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Le désir sinon rien (chronique France Culture)

fontanel.bmp C’est un roman qui m’a donné l’idée de vous parler ce matin du désir, un sujet au cœur de la panne républicaine me semble-t-il… Sophie Fontanel, dans L’envie, un court et joli roman qui s’impose en cette rentrée, porte délicieusement la question. Elle le prend à l’envers, si j’ose dire, à l’envers du temps présent, ou plutôt en amorce du temps d’après. Son livre, c’est l’histoire d’un parti pris, l’abstinence sexuelle, qui résonne comme une suprême provocation dans un monde où la jouissance est revendiquée, omniprésente, obsédante. A tel point que son personnage qui vit des années sans sexualité fait envie dans son entourage. C’est son originalité, sa liberté que l’on jalouse. C’est sa posture qui crée le doute et la confidence de quelques proches sur leur propre sexualité insatisfaisante, sur leur rapport à l’autre défaillant. Manière d’interroger le désordre du couple contemporain, à l’heure de l’émancipation des femmes et des divorces en masse. Manière de voir les dessous d’une liberté sexuelle proclamée, si haut et fort depuis 68, et qui se heurte au réel toujours pétri de douloureux rapports de domination, de conformisme, d’usure du désir. L’abstinence sexuelle fonctionne donc comme un miroir pour le couple et la sexualité d’aujourd’hui.
L’abstinence ou la sobriété contre la frénésie de la consommation, du trop plein, au risque de l’obscène, je le vois comme un moment social qui marque une rupture, comme un grand « stop » face à la désorientation de notre désir, à une certaine perte de sens et de saveur dans nos destins individuels et collectifs. C’est le miroir d’un doute sur cette liberté à tous les étages qui devait accompagner l’essor du libéralisme. Jouir de tout, tout le temps, dans l’instant : ce paradigme colle avec le rythme du capitalisme et ses courbes de rendement toujours plus gros, son appât du gain qui doit être plus rapide. Des provocateurs revendiquent ne pas vouloir consommer, ne pas vouloir jouir, en tout cas plus comme ça, et font de cette posture un acte de résistance. La comparaison avec ceux qui optent pour un mode de consommation totalement sobre, réduit au strict minimum, m’est apparue très vite. Car c’est une insolence, à l’heure où chacun cherche à gagner plus, souvent d’abord pour survivre mais aussi en vue d’acheter tout, en tout cas toujours plus ce que la société de consommation donne à voir partout pour mieux nous narguer, nous amener à cette fin, cette fin sans fin : consommer. A l’heure du sur-chômage, les militants du non-travail sont aussi de cette veine, ils interrogent le sens et le contenu du travail aujourd’hui. S’abstenir, l’attitude se développe également sur le terrain institutionnel. L’abstention aux scrutins électoraux marque une perte d’appétit pour la politique telle qu’elle existe. Et certains revendiquent leur non-vote, comme un acte de subversion. Cela ne signifie pas que l’envie de politique n’est plus mais que dans sa forme actuelle, elle n’est pas désirable. Tous ceux-là, tous ces abstinents sexuels, ces récalcitrants du consumérisme, ces militants de l’abstention, on les moque, on les regarde comme s’ils étaient d’un autre âge, d’un autre temps. Mais ils nous parlent d’un point de vue fondamental, qui est celui des exclus de la modernité. Ils sont le produit des défaillances contemporaines, et notamment de la perte de l’énergie libidinale, pour reprendre les termes de Bernard Stiegler. Et ils nous disent quelque chose de fondamental : le plus n’est pas toujours le mieux. Cette idée, chère au père de l’écologie politique André Gorz, est un point d’appui pour penser l’émancipation dans des termes rénovés. Au fond, comme Sophie Fontanel, ils ne rêvent que d’une chose : avoir envie. Une sorte de plaidoyer hédoniste à l’envers, pour un plaisir et une jouissance véritables.

