ca.png ca.png ca.png

Buzz

ca.png ca.png

Les    lus :

Méta

Archives

Rechercher:


A qui profite la « gouvernance » ? (chronique France Culture)

gouvernance.bmp

L’intellectuel Jürgen Habermas a donné une interview au Monde vendredi dernier qui m’a donnée l’envie d’interroger ce matin un terme qui s’est incrusté dans le vocabulaire politique : la « gouvernance ». Le grand philosophe de l’École de Francfort répond ceci à Nicolas Truong qui l’interroge sur sa crainte que l’Europe ne soit entrée dans une ère post-démocratique - je le cite : « J’ai trouvé intéressant l’instant d’effroi produit au sein de l’élite politique par l’annonce du référendum grec. Car la crainte réveillée brutalement par la décision soudaine de Georges Papandréou fut celle de voir un peuple, auquel on avait imposé une cure problématique, entrer en résistance. C’est en effet une cure doublement problématique ; elle l’est du point de vue économique - le programme d’épargne sans l’impulsion publique d’un programme d’investissement étrangle l’économie grecque ; et elle l’est aussi du point de vue politique - le droit de contrôle de la “troïka” (Commission, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) entraîne, depuis un certain temps déjà, une perte de souveraineté qui change la donne constitutionnelle, et sur laquelle le peuple n’a pas été consulté. Alors, certes, la Grèce est un cas particulier. Mais ce processus pourrait bien être porteur des prodromes d’un passage d’une Europe de gouvernement à une Europe de la gouvernance. Or le joli mot de “gouvernance” n’est qu’un euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique, qui ne repose que sur le fondement faiblement légitimé des traités internationaux. » Eh oui, ce mot, très en vogue, traduit bien un bougé dans la conception de la politique, de la démocratie. Utilisé au Moyen-Age, la « gouvernance » avait disparu au profit de « gouvernement », notamment parce que « gouvernance » était associé à l’Ancien régime. Le terme est réapparu dans la langue française au début des années 1970, par le biais du vocabulaire de l’entreprise et sous l’impulsion des milieux libéraux. En 1975, un rapport fameux de la Commission Trilatérale dénonce « les excès de la démocratie ». Ce document explique, par exemple, qu’« un gouvernement qui manque d’autorité […] aurait peu de capacité, à l’arrivée d’une crise cataclysmique, d’imposer à son peuple les sacrifices qui pourraient être nécessaires ». Et les auteurs de ce rapport usent et abusent du terme alors peu connu de « gouvernance ». Il s’agit à la fois de signifier la supériorité des modèles managériaux sur les cultures administratives et de légitimer la revendication néolibérale d’un État « minimaliste » géré par les « élites », au nom de la doctrine du New Public Management. Cette logique est celle de la réduction du pouvoir étatique : elle suppose l’érosion du secteur public. Dans un monde de concurrence et de liberté du capital, la négociation et le contrat doivent ici remplacer le conflit social et la norme légale. Rien d’étonnant que le théoricien ayant énoncé les principes de la gouvernance, Ulrich Beck, ait fortement inspiré la « troisième voie » de Tony Blair.

Dès les années 1990, devant les limites de la logique minimaliste du New Public Management, ont été recherchées des modalités moins brutales que celles de la « gouvernance » proposée à tous les États, notamment ceux du Sud, dans le cadre du consensus de Washington qui leur impose comme règle l’ajustement structurel. On nous parle désormais de « bonne gouvernance », expression largement diffusée dans les organismes internationaux et visant à une certaine revalorisation de la régulation publique. Mais restent l’hégémonie de la norme privée, l’acceptation de la concurrence, la valorisation de la méthode contractuelle. Le passage du gouvernement à la gouvernance n’est donc pas indolore. Il vise à faire fondre le pouvoir des peuples, à miner la conflictualité sociale et politique. Il suppose la réduction des dépenses publiques et des droits humains.

Commentaires

Commentaire de périssoire
Date: 21 novembre 2011, 21:36

“repenser gouvernance” me conduit à “repenser dictature du prolétariat” car après avoir régressé jusqu’à obeir à des commissaires “européens” , on progressera relativement avec des “commissaires du peuple”…

En 1958, “seul De Gaulle pouvait barrer la route aux communistes”…Aujourd’hui seule “la gouvernance” peut barrer la route aux anarchistes…Car bien entendu, le peuple n’a besoin ni de commissaires de lui-même ni commissaires du Capital : les fronts de résistance sont donc condamnés à devenir un front de l’anarchie face aux “gouvernances”

Commentaire de jean-paul perdreau
Date: 22 novembre 2011, 15:25

Dans l’histoire de France, on se sert du peuple pour faire la révolution ou la guerre, mais le peuple n’a jamais le pouvoir. C’est la bourgeoisie qui s’en est toujours emparée et à dicter sa loi au mépris du peuple.
On en est toujours là, maintenant ce sont les banquiers qui nous gouvernent et font payer au peuple la crise financière.

Commentaire de tristan
Date: 24 novembre 2011, 20:44

la vrais question est : si un partie politique refusant l’europe et donc si j’ai bien compris la…”gouvernance” etait elu democratiquement, en france par exemple, aurait il l’opportunité de fuir cette …gouvernance ? oui car état souverain ou chépa quoi !? ce projet est dans le programme de certains partis français donc : la democratie est encore debout et plus qu’au moyen age où les dentistes n’etaient pas remboursés par la sécu !
de plus , quand on voit les methodes FDG avec leur petit personnel peut on parler de……. gouvernances ?

bientôt on parlera de la planête xubgtyjyiio et de ses prôbleme de…. gouvernance “internachionâle” (a prononcer en buvant le thé dans le nouveau local FDG)

désolé . et vive les vrais anars.

