Où est la gauche ? (chronique France Culture)
Dans ce monde qui a perdu ses boussoles politiques, comment avoir les idées claires sur la gauche ? Il y a deux ans, un ouvrage collectif remarqué publié chez Fayard sous la direction d’Alain Caillé et Roger Sue portait un titre qui en disait long sur la perte des repères. Il s’intitulait : De gauche ? Comme si l’on ne savait plus bien de quoi la gauche était le nom… De nombreux sondages montrent d’ailleurs régulièrement que les Français se situent de moins en moins à partir du clivage droite/gauche. Signe des temps, l’image de Barack Obama et Nicolas Sarkozy se congratulant vendredi dernier comme s’ils étaient de la même famille politique ne peut qu’apporter de l’eau à ce moulin d’identités brouillées.
Rien d’étonnant donc que Serge Halimi se demande dans Le Monde diplomatique ce mois-ci : « Où est la gauche ? ». « Alors que le capitalisme connaît sa crise la plus sérieuse depuis celle des années trente, les principaux partis de gauche semblent muets, embarrassés. Au mieux, ils promettent de ravauder le système. Plus souvent, ils cherchent à prouver leur sens des responsabilités en recommandant eux aussi une purge libérale. Combien de temps ce jeu politique peut-il durer alors qu’enflent les colères sociales ? », s’interroge le journaliste. Il remarque que des dirigeants politiques longtemps présentés comme des références par la gauche modérée, en Grèce, en Espagne ou ailleurs, affrontent des cortèges indignés contre leur politique de rigueur. Comme Sarkozy en France ou Berlusconi en Italie. C’est le signe, nous dit Serge Halimi, que « le terme de gauche s’est à ce point déprécié qu’on ne l’associe plus à un contenu politique particulier ». Il note alors que « le Parti des Travailleurs (PT) brésilien estime que la gauche latino-américaine doit prendre la relève de celle du Vieux Continent, trop capitaliste, trop atlantiste, et donc de moins en moins légitime quand elle prétend défendre les intérêts populaires ». Du coup, poursuit le journaliste, le « déclin de l’Europe, c’est peut-être aussi le crépuscule de l’influence idéologique du continent qui avait vu naître syndicalisme, socialisme et communisme - et qui paraît plus volontiers que d’autres se résigner à leur effacement ». Juste une illustration : pour plaider la cause de Papandréou, la députée socialiste grecque Elena Panaritis a recouru à une référence renversante - écoutez : « Il a fallu onze ans à Margareth Thatcher pour mener à bien ses réformes dans un pays qui avait des problèmes structurels moins importants. Notre programme a été mis en place il y a seulement quatorze mois ! ». En résumé, dit Halimi : « Papandréou, mieux que Thatcher ! ».
Pour sortir de cette nasse, le journaliste du Monde diplo explique qu’il faut mettre au pas la mondialisation financière et assumer un certain nombre de ruptures avec l’actuel ordre européen et avec les politiques auxquelles les socialistes se sont ralliés. Pour exister, la gauche doit donc affirmer un refus. Ce point de vue m’a fait penser à ce vieux texte de l’intellectuel communiste Dyonis Mascolo, qui vient d’être réédité aux éditions Ligne, sur « le sens et l’usage du mot gauche ». Pour lui, « est de gauche tout refus, même partiel, de ce qui est. Tout jugement de gauche est une contestation (qui) nie quelque chose de ce qui tente de s’imposer comme non dépassable, comme impossible (…) Tout acte de gauche a un sens : il est le refus d’une limite établie ». Alors, où est la gauche ? Elle semble aux abonnés absents à l’heure de la tourmente économique. Mais, conclut Serge Halimi, « quand les peuples ne croient plus à un jeu politique dont les clés sont pipés, quand ils observent que les gouvernements se sont dépouillés de leur souveraineté, quand ils s’obstinent à réclamer la mise au pas des banques, quand ils se mobilisent sans savoir où les conduira leur colère, cela signifie malgré tout que la gauche est vivante ».
