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Marx, contre l’état des choses existant (chronique France Culuture)

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Depuis quelques temps, Marx fait son grand retour. Le journal Le Monde, qui n’a rien d’un brûlot communiste, lui consacre un hors série. En le lisant, sans chercher la démonstration sous-jacente que l’on pourrait entrevoir par le choix des contributions, qui sont à la fois des textes de Marx et sur Marx, je me suis tout simplement régalée.
Commençons par le dernier, car il recèle sans doute la clé du retour de cet immense intellectuel au parti pris révolutionnaire. C’est l’économiste François Chesnais qui rappelle combien Marx avait pressenti la crise du capitalisme financier que nous traversons. Lui qui dénonçait le « capital fictif », le « fétichisme de l’argent », le pouvoir de la Bourse et des banques. Plus l’accumulation financière s’accroît et plus les propriétaires et les gestionnaires de titres se situent en extériorité à la production, avant de se situer en surplomb de la société toute entière, explique avec Marx François Chesnais qui nous dit : « c’est un capital bercé par cette illusion qui est aux commandes aujourd’hui ». On le sait, Marx pense que le capitalisme mourra de ses contradictions. Ecoutez cet extrait du Livre III du capital : « La véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même. Voici en quoi elle consiste : le capital et son expansion apparaissent comme le point de départ et le terme, comme le mobile et le but de la production ; la production est uniquement production pour le capital, au lieu que les instruments de production soient des moyens pour un épanouissement toujours plus intense du processus de la vie pour la société des producteurs ».

Dans un extrait de son discours de 1848 sur le libre échange, Marx nous met en garde : « ne vous en laissez pas imposer par le mot abstrait de liberté. Liberté de qui ? Ce n’est pas la liberté d’un simple individu, en présence d’un autre individu. C’est la liberté qu’a le capital d’écraser le travailleur ».
On retrouvera dans ce hors série du Monde la controverse un peu poussiéreuse sur le rôle de Marx dans les expériences de type soviétique. Pour Claude Lefort, Marx serait passé à côté des droits de l’Homme. C’est curieusement Raymond Aron qui rapporte ici une lecture plus fidèle de Marx. « Quiconque dit que Marx penserait aujourd’hui ceci ou cela, émet une hypothèse plus révélatrice de lui-même que de Marx », écrit Aron. Et il poursuit : « les planificateurs soviétiques d’aujourd’hui, bien qu’ils citent toujours Marx, peuvent difficilement être considérés comme ses héritiers ».
Une autre controverse, plus stimulante, est mise en lumière. Un texte de 1901 de Jean Jaurès, que j’ai découvert, pose une critique acerbe : « Marx avait besoin d’un prolétariat infiniment appauvri et dénué (…) nul des socialistes aujourd’hui n’accepte la théorie de la paupérisation absolue du prolétariat. (…) Il n’est plus permis de répéter après Marx et Engels que le système capitaliste périra parce qu’il n’assure même pas à ceux qu’il exploite le minimum nécessaire à la vie. » Voire. Le socialiste du XXIe siècle, Vincent Peillon, conclut plus promptement à la page suivante que « le socialisme français ne se construit pas sur la lutte des classes mais au contraire sur la collaboration des classes ». Seul l’affrontement peut-il faire advenir la société sans classes ? C’est le parti pris de Marx. Pour l’heure, disons que le compromis social-démocrate n’a pas fait la démonstration que la collaboration de classes changeait substantiellement la vie du plus grand nombre. Le débat, complexe et plus subtil qu’il n’y paraît, se pose en des termes nouveaux, notamment parce que l’opposition classique et binaire entre réformes et révolution a vécu et que le prolétariat s’est reconfiguré. Il faut s’interroger de façon neuve sur le sujet de l’émancipation (qui est moteur de l’histoire ?) et la reconfiguration des antagonismes sociaux. Faisons-le avec Marx, tout contre lui.

Commentaires

Commentaire de luc
Date: 12 décembre 2011, 12:04

La production est uniquement production pour le capital…. c’est faux.

Les dividendes versés aux actionnaires représentent 71 milliards d’euros soit 8% de la valeur ajoutée.

Les salaires et les impôts versés par les entreprises représentent 684 milliards d’euros soit 75% de la valeur ajoutée.

En France, la valeur ajoutée des entreprises représente 50% du PIB soit 910 milliards d’euros en 2006.
- La rémunération des salariés (salaires et charges sociales) est de 595,4 milliards d’euros en 2006 soit 65,4% de la valeur ajoutée.

- La rémunération du capital est de 315 milliards d’euros soit 34,6% de la valeur ajoutée.
La rémunération du capital est utilisée ainsi :
- 74 milliards pour les impôts.
- 132 milliards pour l’investissement.
- 71 milliards pour les actionnaires.
- 15 milliards pour les salariés sous forme de participation, d’intéressement….