Commentaires

Commentaire de Laurent Eyraud
Date: 5 septembre 2011, 17:23

Bravo et merci Clémentine ! Un peuple de déserteur qui ici dans notre petit bout d’alpes commence à devenir majoritaire…sisi…
des biz

Commentaire de frmwa
Date: 5 septembre 2011, 18:14

On voit ce que ce genre d’attitude donne aux États-Unis par exemple, et ça fait froid dans le dos. C’est la mode maintenant de prendre les contrepieds mais ce n’est qu’une mode.
Je préfère mille fois les films iraniens de Asghar Farhadi où l’on montre la soif de vivre irrésistible malgré les bâtons dans les roues qui sont mis par le pouvoir.
Beautiful City - La fête du feu - À propos d’Elly - Une séparation.
Un grand talent à des lieues de ces postures d’enfants gâtées.

Je conseille aussi la lecture de “Jeune fille” d’Anne Wiasemsky qui retrace son expérience de tournage avec Robert Bresson sur le film “Au hasard Balthazar”
Comment une jeune fille abandonne son statut d’enfant, trouve dans le désir la force qui lui permet à la fois de s’abandonner à la direction du réalisateur et de résister à ses avances. Et d’accomplir sa vie, sous le regard bienveillant de son grand-père François Mauriac.

Un rappel de cette période bien plus intéressant que ces très suspectes et commerciales velléités de retour en arrière pour bobos blasés.
Et un message résolument féministe par l’exemple et non par l’idéologie

Commentaire de 123456789
Date: 5 septembre 2011, 18:35

J’aime beaucoup ce texte. Il me donne envie de lire ce livre.

Il faut lire aussi “éloge de la masturbation” de Philippe Brénot. Un petit livre, aussi petit et indispensable que le “Discours de la servitude volontaire” de La Boétie.

Avec tout ce supplément de tolérance on pourrait enfin s’avancer très loin à gauche.

Juste un petit désagrément à la fin du texte, comme un petit cailloux dans la chaussure :

Je pense que personne ne peut s’accaparer les suffrages des abstentionnistes. Surtout pas les partis politiques. La gauche prétenduement radicale est présente aux élections. Les abstentionnistes ne se déplacent pas pour autant.

Le fait d’être un tout petit parti ne donne pas le droit de parler pour ceux qui ne votent pas pour lui.

Les seuls qui peuvent s’accaparer les abstentionnistes (et rester cohérents) sont les anti-démocrates…

Ca ne m’amuse donc pas dutout de caresser les abstentionnistes dans le sens du poil.

Les relations sexuelles peuvent être une des formes du consumérisme et elles peuvent donc être poussées jusquà l’obsénité. Je suis d’accord.

En revanche, je ne vois pas le moindre rapport entre notre consumérisme pathologique et notre système électoral qui me paraît proche de la perfection.

Commentaire de Mickael Ferrand
Date: 5 septembre 2011, 23:09

Envie du néant ou de mers

Postures finales,
Paroles inutiles,
Souffle bestial,
Fleurs le long du Nil.

Faces cachées,
Pensées dénudées,
Beauté d’un cil,
Couleurs des îles.

Commentaire de Tristan
Date: 5 septembre 2011, 23:26

excusez moi mais je reste sur la dette et me demande laconiquement : et pourquoi les banques n’annuleraient pas leur dette, au moins en partie et aussi : mais pourquoi l’etat a donné des milliards aux banques recemment parceque la crise alors qu’il leur devait de l’argent. c difficile a comprendre..

Commentaire de Sophie Fontanel
Date: 6 septembre 2011, 7:33

Merci Clémentine pour ces mots, je comprends ces jours-ci aux questions qu’on me pose l’aspect si dérangeant de quelqu’un qui raconte avoir eu une longue longue et vitale et passionnante période sans sexualité. On me demande si je n’aime pas les hommes ( nous savons tous que DSK aiment les femmes!) on me demande si je n’ai pas une pulsion de mort ( alors que toute personne qui s’arrête le fait parce que l’amour, fait comme ça (mal) l’a certainement faire mourir d’ennui et de déception. Incroyables idées toutes faites sur cette question, mais aussi incroyable succès du livre, ce qui est une réponse à tout ça. Bonne journée à vous et bravo.
Sophie Fontanel

