Du populisme (chronique France Culture)
Populisme : voilà un terme très en vogue dans les discours médiatico-politiques. Sans définition véritable, ce mot fourre-tout fonctionne comme un repoussoir : il suffit à jeter le discrédit. Pas si facile d’avoir les idées claires sur ce qu’il signifie. Le recours à ce terme en dit peut-être plus long sur ceux qui l’utilisent que sur ceux qui en sont taxés. Ne signe-t-il pas avant tout un mépris rampant à l’égard des catégories populaires ? La sociologue Annie Collovald a depuis quelques temps déjà défriché la notion, notamment dans son livre Le populisme du FN. Un dangereux contresens paru en 2004 aux éditions du Croquant. Pour elle, le populisme est juste un mot et non un mot juste. C’est une « notion à écran total ». Son usage contemporain traduit une « humeur réactionnaire nouvellement dominante qui conjugue mépris social et certitudes démocratiques ». Autrement dit, pour Annie Collovald, « l’appel au peuple dans les discours sur le populisme joue comme procédure de justification de l’abandon politique des groupes les plus modestes et de conjuration du spectre d’un retour au langage et à des rapports de force « classistes » (c’est-à-dire prenant en compte les inégalités et les formes de domination sociale) ». Avec des arguments et des partis pris proches, Ernestau Laclau en arrive à une autre conclusion, celle de la revendication du terme populiste. Car, explique-t-il dans une interview donnée au Monde le 9 février dernier, « sans une certaine dose de populisme, la démocratie est inconcevable aujourd’hui (…) « Populisme » n’est pas pour moi un terme péjoratif, mais une notion neutre. Ce mot est aujourd’hui devenu un repoussoir, un peu comme l’a été celui de « démocratie » en Europe au début du XIXe siècle. La démocratie, c’était aux yeux des gens installés, le retour du jacobinisme et du gouvernement de la plèbe. Le populisme est une façon de construire le politique. Il joue la base contre le sommet, le peuple contre les élites, les masses mobilisées contre les institutions officielles figées. (…) De droite ou de gauche, dangereux ou émancipateur, le populisme investit le peuple, autre mot dont le sens est à chaque fois redéfini ». Pour Ernesto Laclau, « une démocratie vivante doit savoir créer un équilibre entre le monde institutionnel et les revendications populaires, qui s’expriment parfois à travers le populisme. De ce point de vue, le “printemps arabe” a été un mouvement prépopuliste, même s’il lui manquait pour cela de se cristalliser dans un parti, ou d’être incarné par un leader charismatique ». Benoit Schneckenburger, qui publie justement un livre intitulé Populisme - le fantasme des élites chez Bruno Leprince, pose parfaitement l’enjeu dans une tribune parue sur le site d’Altermonde sans frontières : « Du côté des choses, « populisme » ne renvoie à aucune réalité uniforme : parti du peuple américain au XIXème siècle qui voulait défendre les intérêts des petits paysans ; courant russe de socialisme ; expériences très diverses de gouvernements et de mouvements sociaux en Amérique latine ; mode référendaire en Suisse ; en France Le Pen, Tapie, Mélenchon, tous dans le même sac. Du côté de l’intention, on remarque un très net infléchissement entre l’usage péjoratif qui en est fait et son sens littéral, donné par le Larousse : « attitude politique consistant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts qui lui sont faits. » Pour ce philosophe, l’accusation de populisme révèle deux problèmes : d’abord, elle « marque une crise de la représentation politique traditionnelle qui ne sait plus répondre aux attentes du peuple » ; ensuite, « elle masque l’idée que l’appel à une forme plus directe ou plus impliquée du peuple reste fondamentalement illégitime, car le peuple serait comme par nature incapable de se gouverner lui-même. On voit ici l’enjeu de ce débat : il s’agit ni plus ni moins de la légitimité et de la validité des revendications populaires elles-mêmes ! ».
Posté le 20 février 2012
Commentaires (9) |
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Commentaires
Commentaire de comes georges
Date: 20 février 2012, 15:57
cher clementine ce soir tu va avoir une rude tache pour defendre nos idees je te dis bon courage nous serons toutes et tous avec toi georges de lorraine.