Posté le 9 novembre 2011
Commentaires (18) |
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Commentaires
Commentaire de frmwa
Date: 9 novembre 2011, 22:14
Sarkozy et Obama se congratulant, ce n’est pas un signe des temps, ce sont deux chefs d’état à une réunion internationale. Point.
Si JL Mélenchon était élu, il ferait pareil avec les chefs d’état qu’il serait amené à rencontrer. Mais pas avec le Dalaï Lama, par exemple… puisqu’il ne le reconnaît pas comme chef d’état (même maintenant).
Sauf à entrer en guerre avec la planète toute entière.
Le Parti des Travailleurs est aux responsabilités au Brésil et s’occupe du Brésil, où les différences sociales n’ont rien à voir avec celles de l’Europe. Si on peut tirer des leçons d’où qu’elles viennent, tant mieux, mais la réalité, c’est que le Brésil mène une politique qui ménage ses intérêts d’abord. Et c’est bien légitime.
Il ne faut pas tout mélanger dans un shaker révolutionnaire et penser qu’il va en sortir une analyse cohérente et un avenir meilleur.
Commentaire de Aubert Dulac
Date: 10 novembre 2011, 1:57
Si l’on devait faire la liste des mots dont le sens est à revisiter, on peut se dire que même le mot de révolution n’est lui-même pas net, pour redonner du sens qui manque à “la gauche”… On connait la blague : “- c’est quoi le contraire de l’exploitation de l’homme par l’homme ?”, par quoi le doute est mis sur la possibilité d’une société qui ne se contente pas de remplacer une domination par une autre…
Et pour commencer l’idée même du : “Changement” comme impératif catégorique, celui de “changer pour changer”… À quoi rime désormais le désir de “changer le monde” ?… Qui peut garantir un caractère non corrupteur de cette Promesse? Une émission d’Arte sur …Ronald Reagan l’a montré, habité lui-même de cette prétention !… En un sens, il a réussi à “changer le monde”, avec sa copine Thatcher… Sarkozy lui aussi nous avait promis qu’on allait voir ce qu’on allait voir, que ça allait “changer”… On a vu !… Ou plus exactement, “il nous en (a) fait voir”… À quel prix ? Celui de l’identification ravageuse de l’idée de changement à celle d’irréversibilité (et de dommages irréversibles…) Il faut reconnaître que “les révolutionnaires” ont eux-mêmes réduit l’idée de révolution à la production de révolu ( “Du passé faisons table rase”…), la “roue de l’Histoire” faisant entendre son cliquetis, qui lui interdit de tourner en sens inverse… La (contre-)révolution néolibérale, au delà d’avoir “récupéré” abusivement le mot, n’a-t-elle pas finalement disqualifié toute idée de révolution ?..
L’idée de “transformation” n’est-elle pas de même passablement démonétisée ?… Il n’est que d’entendre la manière dont elle est arrivée en bout de course dans la prétention d’un parti comme le PCF à “encore se transformer”… Parler de “gauche de transformation”, est-ce en soi suffisamment convainquant ?…
En vérité, penser ce qui nous arrive nécessite de reprendre de front et sans exception tous les concepts liés à l’idée de progrès et à “la modernité”… Au secours Walter Benjamin !… Qui n’a pas hésité à présenter cette idée de progrès comme “une catastrophe”… Je crois personnellement qu’il ne suffit plus de se vouloir “résolument moderne”, ce qui serait synonyme de “surtout pas archaïque”…
( À moins de revenir à une définition de la modernité plus paradoxale que l’idée bête et méchante qu’on “n’arrête pas le progrès”… Exemple, Charles Baudelaire, qui dit “moderne”, comme “ce qu’il y a d’éternel dans le transitoire et de poétique dans l’historique”…)
…Car on ne peut ramener le progrès humain au paradigme du progrès d’une technique qui en périme une autre… Je cite Edgar Morin, dans “Ma gauche”, pages 69-70 : “il nous faut complexifier la notion de progrès. Il faut abandonner l’idée simpliste que le progrès technique/économique est la locomotive entraînant derrière elle les progrès sociaux, politiques, mentaux et moraux. (…) Bien des gains ont été payés par des pertes. (…) Ainsi le mythe du progrès est mort, mais l’idée de progrès se trouve revivifiée quant on y introduit l’incertitude et la complexité.”
