’accentue.
Moi même j’avais de la sympathie pour ce parti, quand j’étais jeune, à la fin des années 70.
A quoi je devais cette sympathie ? à mon ignorance et à rien d’autre.
Il y a pire que moi : il y en a qui n’étaient pas ignorants et qui étaient sympatisants communistes voire militants. Quand on sais que des gens comme Souvarine (par exemple) étaient lucides dans les années 1920, on peut dire qu’on a échappé de peu à cette dictature.
Mais, vous, Clémentine, comment peut on être apparentée communiste en l’an 2000 ?
Si on veut défendre l’intérêt général, défendre une société dans laquelle ce n’est pas le chacun pour soi capitaliste qui domine, il faudrait être impitoyable avec cette erreur qu’à été l’option communiste.
Commentaire de 123456789
Date: 4 juillet 2011, 14:23
Encore une critique et après je n’aurais que du bien à dire de votre texte : quel dommage de soutenir cette horrible expression “éducation populaire” !
D’ailleurs vous le dîtes vous même “c’est comme s’il était question de dire au peuple ce qu’il doit faire ou penser”.
C’est exactement ça. Vous définissez le problème parfaitement bien.
Malheureusement il me semble que vous l’écartez trop négligemment en disant que c’est une mauvaise interpretation, une simple erreur.
C’est tout à fait légitime de penser qu’il s’agit d’une mauvaise interpretation mais cette erreur de compréhension est trop grave pour passer dessus comme si c’était un détail.
Si vous voulez mettre en valeur tous les aspects positifs (très nombreux), il faut mettre le paquet, au préalable, sur les erreurs qui ont converti une bonne idée en échec.
Il faudrait tout simplement avoir la même attitude qu’envers le communisme. Pour en défendre les valeurs il ne faudrait plus passer ses crimes pour de regrettables erreurs mais pour une véritable catastrophe.
A partir du moment où on comprendrait comment éviter l’engrenage qui y conduit, il serait possible de redonner envie de réfléchir aux avantages.
Commentaire de 123456789
Date: 5 juillet 2011, 15:04
Le peuple, c’est nous. Donc impossible pour moi de parler du peuple à la 3eme personne.
vous dîtes pleins de bonnes choses sur lesquelles il faut construire du débat :
1-il s’agit de trouver en nous-mêmes les ressources pour apprendre à lire le monde.
2-à l’heure où nous cherchons les voies d’une démocratie renouvelée, à nous impliquer pour mieux vivre ensemble.
3-nous avons besoin que des lieux, en dehors de l’école, favorisent l’émancipation individuelle.
4-références à 1968.
5-l’expérience partagée crée du lien.
6-donner au plus grand nombre, et singulièrement aux vaincus du système,des outils et des moyens.
7-tenter d’autres formes d’apprentissage.
8-la valorisation des savoirs de chacun.
9-faire le pari de notre intelligence.
Voilà de belles fondations sur lesquelles il ne reste plus qu’à construire.
Commentaire de 123456789
Date: 9 juillet 2011, 2:20
1-il s’agit de trouver en nous-mêmes les ressources pour apprendre à lire le monde
9-faire le pari de notre intelligence
La solution est en nous. C’est la conviction humanisme. Défendre l’humain (pas l’homme !) est un projet autrement motivant et fédérateur que le féminisme.
Commentaire de 123456789
Date: 9 juillet 2011, 3:04
Il me semble que ce qu’il y a de meilleur dans ce que vous dîtes, c’est que l’individu doit être l’acteur principal. Et que tout doit être tenté pour y parvenir (7-tenter d’autres formes d’apprentissage). Parce que la solution est en nous. Chacun détient une part de la solution collective (8-valorisation des savoirs de chacun)
2-nous impliquer pour mieux vivre ensemble : être acteur, c’est s’impliquer. Un acteur ne s’engage pas, il s’implique. Il a besoin de comprendre et d’assimiler ce qu’il fait.
4-références à mai 68 : dans le rapport traditionnel maître/élève, l’acteur principal est le maître que l’élève essaie de copier. Mai 68 bouscule ces traditions en essayant de faire de l’élève l’acteur principal qui agit, quitte à faire des erreurs. Le maître n’est là que (et ce n’est pas rien !) pour le sortir de ses erreurs.
2-à l’heure où nous cherchons les voies d’une démocratie renouvelée : l’électeur de base devenu acteur par son implication au débat.
