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Les Grecs, l’Europe et nous (chronique France Culture)

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La France perd un A. Et nous perdons la tête. On cherche les idées claires qui nous sortent de l’horizon prétendu indépassable de l’austérité. J’ai trouvé pour vous ce matin deux sources d’inspiration alternative. Du pensé et du vécu.
L’intellectuel Frédéric Lordon vient de donner un entretien à La Revue des Livres, ex RILI pour les connaisseurs, dans son numéro de janvier/février. Il résume assez bien l’analyse développée dans la pensée critique sur la crise. « Nous assistons à l’écroulement d’un monde et ça va faire du gravât », affirme d’emblée Frédéric Lordon. « La catastrophe (…) aura pris vingt ans pour survenir, mais voilà, nous y sommes ». Il explique : « le discours libéral n’a rien de plus pressé que de nous faire avaler l’idée d’une crise des dettes publiques tout à fait autonome, européenne dans son principe, et imputable à une fatalité d’essence de l’État impécunieux. Or le fait générateur est bien la crise de la finance privée, déclenchée aux Etats-Unis ». C’est du choc financier, développe Lordon, « que viennent dans un premier temps l’effondrement des recettes fiscales, l’envol mécanique des dépenses sociales, le creusement des déficits, l’explosion des dettes puis, dans un deuxième temps, les plans d’austérité… réclamés par la même finance qui vient d’être sauvée aux frais de l’État ! Donc, depuis 2010 et l’éclatement de la crise grecque, la finance rescapée massacre les titres souverains sur les marchés obligataires alors qu’elle aurait trépassé si les États ne s’étaient pas saignés pour la rattraper du néant. C’est tellement énorme que c’en est presque beau…

Pour couronner le tout, les marchés exigent – et bien sûr obtiennent – des États des politiques de restriction coordonnées qui ont le bon goût de conduire au résultat exactement inverse de celui supposément recherché : la restriction généralisée est telle que les recettes fiscales s’effondrent aussi vite que les dépenses sont coupées, si bien qu’in fine les dettes croissent. Mais l’austérité n’est pas perdue pour tout le monde : son parfait prétexte, « le problème des dettes publiques », aura permis à l’agenda néolibéral d’engranger de spectaculaires progrès, inenvisageables en toute autre circonstance ». Frédéric Lordon rejoint ici la théorie du choc de Naomi Klein. La leçon de choses est bien moins économique que politique. Pour Lordon, il n’y a pas de crise de l’euro mais une crise institutionnelle : « C’est le cadre institutionnel de la monnaie unique, comme communauté de politiques économiques, qui est menacé de voler en éclats consécutivement à des crises financières ayant pour épicentres les dettes publiques et les banques ».

Les Grecs sont bien placés pour en connaître le résultat… Panagiotis Grigoriou, anthropologue grec, raconte sur son blog le quotidien de la crise, dont Marianne.fr s’est fait l’écho. Ecoutez-le : «  Nous scrutons le temps sans cesse. Nous sentons son accélération, palpable comme elle est dans l’air. (…) Les radios et la presse s’occupent des affaires supposées courantes (…). Notre baronnie nationale sous occupation, se décompose déjà davantage. (…) Et cette semaine en plus, nous restons sans anxiolytiques. Les pharmacies sont en grève, les hôpitaux n’assurent plus que les urgences en ce moment, pour la même raison, le tiers payant est supprimé. A Paroikia, capitale de Paros (…) certains enfants du collège se rendent tous les jours à l’église voisine pour se nourrir à la soupe populaire. (…) La chaîne de télévision Bloomberg, ce matin, se dit convaincue « que la meilleure solution pour la Grèce n’est pas la sortie de l’euro mais la dévalorisation violente de son économie intérieure, c’est-à-dire par un chômage élevé, les syndicats et le monde du travail accepteront les très bas salaires. Ainsi le pays redeviendra concurrentiel et la croissance reviendra » (sic). L’intellectuel bloggeur commente ainsi : « Quelle démonstration franche sur le but et le vrai mécanisme de la plus grande tromperie de la décennie pour ne pas dire de l’après 1945. Ni grande idée de l’Europe, ni Jean ni Monnet, seulement … monnaie ».