Commentaire de Raoul
Date: 6 septembre 2011, 14:34

Adolescent, j’étais fasciné par les surréalistes. L’amour rythmait avec la révolution. On voyait dans “L’âge d’or” de Luis Bunuel (film interdit pendant de nombreuses années en France), un couple faisant l’amour, en contrepoint s’opposait un défilé de militaires, d’évêques, de gendarmes, de notables…
J’en avais parlé dans un atelier d’imprimerie où je travaillais auprès d’un quadragénaire, un peu anar. Celui-ci me répondit : “Si chaque fois qu’on tire un coup, on avait fait avancer la révolution d’un pas, il y a bien longtemps qu’elle aurait eu lieu.”
Cela dit, dans la bouillie idéologique qu’on nous offre où la liberté se confond avec l’individualisme sans frein, la recherche du bonheur avec l’hédonisme jouisseur, l’égalité et la solidarité avec l’humanitarisme des copains, il est sain d’inviter à y voir clair comme vous tentez de le faire.

Commentaire de jpp
Date: 6 septembre 2011, 16:40

Sur le désir, il faut demander l’avis de toutes les professions qui commencent par psy : psychiatre, psychologue, psychanalyste. A force de trop désirer on finit par devenir malade mental !!!
Au fait pour en revenir à quelque chose de plus pragmatique, quelle est la position de la FASE sur l’âge de départ et la durée de cotisation pour arriver à une retraite à taux plein (75% du dernier salaire brut) ?
Je me suis aperçu, mais un peu tard, qu’avec la loi Fillon j’allais me payer 3 ans et quelques mois de plus. A partir de 60 ans on a plus le même engouement pour le travail salarié.

Commentaire de Bof !
Date: 7 septembre 2011, 16:08

“Rien n’est tout -à-fait ce qu’il
Semble à raison
La vie est une maison
Sombre et tranquille.
Si dans la chambre à côté
Je te devine
C’est toujours de ma poitrine
Mon âme ôtée. ”

Pour moi ces vers d’Aragon disent tout et juste ce qu’il suffit quant à “la brûlante question” dont on risque de croire qu’il n’est “pas question”.

Commentaire de 123456789
Date: 7 septembre 2011, 16:30

Si un régime démocratique ne fonctionne pas bien, ce n’est jamais parce qu’il y a trop de démocratie, c’est toujours parce que la démocratie y est insuffisante.

C’est évident que notre régime est insuffisamment démocratique. Le processus électoral basé sur l’anonymat du vote est quasiment irréprochable mais il est totalement insatisfaisant de réduire la démocratie aux élections.

La démocratie, c’est beaucoup plus que ça. Et même en ce qui concerne les élections, des progrès peuvent être faits.

En effet, celui qui veut voter pour un projet donné doit avoir également une opinion positive envers le candidat qui représente ce projet. S’il vote contre un projet, il faut que ce soit une décision politique et non pas que ce soit “la tête du client” qui ne lui revient pas.

Donc, dans tous les cas, les divers projets soumis à l’électorat devraient être portés par des candidats reconnus par tous les électeurs comme les meilleurs candidats. Ainsi le choix, la décision de vote de chacun ne reposerait plus que sur le projet et non sur “la tête du client”.

C’est cette évolution considérable que les socialos sont en train de nous proposer. “la tête du client” c’est l’affaire des primaires. Après on n’en parle plus. C’est quand-même une sacrée évolution que de débarrasser les présidentielles de cette problématique.

Commentaire de Mickael
Date: 7 septembre 2011, 23:33

l’amour, la guerre ou le poison mortel

Commentaire de 123456789
Date: 10 septembre 2011, 11:27

Clémentine,

Je vous ai vue cette semaine sur BFM-TV. Je n’ai pas tout entendu mais ce que j’ai entendu m’a déçu.

Vous critiquiez le PS en disant que c’était mieux du temps de l’affrontement “Rocard-Mittérand”.