Oui, assumer la complexité, contre tous les simplismes… Je crois que cela comporte la nécessité de prendre en compte la dimension paradoxale du concept de résistance, qui opère un tri, qui suppose à la fois résistance à certains “changements”, néfastes, et désir d’autres, pour aller vers le “bien vivre”… Autrement dit du discernement… Cela ne signifie pas un “refus des limites” par principe… C’est difficile, de “poser des limites” à la Finance, mais nécessaire… La question, aujourd’hui, pour l’humanité, n’est-il pas de choisir ses limites ? Ce qui, soit dit en passant, sort le débat sur l’héritage de 68 de sa caricature…
Commentaire de RV
Date: 10 novembre 2011, 8:42
http://www.m-pep.org/spip.php?article2436
De l’audace, encore de l’audace
Auteur : par Samir AMIN
Samir Amin théorise la crise actuelle et les alternatives que devrait porter la gauche radicale. Il appelle cette dernière, au Nord comme au Sud, à faire preuve d’audace pour être à la hauteur de la conjoncture historique produite par l’implosion du capitalisme contemporain.
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Un peu long, très dense, et fort intéressant !
Commentaire de Dominique FILIPPI
Date: 11 novembre 2011, 15:30
Mon commentaire est le suivant…On est dans la mouise jusqu’au cou et que personne ne voit une issue pour deux raisons:
- dans la mesure où un consensus majoritaire existe - un consensus non-dit qui plus est…-celui qui consiste à ne pas vouloir vraiment faire payer ceux qui peuvent payer…
-et ce au moment même où on est en pleine désindustrialisation………..
No future?
Commentaire de surmely alain
Date: 11 novembre 2011, 17:26
« M.Papadémos ne s’est jamais mêlé de politique » est-il dit.Il s’est au moins mêlé de politique économique puisqu’il a présidé la banque centrale de Grèce.Cette même politique qui a provoqué la dépression économique dans laquelle se trouve actuellement plongé ce pays.Il entend être l’homme de la rigueur après avoir collaboré au maquillage des comptes publics de SON pays.L’accession au pouvoir suprême d’un tel personnage en dit long sur la décomposition de la démocratie en Grèce.Jadis,dans la Grèce antique une procédure,assez courante,pouvait être mise en œuvre si les comptes publics étaient mauvais :cela s’appelait la « reddition de comptes ».Quant aux dirigeants politiques qui étaient convaincus de fraude ou de malversation les peines qu’ils encouraient étaient très dures.Mais l’Antiquité est une période fort lointaine me rétorquera-t-on.On peut néanmoins mesurer le chemin parcouru !La nomination de ce personnage est,dans tous les cas,un très mauvais signal politique envoyé au peuple grec et probablement aussi aux Européens qui ne peuvent pas ne pas se sentir concernés par la faillite du pays où fut inventée et organisée la première démocratie représentative de l’histoire de l’humanité.