Commentaires

Commentaire de Jean-Baptiste Billé
Date: 17 janvier 2012, 21:55

Merci pour cette chronique ! Et merci pour la finesse de vos interventions dans les Matins !

Commentaire de jean-Baptiste Billé
Date: 17 janvier 2012, 21:58

Merci pour cette chronique et pour la finesse de vos interventions dans les Matins !

Commentaire de Gérard Findéric
Date: 17 janvier 2012, 22:33

Merci Mme. Autain, pour cette chronique, qui dit en 3′45 tant de choses que je ne parvenais pas à me mettre en bouche (et dire que je suis économiste !). Vos mots, la structure de votre argumentation, me sont utiles au quotidien.

Commentaire de LE BRIS RENE
Date: 18 janvier 2012, 9:41

2 soirées vécues qui font du bien au coeur = le 16, le film Chien de Garde qui montre bien qui tient les marionnettes des politiques et des “journalistes officiels” : les industriels et leurs amis de la finance !
à voir et à faire voir ! ; puis le 17, 1er meeting à CAEN
du Front de Gauche et là encore une salle chaleureuse
qui applaudit quand martine BILLARD affirme qu’il n’est pas question d’aller gouverner avec le candidat du
renoncement, un Nicolas BENIES remonté qui décrit
pourquoi il faut nationaliser les banques et obliger la banque européenne à faire annuler les dettes, notons que le PCF avait très largement mobilisé ses adhérents (tes). A nous de nous retrousser les manches !

Commentaire de Michel
Date: 18 janvier 2012, 10:03

merci Clémentine pour cette chronique, en effet, pour connaitre les conséquences au quotidien de cette politique, le blog de cet anthropologue suite mérite une lecture régulière.
Est-ce qui nous attend ? Je le crains.
son adresse : http://greekcrisisnow.blogspot.com/

Commentaire de Bark
Date: 18 janvier 2012, 20:09

Il est bien dommage que clémentine ne soit pas mandarine! afin d’exulter en orange…Désolé,mais je n’ai pu résister.Pourquoi tous les cerveaux ne fonctionnent-t-ils pas comme le vôtre??Merci pour vôtre travail.

Commentaire de Thomas
Date: 19 janvier 2012, 12:50

Bloomberg ne fait que répéter la théorie néolibérale des avantages comparatifs. La nouveauté est que alors que les pays pauvres devaient rester pauvres pour rester compétitifs, cette fois les pays “riches” doivent se mettre à leur niveau. Et le marché régulera le reste. Attendons de voir ce qu’ils en diront lorsque cela concernera le pays où ils sont et pas un vulgaire pays méditerranéen.

http://www.dailymotion.com/video/xem3ic_delocalisations-le-point-de-vue-des_news

Commentaire de jpp
Date: 19 janvier 2012, 17:32

Votre chronique est du grand art : lecture facile, compréhension facile, chapeau. Vous avez des dons pour l’écriture pourquoi ne pas écrire un nouveau livre, un roman?

Commentaire de ouvel
Date: 19 janvier 2012, 23:49

Un site qui va vous plaire, très visuel, et qui relate au jour le jour la grèce et ses affrontements (Au fait la grèce n’existe plus à la télé ?)
http://www.les-crises.fr/category/crise-sociale/
Cordialement

Commentaire de GUILLOT
Date: 24 janvier 2012, 14:51

Le Bris René,

Il y a les paroles et les actes. Ne pas aller gouverner avec le PS, je suis d’accord avec ceux qui le disent dans les front de gauche.

Mais alors, pourquoi les Christian Picquet (GU), les élus du PG et ceux du PCF votent partout les budgets présentés par le PS dans les conseils régionaux (excepté en Limousin).
Voici ce qu’on voté les élus du front de gauche, Christian Picquet compris en Midi Pyrénées.

Les élus d’EELV et du Front de Gauche, malgré leur vote contre et abstention à la commission permanente du 29 septembre sur le financement de la LGV Tours- Bordeaux , malgré leurs réserves sur les aides et subventions aux «entreprises» , sur la mise sous conditions de ressources du chéquier-lecture qui enterre la promesse électorale de la gratuité des manuels scolaires dans les lycées, et sur le financement des lycées privés (comme le lycée Théas à Montauban), se sont reniés face à l’argument massue de la «solidarité de gestion» réclamée par Martin Malvy.