Le “cétait mieux avant” n’a aucune prise sur moi.

Les primaires permettent, justement, de montrer que plusieurs candidats ont quasiment la même vision politique et que ce qui les sépare n’est rien de plus que leur ambition personnelle.

Ils sont d’accord entre eux, globalement. Oui mais voilà, il n’y a qu’une place et ils sont trois….Eh bien c’est le peuple qui est invité à choisir celui qui lui convient le mieux.

Je pense que c’est beaucoup mieux d’avouer ce travers humain qu’est un égo surdimentionné plutôt que le cacher derrière de prétendus débats iéologiques ou de courant comme le faisait le PS du temps de Mittérand.

Je ne trouve pas dutout que ce changement d’époque soit regrettable. J’aimerais bien que les autres partis en fassent autant pour qu’on sépare bien la question de l’ambition personnelle et la question politique.

De plus, vous dîtes que Montebourg et Vals ont le mérite de proposer des options très différentes. Différentes au point que vous vous demandez qu’est-ce que ces deux là font dans le même parti.

Il faudrait savoir ! oubien les prétendants pensent pareil et alors vous vous demandez pourquoi ils sont plusieurs à se présenter. Oubien ils pensent différemment et alors vous vous demandez ce qu’ils font dans le même parti. C’est pas logique.

Les 3 prétendants socialos pensant globalement pareil me paraissent clairs : ils se présentent à plusieurs parce que chacun a une ambition personnelle. Et il s’en remettent au peuple pour trancher ce différend.

Si le peuple pense qu’ils sont bien mignons, tous les trois, mais que leur vision commune n’est pas bonne, il a le choix de voter pour Vals ou Montebourg.

Si le peuple n’a pas le choix, c’est entre des candidats du Front de Gauche, de l’UMP, etc…

La question de l’égo est niée par les autres partis et surtout à gauche. Et ça c’est très grave. Parce que si on n’est pas capable d’avouer les travers humains qui animent les prétendants, on ne peut pas faire progresser le niveau de démocratie.

Commentaire de pierre
Date: 12 septembre 2011, 8:33

Bonjour Clémentine,

(je sais que vous ne lisez jamais les commentaires mais quand même…)

Ca me réjouit de lire que vous prenez conscience que le consumérisme sexuel n’est que la mise en oeuvre dans l’intime de l’ultra-libéralisme. Mais alors ? vite, la liste de toutes celles et de tous ceux qui, à gauche, se sont fait les zélateurs de la “libération” sexuelle ! qu’on démasque enfin les faux-nez du capitalisme sauvage appliqué à toutes choses et à tous les êtres.

Mais, encore une fois, vous ne savez opposer à l’énergie de l’ennemi que votre démission bavarde.

S’abstenir ! voici revenir le temps des puritains : bouh, le sexe, pas beau, souffrance, laideur.

On s’extasiait devant la modernité et la “radicalité” de la pornographie, on y voyait même de l’art contemporain, le “hard” obtint son journal télévisé, on organisait des débats (où personne n’osait aller au bout des choses, forcément) et voilà qu’il faut tout jeter pour se “révolter” par la frustration.

Comme si après deux siècles de “Lumières” on ne savait toujours pas que la Liberté c’est la volonté de faire des choix raisonnables parmi les possibilités. Ma liberté commence là où commence celle de mon prochain - relisez bien ! Ceci étant posé, c’est ma liberté d’organiser ma frustration.

Je ne peux être libre de faire des choix qu’avec d’autres aussi libre que moi. C’est une position définitivement anti-individualiste mais c’est à chacun de lutter contre ce qui l’entraine dans la frustration mortifère en opposition à une frustration joyeuse et épanouissante.

Que je m’explique : en matière de sexualité, hommes et femmes ne jouissent probablement pas du même champ de choix et leur frustration ne peut pas se concevoir de la même façon.

Il semble que, naturellement et/ou culturellement, pour assurer la préservation de l’espèce, les hommes cherchent à “semer à tout vent” en privilégiant un objectif quantitatif. En revanche, privilégiant un objectif qualitatif, les femmes chercheraient à sélectionner le meilleur mâle pour s’assurer que leur progéniture héritera de sa force et bénéficiera de sa protection.