Commentaire de NANOU 50
Date: 21 février 2012, 11:12
Félicitations Clémentine pour votre intervention chez Calvi! MES : chuuuttt! Bien joué ! Bravo d’avoir cloué le bec de Julien Dray sur un futur gouvernement de Hollande Allez ! Résistance , comme le dit Jean Luc
Commentaire de Cécile 63
Date: 21 février 2012, 13:36
Madame Autain, quelle pugnacité et quelle pertinence chez Calvi hier! Vous avez même réussi à caser le référendum sur le MES, qui manifestemment n’était pas considéré comme un sujet majeur, contrairement au débat sur le halal… Quelle fierté d’être enfin représentés et défendus par un collectif si compétent capable de porter les valeurs de gauche malgré la force d’inertie médiatique! (vous, J-L. Mélenchon, P. Laurent, J. Généreux…) Merci à vous, merci à eux, merci pour nous.
Commentaire de jean ai marre
Date: 21 février 2012, 16:04
Bravo Clémentine pour la prestation d’hier soir . Prestation, quel mauvais mot pour définir vos interventions . Mais dans cette société de blin blin , comment lui donner un autre nom ?
Claire, précise, efficace, et surtout très bonne répartie .
Du début ” Front contre Front ” à la fin, pour clouer le bec de J Dray, plein de suffisance ” nous n’irons pas dans un gouvernement … ”
Muscles ton jeu, et encore un peu de retenue dans l’inter temps de paroles, avant de lacher les chevaux .
Encore bravo, nous allons être au second tour .
Commentaire de fred
Date: 24 février 2012, 1:30
Pardon, je poste ici et là une réaction intuitive et immédiate au débat TV Mélenchon/Le Pen :
Je pense qu’il faut faire suivre ce débat manqué d’une LETTRE OUVERTE au front national. Dès maintenant pour faire les Unes : “Nos 10 critiques au Front national”. Version texte et vidéo.
Il faut tout de suite leur mettre des arguments sous la dent; c’est LE moment de leur lisibilité !
Commentaire de yo
Date: 24 février 2012, 7:28
Bien dit !
le populisme est un gros mot dans la bouche des nantis car il leurs rappelle qu’existe un peuple majoritaire dans la société qui tend vers plus de justice sociale , de liberté , d’égalité, de fraternité vraies .
Commentaire de Jean Tellez
Date: 26 février 2012, 20:30
Chère Clémentine, j’ai relevé dans le livre de François Gauvin cette phrase de Jean-Luc Mélenchon qui apporte un éclairage sur le fameux “populisme de gauche” : “La gauche est fondamentalement, radicalement identifiée à la souveraineté populaire. Sans Dieu, ni maître, voilà ce que nous sommes d’abord”. Ce livre (Bayrou, Hollande, Mélenchon etc., leur philosophie, éd. Germina) est une enquête sur la campagne électorale sous l’angle de la philosophie des candidats.
Commentaire de xerri christian
Date: 1 mars 2012, 11:13
Le populisme selon le Robert:” Ecole littéraire qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple.” Pas besoin de grand traité, c’est simple, comme l’oeuvre de Victor Hugo (Les misérables, est-ce une oeuvre misérabiliste ou proche du peuple?) qui dit ce que les riches censuraient et censurent toujours: la pauvreté.






Commentaire de alain21
Date: 20 février 2012, 11:07
Le populisme dépasse les “Le Pen , Tapie , Mélenchon” . Même Sarkozy se réclame du peuple . ( discours de Marseille le 19 février)
“Je veux être le candidat du peuple de France. Je ne serai pas le candidat d’une petite élite contre le peuple”, a déclaré le président-candidat lors de son premier grand meeting de campagne à Marseille (sud-est).
“Le référendum, c’est l’esprit même de la Ve République”, a-t-il lancé, affirmant s’adresser à ceux qui pensent que se “tourner vers le peuple, c’est du populisme, parce qu’au fond d’eux-mêmes ils trouvent que le peuple n’est pas assez raisonnable, pas assez intelligent pour qu’on lui demande son avis”
C’est vrai que Sarkozy ne côtoie jamais la petite élite médiatico-politico-économique-
.La bonne blague .Il ne vit que dans ce mileu et il a d’ailleurs fêté sa victoire en 2007 au Fouquet’s avec quelques-uns de ses représentants .
Pour une fois je suis d’accord avec Bayrou : “plus c’est gros , plus ça passe ” .