Pire ces même élus ont approuvé l’accompagnement par la Région de la politique de Sarkozy : faire passer l’apprentissage de 500 000 à 800 000 jeunes, ce dont Martin Malvy s’est félicité récemment, se glorifiant que Midi-Pyrénées avait franchi les seuils de 30 000 apprentis et de 1 000 pré-apprentis, des enfants des classes populaires de 15 ans sortis de l’enseignement général obligatoire jusqu’à 16 ans ! Un «progrès» qui a fait l’objet d’un avis négatif au CESER !

Les belles promesses de radicalité n’engagent que ceux qui y croient.

Commentaire de gele
Date: 30 janvier 2012, 17:33

Je suis contre la rigueur
Je suis pour la douceur
Je suis contre les économies
Je suis pour les dépenses
Je suis contre le travail
Je suis pour les vacances
Je suis contre la neige sur les routes
Je suis pour la neige sur les pistes
Je suis contre les impôts que je paye
Je suis pour les allocations que je touche
Je suis contre les exploiteurs
Je suis pour les gentils employeurs
Je suis contre le chômage
Je suis pour l’emplois
Je suis contre la maladie
Je suis pour la santé
Je suis contre les radars
Je suis pour la vitesse
Je suis pour la sécu à la française
Je suis contre les cotisations
Je suis pour l’écologie
Je suis contre le décroissance
Je suis pour l’immigration : des pauvres
Je suis contre l’émigration : des riches
Je suis pour l’extrême gauche ( gentil )
Je suis contre l’extrême droite ( méchant )
Je suis pour la liberté
Je suis contre le libéralisme
Je suis contre la finance
Je suis pour mes placements
Je suis contre les bonus des autres
Je suis pour mes bonus à moi
Je suis contre le mal logement
Je suis pour mon immobilier à moi
Je suis contre la pauvreté
Je suis pour la richesse
Je suis contre les inondations
Je suis pour la pluie
Je suis contre le froid
Je suis pour la chaleur ! 20/22 °
Je suis contre les efforts
Je suis pour le repos
Je suis contre le surpoids
Je suis pour la bonne chair : Bref je suis Français je me donne bonne conscience a bon compte

Commentaire de gele
Date: 31 janvier 2012, 18:19

Folie fiscale française.
Beaucoup de pays de l’OCDE ont réduit leurs dépenses publiques depuis quinze ans. Elles sont ainsi passées de 50,4 % du PIB en 1990 dans la zone euro à 46,1 % en 2008 (prévision de l’OCDE). L’Allemagne est passée de 49,3 % en 1996 à 44,3 % en 2008. La Suède de 72,4 % en 1993 à 53,8 % en 2008.
La France fait exception dans ce mouvement. Les dépenses publiques françaises sont en effet en constante augmentation depuis 30 ans. Elles sont passées de 45.5 % du PIB en 1980 à 52.7 % du PIB en 2008.
En 2011 c’est environ 56 % ! Record du monde !
Gauche et droite ont confondu social avec dépenses publiques. »
En 2011 : 56 % ! rappel : la dépense est payer par ; les impôts+ les taxes+ et les cotisations, l’emprunt, et pour finir par la dette. La dette c’est des impôts à venir pour nos enfants……………….

De 45 % en 1980 à 56 % en 2012, c’est bien des impôts en folie

Avec la hausse de deux points de la CSG sur les revenus financiers, Nicolas Sarkozy porte au niveau record de 39,5% la taxation de l’épargne. Soit onze points de mieux en cinq ans… De quoi faire fuir les capitaux et dissuader les Français de financer l’économie.

François Hollande prévoit d’augmenter les prélèvements de 2,5 %
Nicolas Sarkozy c’est , à peut près la même chose ! 2,5 %

Un pays en « faillite » qui ce révèle incapable de réduire ses dépenses de 2 % ?( Soit 40 milliards ) et n’a que comme solution des augmentations d’impôts ? Et un pays en déclin mortel.

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