Commentaire de Alain Guillou
Date: 12 novembre 2011, 14:01
La planète est devenue une scène unique où se joue le drame de la condition humaine, c’est pourquoi le livre de Stéphane HESSEL peut être traduit dans toutes les langues et rencontrer cet éclair insoupçonné qui court-circuite tous les isolents idéologiques séparant le “Nord” du “Sud”…Les “indignés” n’utilisent ni “gauche” ni “sud”, ils sont dans ce “court-circuit” qui dit : “nous sommes les 99%”. Le FdG est un arrachement d’élecrons libres de plus en plus intense: ils s’émancipent du pôle des illusions “dominantes”, celles de “l’ancrage à gauche du PS”, comme celles du “dépassement du capitalisme”, et comme celles “d’une autre Europe”: quand JL Mélenchon a écrit “qu’ils s’en aillent tous”, sa sincérité ne pouvait être mise en doute, or le “FdG” n’a d’avenir que s’il se met lui-même à la vitesse du court-circuit mondial des cultures dominantes: l’élargissement et le renforcement de ce “cartel initial” sera “altermondialiste” donc enfin communiste.
Le monde est-il un sombre couloir de la mort?
Si nous sommes le nombre y a-t-il plus encore?
Il reste ceux que l’or imaginaire encombre
Et qu’aux crédits du Nord ils sauvent des décombres..
Ce trop-plein de trésors illumine notre ombre !
Commentaire de la meli-melo
Date: 12 novembre 2011, 14:16
La quoi, la gauche ??? J’avoue que je ne m’y retrouve plus. Les primaires m’ont enlevé ma candidate, la droite c’est totalement exclu, les écolos oui mais ils ne passeront pas. J’ai peur de la fille du borgne, je veux que le nain parte et vite… Mais à 6 mois des élections je suis déjà perdue…
Commentaire de lucterius
Date: 14 novembre 2011, 8:14
Bonjour Clémentine.
Je suis trés vieux. Et vous vous êtes bien jeune. J’ai été jeune moi aussi (et donc de gauche). Un jour que je regrettais cette impossibilité où nous sommes de ne pas pouvoir , moi jeune parler avec moi vieux, j’ai mis sur une feuille tout ce que le jeune aurait à dire au vieux que je deviendrais un jour. J’ai enterré cette feuille sous une roche. Et je ne l’ai plus jamais retrouvée. Dommage. Mais dans les discours que vous tenez je retrouve beaucoup de ceux que je tenais autrefois. Un peu comme si mon souhait de jeunesse pouvait se réaliser.
Amicalement
Lucterius
Commentaire de 123456789
Date: 15 novembre 2011, 23:47
J’apprécie votre précision : le problème n’est pas un manque de bien-être mais un manque de bien-vivre.
Les humains sont bien tels qu’ils sont. Mais ils vivent mal. Et pas seulement matériellement. La question matérielle provient d’un mal-vivre plus profond. Nous vivons mal à cause de la qualité trop médiocre des relations entre les humains. Qualité que nous acceptons contrains et forcés.
La politique au sens noble devrait porter sur ce problème au lieu de le perpétuer. Il est perpétué parce qu’on tente d’établir un programme de réformes économiques et un programme de réformes institutionnelles qui ne verront jamais le jour ou seront dévoyés parce que le problème de fond n’aura pas été traité.
Commentaire de Lucno
Date: 16 novembre 2011, 2:37
Comme meli melo, ma candidate assassinée aux primaires
puis après (je ne sais si c’est la même), j’ai bien l’impression que l’hpnnêteté n’est plus une valeur de la Gauche, Front de Gauche Compris (qui me semble bien y avoir largement participé à l’assassinat). Non vraiment La Gauche semble déjà réduite à l’Argumentaire qu’elle serait la seule Potion Magique Indispensable Anti Marine Lepen, elle même la Gauche étant un paragon de vertu qui bien sûr n’incite en rien à la “Méchanceté”.
Pas plus qu’un Pédalo, la galère du Front de Gauche
ne parait bien engageante, et je me demande vraiment
comment la FASE peut s’y sentir bien.
En tout cas, Clémentine, de ce bateau de guerre,
votre voix ne m’apporte aucun enseignement ni plaisir.