3-favoriser l’émancipation individuelle en dehors de l’école : au travail surtout. il faut essayer d’éradiquer le travail subi. Le but dans la vie ne devrait pas être la retraite. Il faudrait vivre comme si nous allions “mourir sur scène”. C’est la plus belle fin. Mourir vivant, mourir debout. Etre acteur jusqu’au bout. Alors évidemment, il faudrait sortir de la logique du travail subi et de sa suite logique : la retraite bien méritée.
6-donner aux vaincus du système…: vous voyez bien qu’il n’y a pas besoin d’attendre le grand soir. Agir ici et maintenant. Pas pour la chute du sytème mais contre ses conséquences. Rien n’assure aux vaincus de ce système qu’ils seront mieux quand celui-ci sera abattu. Et rien ne dit qu’il sera abattu un jour. Donc oui, il faut commencer par donner aux vaincus. Et pas la charité mais des outls et des moyens. car la solution est en eux autant qu’en tout autre.
Commentaire de 123456789
Date: 9 juillet 2011, 11:16
5-l’expérience partagée crée du lien : c’est doublement vrai.
D’une part, celui qui a une expérience particulière dans un domaine particulier ‘et tout le monde en a au moins une)prouve bien qu’il a été impliqué dans cette affaire donc acteur.
S’il partage son expérience en impliquant l’autre à être acteur, il se crée un lien durable, le lien d’égal à égal entre deux acteurs. Contrairement au lien artificiel de hiérarchie qui lie l’acteur au spectateur.
D’autre part, le partage lui même est une nouvelle expérience entre les deux acteurs (celui qui partage une expérience antérieure et celui qui s’y implique dedans) qui renforce l’égalité due à la nouveauté de cette expérience.
C’est en fait le sentiment d’égalité qui crée du lien. On en revient aux référence de mai 68 (expérimentation, partage de cette expérience, imagination commune de nouvelles expérimentations, et ainsi de suite. C’est un cercle vertueux), aux références du pari humaniste, etc…
J’ai divisé en 9 points ce que je trouvais d’enthousiasmant dans votre texte. Je me rends compte que pour valoriser un point, j’ai besoin des autres. Ils sont liés entre eux.
En revanche, je ne pense pas que ce soit la faute du capitalisme si nous sommes fragmentés et divisés. Le capitalisme prospère sur cette situation mais ce n’est pas lui qui l’a créée. Il peut tout au plus essayer de la maintenir en place.
Ce qui fragmente et divise c’est le manque de confiance en autrui, c’est le manque de liberté qu’on accorde à l’autre.
C’est très important car ça veut dire qu’on se trompe d’adversaire. L’adversaire, c’est le manque de liberté dans notre propre “camp”.
Vous devriez en être consciente. Et semblant ne pas l’être ça ne m’étonne pas, du coup, que vos convictions fassent référence à ce parti communiste qui a entaché le passé de tant d’autoritarisme.






Commentaire de 123456789
Date: 1 juillet 2011, 15:04
Si je fais abstraction de ce qui relève de la phraséologie comico-pathético-révolutionnaire votre texte m’enchante.
En fait, il dit tout le contraire de ce que sous-entend la phraséologie en question. Elle, elle semble dire “tout est déjà ficelé depuis très longtemps. Il n’y a qu’à vouloir le grand soir. Qu’est-ce qu’on fera avec ? on fera ce qui a été écrit et qui n’attend que nous pour commencer. En attendant, on peut biensûr accélérer l’avénement du grand soir en convainquant les gens de nous faire confiance car nous avons raison, cela va de soi”
Tout le reste de votre texte (la plus grande partie) dit au contraire qu’il faut chercher la (et même les…) solutions.
Tout est à faire. Cet avenir meilleur est à inventer.
Et vous le dîtes ; cette construction doit reposer sur la confiance en l’humain.
A partir de là, en effet, tout sera différent. On peut être sûr que l’avenir sera meilleur mais on ne peut absolument pas dire qu’il sera de telle ou telle sorte.
Or les psycho-rigides qui gangraines la vie politique vous disent “un avenir meilleur, c’est comme ceci et pas comme cela. Si vous voulez cet avenir meilleur, vous signez là et après vous obéissez et fermez votre gueule”
Et ces étouffeurs de liberté empoisonnent autant le débat à gauche qu’à droite.
Ils ne sont pas d’accord de faire confiance en l’humain. Pour eux, il y a les humains qui ont raison et ceux qui ont tort. Pour eux, ceux qui ont raison ont le droit à la parole et ceux qui ont tort doivent petre contraint au silence.
Vous me semblez ne pas faire partie de ces obscurantistes.