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L’égalité ou le mariage au XXIe siècle (chronique France Cullture)

alexis-et-fabrice.bmp Samedi, deux actualités se sont curieusement croisées, faisant événement sur la question de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe – que l’on continue de baptiser bien souvent « mariage gay », marquant une fois de plus l’invisibilité dont sont victimes les lesbiennes. Dans sa fameuse interview donnée au Figaro, Nicolas Sarkozy a affiché la couleur : une position claire contre le mariage homo, indiquant qu’« en ces temps troublés où nos sociétés ont besoin de repères », il ne faut « pas brouiller l’image de cette institution essentielle ». Le même jour, à la mairie de Villejuif, la maire communiste Claudine Cordillot mariait symboliquement deux hommes, Alexis et Fabrice. Fait étonnant mais non remarqué : aucun comité d’accueil de réacs militants n’est venu troubler la cérémonie. C’est dire si les temps changent… En 2004, quand Noël Mamère avait célébré un tel mariage à Bègles, la violence était de mise : le débat faisait rage, les tribunes pleuvaient dans les journaux sur le sujet quand je n’en trouve aucune aujourd’hui pour alimenter cette chronique, et les groupes de la droite la plus conservatrice manifestaient bruyamment. Le courrier d’insultes reçu à l’époque était massif et édifiant ! Pour m’être engagée dans ce combat en faveur de l’égalité d’accès au mariage, j’avais notamment reçu un paquet de merde, oui, d’excréments envoyés par la Poste. Samedi dernier, la maire de Villejuif confiait n’avoir reçu aucune plainte contre sa démarche. Comme si les idées claires en matière d’égalité devant l’amour et l’union légale l’avaient emporté. Toute la gauche, y compris le Parti socialiste qui n’y était pas favorable en 2004, s’engage aujourd’hui à ouvrir le mariage. A droite, des voix se font entendre pour dire que la discrimination faite aux gays et lesbiennes n’est pas acceptable. Surtout, un récent sondage réalisé par BVA montre que 63% des Français se disent favorables à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Oui, en ces temps troublés, nous avons besoin de repères et visiblement, dans ce domaine en tout cas, une majorité de Français préfèrent la boussole de l’égalité et de la liberté à la conservation des normes existantes. C’est  travail d’hégémonie culturelle mené d’abord par la société civile puis reprise sur le terrain proprement politique qui a permis de telles avancées. En face, l’argumentaire en faveur du maintien d’un mariage hétéronormé s’est progressivement démonétisé. Il revient essentiellement à défendre un ordre de nature avec la force de l’évidence. C’est au nom de la différence biologique entre les sexes et de l’impératif de la reproduction que l’on verrouille cette institution. Or, la dissociation entre sexualité et procréation, opérée au XXe siècle par la maîtrise de la fécondité, avec le droit à la contraception et à l’avortement, a ouvert une brèche : elle libère notre conception de la sexualité et de l’amour. Les mouvements féministes ont contribué à remettre en cause les rôles imposés aux hommes et aux femmes, ce qui bouscule les conceptions traditionnelles du couple, de la séduction, de la sexualité. Avons-nous bien conscience que c’est une révolution qui est en cours à l’échelle de l’humanité ? Si nous ne mimons plus l’état de nature où mâles et femelles doivent copuler pour sauvegarder l’espèce et que nous entendons bâtir l’organisation sociale sur des valeurs, l’égalité et la liberté, le champ des possibles s’ouvre sérieusement. Et bien des questions restent en chantier. L’idée même du couple est en cause. La notion de parent social supplante celle du parent biologique. Et tout ce qui en découle amène à une refonte substantielle de notre conception de la famille, qui mérite désormais un « s ». L’air de rien, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, et le droit à l’adoption qui devrait aller de pair, concernent aussi les couples hétérosexuels car il met en jeu ses fondements, ses normes ancestrales. Nous n’avons pas encore toutes les idées claires sur cet horizon en construction. Mais les vieilles lunes ont pris du plomb dans l’aile. C’est un bon début !

Commentaires

Commentaire de Berenice
Date: 17 février 2012, 15:10

Enfin!
Je ne comprends pas pourquoi on refuserait le mariage aux homosexuels. Qu’est-ce que c’est que cette société qui se permet de juger quels seraient les amours respectables et tolérables et ceux qui le seraient moins? De quoi se mêlent donc les gens? Est-ce que je vais voir ma voisine pour lui dire que je trouve son mec répugnant et que je ne cautionne pas son mariage? NON, c’est sa vie et ce ne sont pas mes affaires. Non mais!

Commentaire de denis
Date: 17 février 2012, 16:47

environ 7% de la population est homosexuelle,peut etre plus si on tient compte de celles et ceux qui n’osent ou ne veulent pas se déclarer,et c’est leur droit.etre homo n’est pas un choix mais un acquis .hétéro de naissance,je me demande pourquoi le pacs n’est pas suffisant pour nos compatriotes gays et est ce par communautarisme que ceux ci veulent le mariage.Pour l’adoption,pensons nous aux enfants que cette situation peut perturber?
amitiés à notre chère Clémentine.