Commentaire de faudrait voir à pas exagérer
Date: 16 novembre 2011, 11:47
La gôôôche n’existe plus, quand on pense que les milieux autorisés avaient désigné l’ancien paillasson du fmi comme futur gouverneur de la France à la place du peuple, il y a de quoi se mettre en rage. Je remercie Madame Diallo de nous avoir débarassé de cette mauvaise herbe.
Commentaire de Aubert Dulac
Date: 16 novembre 2011, 15:49
1-9 : “Nous vivons mal à cause de la qualité trop médiocre des relations entre les humains.” , dites-vous. Je cite cette belle petite phrase de Cynthia Fleury ( “la Fin du courage”, le livre de poche, page 48:) “La cité n’est-elle pas ce lieu où le prochain n’est pas un dos mais un visage?”
Commentaire de 123456789
Date: 18 novembre 2011, 14:54
Aubert Dulac,
J’ai tapé “la fin du courage” sur google et il vient de suite un commentaire posté sur Mediapart dans lequel ces popos de l’auteur sont cités :
« J’ai perdu le courage comme on égare ses lunettes. Aussi stupidement. Cela m’est arrivé alors que je voyais la société dans laquelle je vivais être sans courage. J’ai glissé avec elle. Dans elle. C’est étonnant d’apprendre que parfois le monde et soi-même avons le même âge. C’est rare. Mais dans cette époque sans courage, nous sommes tous naissant. »
Il me semble que ça rejoint l’idée que nous sommes tous des créateurs de culture qui s’ignorent.
Nous n’avons pas la conviction de suivre la culture qui nous a été inculquée. Avec la conviction, le courage est inutile. Sans conviction il faut au contraire être très courageux pour suivre une voie en laquelle on ne croit pas. Sans voie à suivre on est immobile ou égaré. Si on parvient à se remettre en marche, c’est qu’on aura trouvé une nouvelle voie, créé une nouvelle culture. Il me semble qu’il y a bien là une idée de renaissance et qu’on doit en être à ce stade à notre époque.
Ce commentaire dit aussi de l’auteur : “elle démontre combien le courage de défendre ses idées implique la solitude”. J’ai découvert cette solitude depuis logtemps. Et “défendre” est un bien grand mot qui peut laisser entendre une réflexion poussée et une grande ambition. Moi, je dirais simplement “exprimer”. J’ai ressenti encore dernièrement cette solitude sur le blog de JLM poussée jusqu’à l’exclusion pure et simple. Je la ressens encore aujourd’hui sur le blog “escouade du net de JLM”. J’ai même ouvert un chapitre sur cette question de la solitude. Car elle est centrale. Car si certains s’entêtent dans la solitude à vouloir exprimer leur opinion telle qu’elle est, beaucoup d’autres bien plus nombreux préfèrent aboyer avec la meute par peur de la solitude.
Venez me voir. Nous n’abandonnerons pas Clémentine pour autant car avec elle la liberté d’expression est réelle.Aucun de mes commentaires (parfois très critiques) n’a été censuré. Son blog ne nous précipite pas dans la solitude. C’est un bien rare donc précieux.
Commentaire de Aubert Dulac
Date: 23 novembre 2011, 17:31
“J’en ai tant vu qui s’en allèrent
Qui ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère…”
( Aragon, chanté par Jean Ferrat)
Se demander où est la gauche, ça commence par la question : où sont les colères sociales ? Précisons donc l’enjeu du refus. Non pas un refus de toutes limites, comme je l’ai posé dans mon premier post, mais un refus sélectif.