La sexualité fondamentale nous met donc toutes et tous dans une situation de déséquilibre entre une désir masculin considérable et un désir féminin qui n’y répond que de façon très limitée. On voit que le mariage, comme toutes les formes anciennes d’organisation de la sexualité, c’est l’organisation de la frustration, plutôt à l’avantage du désir féminin tant que la femme se vit en priorité comme une génitrice.

Il s’agit donc bien, aujourd’hui, si l’homme et la femme veulent bien se libérer totalement de la sexualité procréative, de trouver une nouvelle façon d’organiser et de vivre la frustration.

Les hommes doivent frustrer leur désir de multiplicité et apprendre à vivre heureux en sachant qu’ils ne pourront pas “les avoir toutes” mais sans se contraindre à l’unicité.

Les femmes doivent frustrer leur désir d’unicité et apprendre à vivre heureuses en sachant qu’elles peuvent connaitre librement une multiplicité hommes.

En tout état de cause, l’abstinence n’est pas une frustration saine car elle ne résout pas la question du déséquilibre entre l’attente masculine et l’attente féminine, et ce n’est pas ainsi qu’on améliorera le difficile compagnonnage entre la Femme et l’Homme. On attend mieux du monde moderne.

Cordialement.

ps : L’homosexualité, masculine ou féminine, n’est elle pas une forme d’abstinence de l’Autre ?

Commentaire de 123456789
Date: 13 septembre 2011, 14:02

Dans “éloge de la masturbation”, Philippe Brénot dit : “pour la majorité d’entre nous, la masturbation est la pratique sexuelle la plus répandue, seul ou à deux, pour la majorité d’entre nous elle a été la première expérience sexuelle, pour la majorité enfin, elle est le garant de l’équilibre personnel et de l’épanouissement dans le couple, pour tous elle est très certainement l’élément le plus fondamental de la sexualité, indispensable à sa maturation, à sa pleine réalisation comme à sa pérennité. Elle reste cependant le tabou le plus solide de la morale sexuelle occidentale”

Commentaire de 123456789
Date: 15 septembre 2011, 8:03

La libération sexuelle aurait pu réussir si elle était basée sur le plaisir solitaire. Juir sans entrave n’a jamais signifié “sans respect d’autrui”. Donc comme pour prendre du plaisir à deux il faut commencer par faire la conquête (mot on ne peut plus révélateur d’une mentalité) de l’autre, il y a immédiatement entrave à la jouissance.
Le plaisir solitaire est le seul à n’en avoir aucune.

Commentaire de Fabienne
Date: 17 septembre 2011, 19:32

Quelle idée curieuse : prendre le livre de Sophie Fontanel, journaliste dans un magazine qui pousse précisément à son comble la “frénésie de consommation” comme exemple de sobriété. C’est amusant, mais très parisien et l’argumentation ne me semble pas très solide : je ne suis pas sûre que cela nous aide à avoir les idées claires.

Commentaire de 123456789
Date: 19 septembre 2011, 10:14

Il me semble que dans les événements de 68 (revoir la comédie musicale Hair, notamment) il y a eu une tentative d’abolir le tabou du plaisir solitaire. C’est resté un échec douloureux.

Echec qui explique bien, à mon avis, l’impasse de la libération sexuelle dans laquelle nous nous sommes enfoncés depuis.

Si le plaisir solitaire était la base de toute sexualité, faire l’amour ne serait plus que “chercher à deux ce qu’on peut trouver tout seul”.

Nous serions tous égaux devant le plaisir. Il n’en resterait pas moins que nous ne serions toujours pas égaux devant la séduction. Mais ces deux notions (plaisir et séduction) seraient enfin distinctes.

Avec l’idée indéboulonnable qu’il faut séduire pour accéder au plaisir sexuel, la hiérarchisation des individus dans la société domine aussi l’espace du plaisir qui devrait pourtant en être protégé.

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