Commentaire de MOKY
Date: 20 février 2012, 15:54

La vrai question n’est pas de savoir si les homosexuels auront le droit de se marier mais QUAND!

Commentaire de cyriane
Date: 21 février 2012, 17:27

Qu’est ce que le mariage apporte de plus à l’amour ? Quand beaucoup se tournent vers l’union libre (et voient dans le Pacs une occasion de se sentir libre tout en s’engageant), le mariage deviendrait le Graal pour d’autres ?
Un combat qui ne me semble pas fondamental, dans ces conditions : tant d’autres causes délaissées méritent qu’on s’y attarde…

Commentaire de Descartes
Date: 22 février 2012, 14:59

@Berenice

Vous écrivez: “Je ne comprends pas pourquoi on refuserait le mariage aux homosexuels. Qu’est-ce que c’est que cette société qui se permet de juger quels seraient les amours respectables et tolérables et ceux qui le seraient moins? De quoi se mêlent donc les gens?”. Fort bien. Êtes-vous donc pour la légalisation du mariage entre frères et sœurs, entre père et fille (majeure), entre mère et fils (majeur) ? Non ? Alors je me vois obliger de vous demander de quel droit vous permettez vous de juger que les amours dites “incestueuses” seraient moins “respectables et tolérables” que les autres ?

Je suis d’ailleurs étonné que dans la logique défendue par Clémentine Autain on limite le mariage à deux personnes. Pourquoi pas des mariages à deux, trois, quatre ? Après tout, l’idée de “couple” n’est pas moins liée à une détermination biologique que l’idée de “couple hétérosexuel”. Si l’on rejette la détermination biologique à l’heure de déterminer qui peut se marier avec qui, pourquoi la garder pour refuser les mariages à plusieurs ? En quoi le “ménage à trois” serait moins honorable et digne de protection que le “ménage à deux” ?

Soyons sérieux: tout ce battage autour du mariage homosexuel n’a rien à voir avec l’égalité et encore moins avec “l’amour”. L’amour n’a pas besoin qu’on signe son nom au bas d’un parchemin, pour reprendre la formule de Brassens. On ne peut que rigoler lorsqu’on constate que ceux qui revendiquent l’héritage de Mai 1968, loin de nous parler d’amour libre, exigent aujourd’hui le droit de passer devant Monsieur le Maire. Le mariage n’a rien à voir avec l’amour: c’est une institution d’abord et avant tout économique. Elle a été constituée pour régler des questions très terre à terre: l’héritage, la cohabitation, les droits et obligations alimentaires entre les générations, la filiation. Mais l’amour n’a rien à voir là dedans. On peut s’aimer en dehors du mariage, et on peut se marier sans amour. En se mariant, les époux contractent toute une série d’obligations et l’amour n’est pas l’une d’elles, comme vous pourrez le constater en prenant la peine de lire le Code Civil: “les époux se doivent respect, fidélité, secours, assistance” (art 212). Mais d’amour, point.

Il faut appeler un chat un chat. Qu’une communauté recherche à être “reconnue”, cela peut à la rigueur se comprendre. Quant à la sagesse d’une politique qui mettrait en danger une institution sociale pour lui faire plaisir, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Se réjouir que “les vieilles lunes aient du plomb dans l’aile” tout en admettant qu’on n’a pas la moindre idée de ce que pourraient être les “nouvelles lunes” destinées à les remplacer c’est une attitude pour le moins puérile.

Commentaire de eliane cleeren
Date: 22 février 2012, 15:54

En anglais le mot “gay” veut dire : Of, relating to, or having a sexual orientation to persons of the same sex.
(http://www.answers.com/topic/gay#ixzz1n7d18qwj) et en français il signifie “homosexuel”. Donc je ne vois pas en quoi son usage excluerait les femmes lesbiennes.
Bien cordialement

Commentaire de soldoflober
Date: 1 mars 2012, 21:51

Effectivement, si l’organisation sociale ne repose plus que sur les valeurs d’égalité et de liberté, le champ des possibles s’ouvre “sérieusement”. A plus forte raison si la notion de parent social supplante celle de parent biologique. Dès lors, je ne vois plus très bien ce qui fonde l’interdit de l’inceste, ou la prohibition de la polygamie/polyandrie. J’ai 34 ans et des poussières, ma mère, mon grand-oncle et moi-même désirerions continuer à “copuler” (pas pour “sauvegarder l’espèce”, hein, pas de gros mots ; plutôt pour “créer du lien social intergénérationnel sexuellement libéré-et-égalitaire”), à copuler tous les trois mais dans les liens sacrés du mariage. au nom de quelles valeurs (en dehors de l’égalité et de la liberté) peut-on nous refuser ce bonheur (et ce DROIT) ? Très chère C., si vous pouviez en toucher deux mots à J-L. notre futur président…
Par ailleurs, j’ai sincèrement du mal à comprendre pourquoi des personnes autres que de vieux cathos intégristes défendent encore bec et ongles le mariage exclusivement hétérosexuel : quand on voit dans quel piteux délabrement est cette institution, avec un mariage sur deux qui finit en divorce, je me demande bien pourquoi on persisterait à vouloir l’interdire aux homosexuels, aux enfants, aux lamantins des Caraïbes, au sacs à main, aux presse-purée. Non mais franchement.