À ce propos, le premier auteur cité dans cette chronique est Alain Caillé. Je viens de lire son article dans le dernier numéro de l’Humanité Dimanche, où il présente son nouveau livre : « Pour un manifeste du convivialisme ». Il définit cette proposition comme celle d’une « idéologie politique de notre temps » qui, dit-il en se soutenant d’Edgar Morin, « à la fois synthétise et dépasse les quatre idéologies de la modernité, le libéralisme, le socialisme, l’anarchisme et le communisme. » Le concept de dépassement est régulièrement utilisé aujourd’hui. Ce qui est parfaitement justifié. Mais à condition qu’il ne le soit pas à la légère. “Dépasser” le système actuel, ça ne peut se faire que par le haut, sans en rabattre sur les valeurs de gauche. Poser par exemple que “Le point de départ du convivialisme entendu comme doctrine politique et sociologique est le constat que l’histoire de toute société n’est pas d’abord l’histoire de la lutte des classes”, cela n’est pas une hypothèse de travail inutile (nous aurions beaucoup à apprendre de traditions dites archaïques, pour nos pratiques “démocratiques” dites modernes). Mais attention à ce qu’elle n’autorise pas des raisonnements courts, à prêter le flanc à certains renoncements, au moment où le néolibéralisme se fait fort de l’avoir gagnée, la lutte des classes…
De ce point de vue, l’extermination programmé de l’idée de justice sociale, qui avance masquée sous sa réduction à celle d’“équité” (une réduction qui se décline de diverses manières, de sa traduction sociale-démocrate à sa traduction d’extrême droite )…, tout un chacun, avec un peu de pertinence, peut fort bien se la représenter, sous ses atours d’idéologie du “donnant-donnant”, de “l’équilibre des droits et des devoirs”, comme une idéologie qui en réalité justifie une société du risque de prolifération irréversible des “sans-droits”…
Alors se pose la question du niveau de nos capacités de réaction. ( Rappelons-nous le mot de Pompidou, pour qui avec 500 000 chômeurs, ce serait la révolution !…) Je me suis déjà exprimé sur la vanité du “changisme”, du “révolutionnarisme”, et je suis le premier, sur le thème que pose Alain Caillé de “la gestion de la haine”, à refuser le principe de “sentiments” révolutionnaires, qui consistent à fétichiser le ressentiment, au prix de gâchis déplorables pour la lutte de classe elle-même, parce que cette fétichisation n’empêche pas, l’expérience historique l’a montré, de se tromper d’adversaire : autrement dit les compartiments et comportements sectaires, qui tendent à toujours nous ramener à la case départ… Il reste que la conclusion de son article mérite une observation, où il en appelle à une prise de conscience dans un contexte de catastrophe. Je le cite : “…il faudra qu’un grand nombre d’hommes et de femmes se soient déjà convaincus qu’une politique de civilisation (Morin) et de dialectisation démocratique de la haine est… possible. La seule possible en réalité. Et qu’elle suppose que soient enfin dépassés dans l’histoire humaine les logiques de vengeance et de ressentiment. Tel est le véritable défi qui nous attend. Non pas tant devenir maîtres et possesseurs de techniques toujours plus puissantes, que maîtres et possesseurs de nous-mêmes.”
Fort bien. Mais allons dire à des travailleurs, victimes de ce que l’on nomme par antiphrase des “plans sociaux”, qui sont en réalité des plans anti-sociaux, des travailleurs renvoyés à eux-mêmes, à la solitude et aux dépressions en chaîne qui s’ensuivent, qu’il s’agit de dépasser la logique du ressentiment… Ce serait en vérité déplacé. Le meilleur lieu de “dialectisation” de l’agressivité reste le monde du travail. Ce n’est pas parce que les néolibéraux en font un lieu d’érosion du sujet, comme dit la philosophe Cynthia Fleury que j’ai déjà citée, on pourrait même dire …de corruption-castration du sujet démocratique, interdit de se défendre comme de s’exprimer à la hauteur de ce qu’il faudrait, …qu’il faudrait céder par principe en quoi que soit sur des résistances (insoumissions-innovations), où l’on est encore bien loin du compte du niveau qu’il faudrait qu’elles atteignent…
Je ne pose pas cela pour polémiquer avec Alain Caillé, dont je n’ai pas lu le livre, et qui (je pense, par exemple à telle expression incisive, comme “la boucle émissaire de la Croissance”) contribue à la réflexion sur la mutation nécessaire de civilisation , sur la nécessité de passer dans l’ère de la qualité de la vie, du “buon vivir”… Mais, puisqu’il est question de dépassement, par désir de dépasser en l’occurrence la part du “malentendu” entre ce que l’on présente parfois comme une nouvelle gauche et une ancienne…
Commentaire de 123456789
Date: 27 novembre 2011, 18:51
La gauche est là où se trouve le débat “comment sortir de l’exploitation de l’homme par l’homme ?”.