Commentaire de surmely alain
Date: 24 novembre 2011, 20:55

Face à la droite néolibérale l’unité des forces de progrès : vers un nouveau programme commun

Il est vrai que là où se trouvent l’argent et le pouvoir se trouvent également-et ce ne doit pas être qu’une simple coïncidence-des néolibéraux(pouvoirs d’Etat,nombre d’instances internationales,banques,firmes multinationales et déjà des Universités…).Peu de positions ont été gagnées par les progressistes depuis une quinzaine d’années dans le monde:quelques exécutifs,des assemblées nationales,de nombreuses assemblées locales(souvent avec d’évidents succès),l’ONU et différentes organisations qui lui sont liées….et c’est à peu près tout.La facilité serait de se laisser corrompre en renonçant à tout pour parvenir à ces positions.Cette facilité est une impasse.Ce qui veut dire qu’il ne reste aux forces de progrès(et ce n’est quand même pas rien)que la rue,les élections,les associations,le media(tous les supports permettant d’exprimer un message y compris la pub…pourquoi pas ?)l’excellence de nombre de celles et ceux qui composent ses rangs(artistes,intellectuels,syndicalistes,militants associatifs,figures de la société dite « civile »…etc).Quand la bataille des idées(# consensus) fait rage la gauche progresse parce c’est notre domaine d’excellence.C’est là que nous avons toujours brillé parce que la droite,qui plus est,est tout simplement devenue indigente.La droite néolibérale (y compris leurs soutiens)est surtout devenue très très riche matériellement(jamais dans l’histoire de telles concentrations de richesses n’avaient atteint ce niveau record !).Culturellement et intellectuellement,en revanche,la droite ne suscite pas franchement l’engouement, l’envie voire même le respect.Ainsi la dernière trouvaille « conceptuelle » d’un obscur conseiller que l’UMP s’ « arrache »,paraît-il,consiste à mettre sur un pied d’égalité « les privilégiés d’en bas et les privilégiés d’en haut »…Ainsi,faisant suite au décès de Danielle Mitterrand,le communiqué de l’Elysée qui était,selon différentes sources paraissant fiables,non seulement laconique et sans intérêt mais bourré de fautes d’expression (négligence ou indigence ou peut-être les deux ?).La réponse politique,par delà les différences programmatiques et les rivalités toujours difficiles à éviter,doit être une victoire sans bavure d’un niveau 40/60 ou si vous voulez 40 % pour la droite néolibérale et 60 % pour le changement.Mais pour ce faire François Hollande aura besoin de toutes les forces de progrès et a fortiori de gauche.Il faudrait commencer à y songer.

Commentaire de Luc
Date: 25 novembre 2011, 19:05

Bonjour Mme Autain,
J’attends toujours vos commentaires et articles avec impatience, tant ils nous changent du sinistre discours politique actuel.
On a compris depuis longtemps que ce mot assez louche de “gouvernance” signifiait surtout perte de démocratie, et j’aurais bien aimé que le référendum grec eût lieu.
Mais j’imagine qu’une opposition nette à la politique ultra-libérale imposée aux grecs n’aurait pas eu plus d’effet que le non français à la constitution européenne.
On a dû mal à garder l’espoir avec tout ça.

Commentaire de Robin
Date: 28 novembre 2011, 21:52

Eh voilà Clémentine Autain qui se réveille. La gourvernance et ce qu’elle implique ça fait des années que certains en causent. Mais y en a “à gauche” qui auront toujours 3 ans de retard, avec des opposants pareils la droite a pas fini de gagner hélas

Commentaire de jp perdreau
Date: 29 novembre 2011, 12:11

Bonjour Mme Autain (il est vrai qu’on a pas gardé les cochons ensemble!)

J’apprécie votre blog et aujourd’hui le commentaire de Surmely Alain. En particulier la dernière phrase “François Hollande aura besoin de toutes les forces de gauche”, même si d’après les médias il lorgnerait sur les voix du centre.

Bonne journée

Commentaire de frmwa
Date: 29 novembre 2011, 19:11

Un article de Clémentine Autain sur le viol dans Libé, où elle répond à Marcella Iacub, où on aurait aimé ne fût-ce qu’un mot sur le sort de Caroline Sinz, journaliste de France 3, victime d’un viol sur la place Tahir. Mais rien. Pas plus que pour Lara Logan la journaliste américaine qui a connu le même sort précédemment.
Rien non plus sur le geste de la blogueuse égyptienne Aliaa Elmahdy.

Commentaire de G.M.
Date: 29 novembre 2011, 19:25

Le fameux rapport de la Commission Trilatérale dénonce « les excès de la démocratie ».
Si ce rapport n’est pas accessible au public dans sa totalité, un commentaire de ce livre le citant largement est disponible sous le titre “Démocratie croissance zéro” de Maurice Goldring au Editions Sociales édité en 1977.
Au travers des participants à la Trilatérale qui sont cités,on peut juger du “sérieux” des conclusions évoquées du rapport.
Si la grande bourgeoisie capitaliste n’a pas fait de complot structuré en temps que tel, ce livre et l’histoire récente souligne la “pertinence” des “recommandations” évoquées. Ce livre montre aussi montre qu’il y a longtemps que le capitalisme s’est donné une “boussole” qu’il suit consciencieusement au fil des crises qu’il provoque. La gauche devrait être plus attentive à certaine des conclusions évoquées dans ce livre.
Une lecture instructive pour ceux qui auront la chance de le (re)lire.

Ecrire un commentaire Règles de conduite