Commentaire de christian
Date: 2 mars 2012, 10:29

Chère Clémentine,
Le mariage, qu’il soit homo ou hétéro reste une institution à dépasser, car bourgeoise, d’appartenance: c’est mon épouse, mon époux…
Ce n’est pas parce que la presse, à 90% possédée par la droite réactionnaire, ne parle pas d’un fait social qu’il n’existe pas politiquement. La presse, les journalistes ne sont pas des référents pour moi, surtout depuis que la publicité les utilisent comme vecteurs, comme ses nouveaux chiens de garde et qu’ils sont ses salariés. N’oublions pas que la condition salariale est une relation de subordination à son chef! Pourquoi te servir de la réaction d’une presse au service de la droite? N’as-tu pas d’autres arguments à faire valoir, chère Clémentine.
Je ne porte aucun jugement personnel sur les homosexuel-les, que notre société traite souvent comme des anormaux”. Seul m’interroge l’impossibilité homosexuelle d’enfanter. Adopter est différent, je dirais même que l’adoption par un couple homosexuel est une contradiction, un refus d’une partie de leur relation. Et puis souvent je m’interroge au sujet de ces enfants de parents homosexuels ou de “monoparentalité”. La relation père-enfant-mère est aujourd’hui nécessaire à un petit être en formation si sensible à la normalité environnante, de l’école, et des autres.
Et n’oublies pas que la solidarité transgénérationnelle existe, et pas seulement par les retraites. Le parent a donné à l’enfant qui à son tour pourra par amour le lui rendre, et nos relations sociales n’en seront que meilleures.
Tu parles ” d’invisibilité dont sont victimes les lesbiennes”, et tu as bien raison. Mais pourquoi emploies-tu ce vocabulaire tendance: invisibilité? Employer un mot à la place d’un autre peut nous faire perdre nos repères. Un mot à la mode par définition disparaît. Les homosexuel-les lorsqu’ils sont visibles, ailleurs que chez eux en quelque sorte, sont rejeté-es, jugé-es et méprisé-es, et un peu plus quand se sont deux belles personnes. Et le mariage ne changera rien à cette moralité bourgeoise.
Ceci dit je te remercie pour tes articles, tes interventions. Gardes la force de t’affirmer, de rester bien “visible”, tu déranges le bourgeois, et c’est tant mieux!

Commentaire de Toto
Date: 22 mars 2012, 12:52

Les relations homosexuelle sont de l’ordre de la vie privé personnel. Quel sens, un mariage stérile pour la société ? Les homo et lesbien sont libres comme les autres de marier selon la loi de la république avec le sexe opposé.
Je constate l’étroitesse d’esprit de certaines personnes qui quand on est pas d’accord avec elles vous traite de réact, de bourgeois ou autres noms d’oiseau

Commentaire de pierre
Date: 24 mars 2012, 1:37

Bonjour,

1) Le mariage hétérosexuel n’a plus de raison d’être pour la procréation

2) les hommes et les femmes ont une demande sexuelle totalement disproportionnée

3) les hommes et les femmes ont beaucoup de difficulté à se comprendre et à se respecter au quotidien (la preuve, il y a très peu de sports d’équipe mixtes, et la question de la force physique est une fausse excuse)

3) la sexualité au sein d’un couple hétérosexuel s’exerce très majoritairement EN DEHORS du couple, donc sans frustration et en parfaite complicité.

Il n’y a donc que des bonnes raisons pour autoriser le mariage entre personnes du même sexe et en finir avec l’obligation de s’unir administrativement à une personne de l’autre sexe. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Salut et Fraternité.

(Madem… pardon, Madame Autain, ne vous en tenez pas à la surface des choses, cherchez la Vérité avec un peu plus de courage)

Commentaire de pierre
Date: 26 mars 2012, 17:16

zut !

je voulais dire “la sexualité au sein d’un couple HOMOSEXUEL s’exerce très majoritairement EN DEHORS du couple, donc sans frustration et en parfaite complicité.

vous aurez peut-être rectifié de vous même.

Par ailleurs, il est faux de dire que le mariage a été institué uniquement pour des raisons “bourgeoises” d’alliances de patrimoine.

Le mariage hétérosexuel a été institué pour fidéliser le mari à une seule épouse en lui donnant, en contrepartie de cette frustration, le pouvoir “politique” au sein du couple.

Salut et Fraternité

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