Donc, à mon avis, elle se trouve nulle part jusqu’à présent. Et 98 % du peuple (au bas mot…) l’a bien compris et depuis toujours.Car il reste hors des partis politiques. Beaucoup de partis s’arrogent le droit de défendre le peuple mais aucun lui donne la parole.
On pourrait avoir l’audace de penser qu’il suffirait de l’inviter à ce débat pour devenir le premier parti du pays.
Qui aura cette audace ? Peut-être Clémentine ? Ca ne m’étonnerait pas car je constate que c’est le seul blog de politique sur lequel la censure n’existe pas. C’est déjà une condition indispensable à ce débat qui est acquise.
Commentaire de Alain Guillou
Date: 1 décembre 2011, 10:36
Bien sûr il ne faut pas croire que le Sud est le contraire du Nord, ou que la gauche soit le seul point cardinal légitime…Il ne faut pas se contenter d’idées simplistes, mais il y a un mur de plus en plus grand si bien que plus personne ne le distingue d’un horizon “naturel”: c’est bien le mur de l’argent, et par rapport à cette réalité on se situe au pied, aux ordres, couché ou debout, “à gauche” ou “à droite”…rarement “au sommet” !
Utiliser le repérage “droite-gauche”, si c’est pour appeler un chat un chat…C’est bon !
Commentaire de Debonrivage
Date: 1 décembre 2011, 18:00
Commentaire de Hervé Debonrivage
Bonjour !
Votre article a été publié sur le site du Parti de Iauche de Midi-Pyrénées.
J’y ai apporté une réponse que vous trouverez sur le site suivant:
http://www.gauchemip.org
sous le titre : De la gauche comme fiction médiatique aux gauches comme réalité historique,
et plus précisément l’adresse :
http://www.gauchemip.org/spip.php?article17678
Bien cordialement
Hervé Debonrivage





Commentaire de redgorilla
Date: 9 novembre 2011, 15:00
Bah oui elle est où la gauche dit donc ?
Le bruit et la fureur d’un petit chiot quoi.
Qu’aller vous faire maintenant la FASE et Clémentine dans la galère Front de Gauche vous avait signé bien voilà, j’ai bien lue « l’humain d’abord » pourtant ! à moins d’avoir rêvé le passage sur le PS et patati patata. En fait c’est le NPA qui avait raison, ce Fion de gauche c’est pour endormir la grogne et donner des postes aux chefs, ces c.. là vont encore tuer l’idée de rassemblement de la vrai gauche. j’été d’accord avec la Méluch, pour qu’ils s’en aillent tous mais il est dans le même sac que ses copains oligarchiste alors lui aussi qu’il dégage Sénateur 30 ans, euro député, maintenant basta à la retraite.
Bon du coup j’hésite plus je ferait la campagne de Poutou au moins je pourrais défendre la sortie du nucléaire pas comme avec le PCF, la suppression du régime présidentiel, la réquisition de TOUTES les banques la retraite à 60 ans et ses 37.5 ans au moins ça ce sera pas de l’a peu près comme dans « l’humain d’abord ».
Je retrouverais la FASE après les élections pour le bilan. Et pour la création de la Fédération écosocialiste.
http://www.liberation.fr/politiques/01012370374-legislatives-melenchon-pret-a-causer-avec-le-ps-et-les-verts