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Pauvre pensée (chronique France Culture)

pauvrete.bmp Le Monde a consacré dans son édition datée de vendredi une double page à la pauvreté. Le prétexte, fort sérieux, en est la menace de suppression du programme européen d’aide alimentaire aux plus démunis. Son budget est pourtant dérisoire puisqu’il s’élève à environ 0,5% du budget communautaire. Une menace qui paraît insensée en ces temps difficiles. Le Commissaire européen chargé de l’inclusion, Laszlo Andor, rétorque par une sacrée langue de bois dans une tribune au titre défensif : « Sortir vingt millions de personnes de l’exclusion d’ici 2020 demeure une priorité pour l’Union européenne ». Nous serons informés sur l’ampleur du problème avec ce chiffre astronomique de 20 millions de personnes concernées. Mais pour y remédier, concrètement ? Rien de nouveau, quelques bouts de ficelle et autres plates-formes annoncées ramènent aux calendes grecques l’hypothèse d’aider sérieusement les plus en difficulté. Car devinez quoi, c’est la crise… Les caisses sont vides ; les pauvres, premières victimes, en seront pour leurs frais. L’Union Européenne n’a donc pas compris, comme l’écrit Nicole Maestracci, présidente de la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale), que « l’insertion des personnes en situation de précarité constituait un enjeu politique, social et économique majeur ». Selon l’INSEE, fin 2010, on comptait près de 250.000 personnes à la rue. En France, la pauvreté monétaire relative concernerait un peu plus de 8 millions de personnes, explique également Julien Damon, professeur associé à Sciences Po. Pour la socialiste Najat Vallaud Belkacem, si l’on comptabilise les emplois précaires, les travailleurs pauvres, les chômeurs, les exclus qui ont même renoncé à chercher un travail, ce sont 12 millions d’actifs qui vivent en situation de fragilité économique. Le fait est massif. Que faire ?Plusieurs tribunes de cette double page du Monde dénoncent avec raison le renvoi à la responsabilité individuelle ou l’épouvantail de l’assistanat : « les pauvres n’ont pas choisi d’être pauvre », rappelle Nicole Maestracci. Patrick Kanner, président du conseil général du Nord, s’en prend au gouvernement : « L’argumentaire développé depuis le mois de mai est le même : les allocataires du RSA seraient des oisifs qui choisissent de ne pas travailler, des assistés qui grèvent le budget de la France ». Najat Vallaud Belkacem ne dit pas autre chose : « Faire payer la crise aux pauvres : tel semble être désormais le mot d’ordre, et notamment en France (…) Le sarkozysme violente ces Français fragilisés qui ne demandent qu’à travailler, qui ne craignent pas de faire des efforts (ils en font tous les jours pour survivre), qui souffrent de se voir désignés comme des assistés et des profiteurs, eux qui savent trop bien la valeur du travail tant ils en manquent ».

Nous voilà d’accord. La pauvreté, c’est mal. Et la droite est méchante puisqu’elle les stigmatise et les malmène. Mais si l’on veut avoir les idées claires sur la lutte contre la pauvreté, il s’agirait de ne pas se tromper de diagnostic et donc de remède. Ici, on trouve surtout l’idée de renforcer l’accompagnement des personnes les plus démunies et de faire monter en puissance les politiques sociales. Nicole Maestracci et Najat Vallaud Belkacem évoquent également à juste titre la question des droits, ou plus exactement de leur application, et notamment le droit au logement, et de l’accès aux biens publics essentiels. Je souscris. Mais je m’étonne d’un impensé, pourtant simple : le caractère relatif de la pauvreté. On est pauvre dans une société donnée parce que l’on est privé de biens dont d’autres jouissent à ce moment donné de l’histoire. Il n’y a de pauvres que parce qu’il y a des riches - et réciproquement. Autrement dit, le partage des richesses est la clé de la lutte contre la pauvreté.

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