Voir

Jean-François Couvrat Partage des profits, confusion des esprits
http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2009/02/17/partage-des-profits-confusion-des-esprits/

Commentaire de cipriani
Date: 12 décembre 2011, 17:13

Bonjour!
je me félicite que Marx soit de retour pour permettre de comprendre la crise (répétitive) actuelle du capitalisme… Toutefois, je me porte à faux contre sa prophésie comme quoi le capitalisme serait amené à s’écrouler de lui-même, de ses contradictions - sur ce point Marx n’a pas assez étudié, analysé et lié entre eux : extraction et vol de la plus value avec son résultat dans une une reproduction élargie tant du rapport social marchand que du capitalisme lui même. C’est à dire, la fameuse mondialisation (toujours une question d’époque historique) telle que nous la connaissons à nouveau actuellement… et qui d’ailleurs à sa propre époque ne comprenait pas encore les Etats d’Unis d’amérique…
De ce fait donc, les contradictions du capitalisme se sublime toujours dans une reproduction élargie du système capitaliste en raison donc d’une extraction et du vol, par chaque capitaliste, de la plus-value forgée dans le salariat… Tant dans les manufactures en tant que production matérielle de cette plus-value que dans les bureaux et autres services en tant que production immatérielle nécessaire à compenser les faux frais de la production capitaliste - les unes ne vont pas sans les autres…
D’ailleurs comme la mondialisation actuelle ne peut pas se concevoir sans l’union européenne, à un bout, et la chine, à l’autre bout… par exemple.
Bref, c’est pourquoi, en raison d’une reproduction élargie du capital, le capitalisme ne saurait s’écrouler que sous les coups de butoir des peuples comme du prolétariat… compris selon une perspective internationale et internationaliste…
Cela nous amène précisément à la question du rapport entre réformes et révolution - à ce propos aussi je me porte à faux à l’égard de la phrase de clémentine Autain comme quoi, pour la citer : “l’opposition classique et binaire entre réforme et révolution a vécu”…
(il va de soi que le prolétariat s’est reconfiguré dans la mondialisation mais n’a pour autant en rien perdu de ses propriétés… même s’il a été réduit en nombre - et pour cause de mai 68 - notamment en France comme de ses qualités et de soin devenir)
Pour démonstration de ce en quoi cette opposition entre réformes et révolution est encore et toujours historiquement valable je me réfèrerais tout simplement à l’ouvrage d’Immanuel Wallerstein : “Violence et persuasion : agents du changement social moderne” et je vous en conseille vivement la lecture (il est trouvable en ligne sous le nom de son auteur et dans les classiques des sciences sociales… site canadien) car, bien que datant de 1967, il est toujours aussi actuel pour permettre de comprendre ce rapport historique et l’opposition qui en découle entre réformes et révolution…
Bonne lecture… et,
bonne soirée!
georges

Commentaire de Alain Guillou
Date: 12 décembre 2011, 22:22

Marx pouvait être lu comme proposant les bonnes solutions…par ceux qui se croyaient ou se proclamaient “marxistes”…Seulement Marx ne se pensait pas lui-même “marxiste”…Plus la crise financière se révèle comme étant la crise systémique du capitalisme, plus on s’aperçoit que “Marx posait les vraies question”…C’est sans doute la “leçon de choses” qui les pose concrètement et dans l’urgence aujourd’hui…
Le recours à Marx tient au fait qu’on ne sortira pas du chaos promis par “la crise systémique” sans se reposer les questions que Marx posait : quel est le fondement de “la valeur”, et dans quelle mesure ceux qui contribuent à sa création sont-ils promis à l’élimination par ceux qui veulent s’en accaparer “à contre sens” de la dialectique de “valorisation de l’humain”…Marx ne croyait pas à “la nature humaine” autrement que dans le “bon sens”: une “nature” se produisant elle-même consciemment…
On devine aujourd’hui en quoi consistait la “sympathie” de Marx pour cette “nature”…Sauf qu’aujourd’hui on est au pied du mur de sa “reproduction”, laquelle est planétairement menacée.

Commentaire de gelé
Date: 13 décembre 2011, 18:30

Si on revenait vraiment au capitalisme:

Extrait….c’est le seul système social compatible avec la morale universelle, le capitalisme n’a nullement à être moralisé: P Salin

comme le dit le philosophe André Comte-Sponville: le capitaliste n’est ni moral ni immoral il est amoral. C’est à homme d’être “moral” Car ce système “naturel” de créations de richesses, seul le marché peut le réguler ! Ce qu’il a fait en 2008 avec la baisse brutale des marchés actions, sanctionnant les folles dérives des secteurs financiers, vidés très brutalement de leurs bulles : monétaires, financières, immobilières.

Ce qui a provoqué la crise, c’est bien le trop-plein de mauvaises réglementation, de mauvaises politiques économiques et monétaires. Bien loin d’être la solution, le retour de l’état risque de nous enfoncer encore plus.

Le moteur de l’activité économique n’est pas la consommation ; il s’appelle l’épargne. Il n’est pas non plus l’endettement mais le capital nouveau, les fonds propres, lequel, ne peut provenir, directement ou indirectement, que d’une source unique : précisément l’épargne des ménages. Bref, le capitalisme sans capital , ça ne marche pas.

Mais dans les économies capitalistes d’aujourd’hui, le cordon ombilical reliant l’entreprise à sa mère nourricière, l’épargne individualisée, n’existe pour ainsi dire pas si ce n’est dans le cadre de capitalisme familial.

La droite et la gauche, au lieu de pleurnicher aujourd’hui, auraient mieux fait de créer les conditions d’un meilleur environnement économique pour les entreprises. La France est le seul pays qui compte plus de fonctionnaires que d’actionnaires !

Actionnaires ruinés en 2009 et dont les dividendes de 0 a 4 % sont qualifiés “d’indécent” par les médias, la gauche et une partie de la droite. Dans ces conditions qui va financer nos entreprises, nos emplois ?

Le grand emprunt c’est la réponses énarchique, étatique, face aux réalités d’une France qui ne compte que 5/6 millions d’actionnaires (ou l’on détruit les patrimoines et ou on empêche les jeunes générations de s’en constituer un ) par des prélèvements très lourd, une fiscalité confiscatoire et par l’émigration des forces vives avec leurs talents et leurs capitaux.

Certaines dérives capitalistes, ultra libérale, ont un aspect choquant que les législations régulent dans les démocraties. C’est le cas pour la grande crise de 2008/2009, crise qui na rien à voir avec le vrais LIBERALISME ! Car c’est le fruit pourrit des interventions étatistes, et de la cupidité des hommes. En rappel les vrais responsables de la crise.

1:Les politiques qui ont pris des options économiques et sociales aux effets pervers et qui n’ont pas fait appliquer les règles de contrôle avec rigueur.
2:Les financiers qui, après avoir mutualisé les risques, se sont montrés irresponsables avec l’argent des autres.
3:Les banques qui ont quitté leur métier pour s’encanailler dans la spéculation internationale.
4:Les citoyens saisis par la débauche d’une folle surconsommation à crédit.

Commentaire de Arnaud
Date: 13 décembre 2011, 21:35

Faisons-le avec Marx, certes, mais en édition de poche! Les 14 tomes qui illustrent cet article sont difficiles à trouver et hélas un peu chers… (bah, mais je suis stupide! les bibliothèques, ça existe…) Je profite de ce message pour signaler une petite erreur de frappe dans le titre (culuture au lieu de culture). Et pour ne pas paraître tout à fait désagréable, je termine là-dessus: bravo et merci pour la petite vidéo sur la dette, extrêmement bien conçue et dont le texte est savoureux !

Commentaire de gele
Date: 7 janvier 2012, 18:10

La France championne du monde des prélèvements obligatoires, des impôts, des taxes ! Pour les Français c’est l’enfer fiscal et réglementaire ! Malgré nos prélèvements ou a cause d’eux notre économie est en grand péril.

Pour la TVA « sociale » les hausses doivent être compensées à l’euros près par des baisses sur les charges sociales ‘patronale et salariale ‘ 50/50 ?

Nicolas Sarkozy: Je ne serrais pas le président qui augmente les impôts ! OUI car le maximum tolérable est déjà largement atteint ! Et face à la concurrence mondiale se serrait un suicide. Avec en plus: Nos déficits, nos emprunts, puis nos dettes…………Rigueur : le premier plan de rigueur de 11 milliards : 91 % de hausses d’impôt 9 % seulement de réduction de dépense ? Le deuxième de 7 milliards : 76 % de hausses d’impôt et 24 % ‘d’économie’. En prévision : la taxe française sur les transactions financière ! Seul face au monde ? . Délocalisations, émigrations, déclin, chômage! Le travail et le patrimoine des français sont donc taxé par une accumulation, une surenchère fiscale! Doctrine d’état rêvant de taxer tout ce qui bouge et de prélever sur le reste. Environ 130 mesures nouvelles ont augmenté les impôts depuis 2010, une folie fiscale. Avec nos impôts locaux, taxes foncières, taxe d’habitation c’est plus d’un mois des revenus moyens pour les ménages ! Notre mille feuilles administratifs aux coûts exorbitants ruine la France et les Français. Pas de réforme sérieuse en vue, nos élus défendent leurs fromages avec une énergie farouche. Conclusions; Pour la droite comme pour la gauche pas de marge de manœuvre face à la crise. Le pire est à venir, pas de quoi être rassurés pour l’avenir…… Avec la réduction des dépenses publiques, la seule réforme qui pourrait provoquer un “choc” économique pour la France, c’est une réforme fiscale radicale !

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